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Pierre Karl Péladeau, le milliardaire qui veut faire du Québec un pays

01/04/2014 09:58 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

Le poing levé, Pierre Karl Péladeau s'est lancé en politique. Après les affaires et le show business, ce milliardaire veut inscrire un nouveau chapitre, sans doute le plus incertain, à sa carrière: faire du Québec un État indépendant.

"Mon adhésion au Parti québécois est une adhésion à mes valeurs les plus profondes et les plus intimes, c'est-à-dire faire du Québec un pays!", a-t-il lancé, rageur, en tout début de campagne des législatives québécoises début mars.

A 52 ans, "PKP" fait le saut pour le scrutin du 7 avril, 34 ans après avoir voté "Oui" au premier référendum sur l'indépendance du Québec.

Sa candidature au poste de député de Saint-Jérôme, une ville au nord de Montréal, suscite l'espoir des indépendantistes, et à l'inverse la crainte de l'aile gauche du parti et dans le reste du Canada anglophone.

Membre des 100 premières fortunes du Canada, M. Péladeau a transformé le groupe industriel Québecor, hérité de son père en 1999, en un empire de presse et de télécommunications de 15.000 employés. Entre le Journal de Montréal, premier quotidien du Québec, des journaux gratuits, l'agence de presse QMI et la chaîne privée TVA, la plus regardée du Canada francophone, l'ensemble représente 40% de tous les médias de la Belle Province. Sans compter la chaîne conservatrice Sun News ou le groupe de télécoms Vidéotron.

Si PKP a bien pris soin de démissionner de toutes ses responsabilités chez Québecor, cela n'a pas suffi à convaincre les plus sceptiques ou ses adversaires politiques.

"Ce n'est pas moi qui écris les journaux", se justifie-t-il devant les pensionnaires d'une maison de retraite de Saint-Jérôme pourtant acquis à sa candidature.

Accusé de mettre son empire de médias au service de ses ambitions politiques, PKP est également fustigé pour son passé intransigeant lors de durs conflits sociaux au sein de son groupe de presse.

"Il parle des milliers d'emplois qu'il a créés, mais ils l'ont tous été à temps partiels ou à durée déterminée!", vilipende une ancienne caissière, Rose, qui refuse de lui serrer la main.

"Je ne peux pas faire l'économie d'une perception et de messages qui sont véhiculés par des organisations qui ne sont pas favorables à ma candidature", reconnaît l'intéressé avec sérénité. Que ce soit dans cette maison de retraite, dans un restaurant populaire où flotte une odeur de poutine, le plat traditionnel québécois, ou dans une usine d'autobus, PKP affiche une grande proximité avec ses interlocuteurs.

- Ancien Parisien -

"Il a fait de grandes choses pour le Québec", juge Maurice Gendron un habitant de Saint-Jérôme. "C'est un bâtisseur", ajoute sa femme.

Avec les électeurs, PKP évoque son adolescence passée dans le chalet familial à deux pas de Saint-Jérôme, jongle constamment entre le joual (dialecte québécois) et le langage des affaires. Et encense régulièrement son ancienne compagne, la productrice et animatrice de télévision Julie Snyder, dont il vient de se séparer après 12 ans d'une union très médiatisée au Québec.

Les yeux bleus vifs, le costume toujours parfaitement ajusté, PKP garde de ses études de philosophie, notamment dans le quartier latin à Paris, un grand intérêt pour Emmanuel Kant. Végétarien, ce père de trois enfants est un sportif accompli, féru de cyclisme, de natation et de ski de fond.

Pressenti pour le portefeuille des Finances en cas de victoire des indépendantistes, il veut "augmenter les échanges commerciaux" avec la France, où il a travaillé quatre ans à la tête d'une des premières imprimeries d'Europe, au milieu des années 90.

Il rencontre à l'époque Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly-sur-Seine, qui officia même son premier mariage.

"J'ai beaucoup d'estime pour les dirigeants français", souligne-t-il, citant Xavier Niels "avec son modèle Free (que) Québecor est en train de regarder" pour s'en inspirer dans la téléphonie mobile.

"Il faut faire en sorte que la relation commerciale entre la France et le Québec puisse se développer", explique-t-il avec l'assurance du chef d'entreprise qu'il n'a, au fond, jamais cessé d'être et l'ambition de l'homme politique qu'il veut devenir.

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