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Le retour du baseball à Montréal se fera attendre, prévient le Conference Board

01/04/2014 06:27 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Comme il l'avait fait une première fois en août 2012, le Conference Board du Canada estime toujours que le marché de Montréal est assez viable pour accueillir une équipe du baseball majeur. Cet organisme a toutefois tenu à formuler un bémol, mardi, quelques jours après le succès populaire des deux matchs préparatoires disputés au Stade olympique: ce n'est pas demain la veille que les nouveaux Expos vont disputer leur match d'ouverture.

«Je ne veux certainement rien enlever à l'enthousiasme qu'on vient de vivre à Montréal en fin de semaine, mais reste qu'il ne faut surtout pas penser qu'à partir de ça, tout va débouler et que, dans deux ans, (le maire de Montréal) Denis Coderre remontera sur le monticule pour effectuer le premier lancer des nouveaux Expos. Je ne pense pas que ce sera du court terme comme ça. Ça va être du travail de plus longue haleine», déclare Mario Lefebvre, coauteur d'un livre publié par le Conference Board qui est intitulé «Power Play». Celui-ci examine les marchés du sport professionnel au Canada.

«Comme (le Conference Board) l'a toujours maintenu, le marché est là en raison des quatre millions de personnes qu'il y a dans la région de Montréal, parce qu'on y retrouve des gens assez riches pour se payer des billets de baseball, et parce qu'il y a suffisamment de corporations en ville pour qu'une bonne stratégie de vente de loges fonctionne», affirme M. Lefebvre, qui a rédigé «Power Play» avec un autre économiste, Glen Hodgson.

«Ce qu'on dit, par contre, c'est que ce n'est peut-être pas pour demain matin, parce que la facture pour ramener du baseball à Montréal se chiffre à environ 1,2 milliard $. Les Padres de San Diego ont récemment été vendus au prix de 800 millions $, et on dit qu'un nouveau stade va coûter 400 millions $. Et 1,2 milliard $, ça ne se trouve pas en criant ciseau», note M. Lefebvre lors d'un entretien avec La Presse Canadienne.

«L'autre chose qui nous amène à mettre un bémol sur les possibilités à court terme, ce sont les conditions de jeu dans le baseball majeur. Le baseball majeur est le seul sport professionnel (en Amérique du Nord) qui accepte encore des épouvantables écarts de masses salariales entre les concessions.

«Si je suis un investisseur, est-ce que j'aurai le goût de mettre 1,2 milliard $ dans quelque chose où mes chances de gagner ne sont pas égales à celles des 29 autres équipes? Ça ne veut pas dire que tu ne pourras jamais gagner. Avec de bons choix au repêchage, tu peux gagner. Mais dès que tes joueurs vont devenir bons, les Yankees et les Red Sox vont venir les acheter», ajoute le coauteur du livre.

On a beaucoup vanté l'équipe de 1994 des Expos, le week-end dernier, pendant que les Blue Jays de Toronto et les Mets de New York attiraient plus de 96 000 spectateurs en deux jours au Stade olympique. Mais en raison du déséquilibre des forces qui prévaut à l'heure actuelle dans le baseball, il est peu probable qu'on revoit une formation de ce calibre dans l'avenir, du moins sur une longue période.

«Il faut reconnaître qu'à Montréal, on n'aime pas assez le baseball pour être juste content d'être là, souligne M. Lefebvre. Quand les années de vaches maigres vont arriver — et elles vont arriver —, il y aura peut-être un certain effritement des assistances, ce qui entraînera peut-être des déficits occasionnels. Ça va donc prendre un propriétaire avec les poches profondes.

«Parce que si le propriétaire cherche à paqueter ses petits au premier déficit, l'aventure du baseball risque de ne pas durer longtemps. Donc ça va prendre quelqu'un qui a les reins assez solides pour accepter un déficit une année et continuer l'année suivante sans vendre le club au grand complet.»

L'autre scénario possible serait qu'un conglomérat médiatique devienne propriétaire de l'équipe de baseball, comme Rogers, qui a acheté des propriétés sportives à Toronto.

«À ce moment-là, ce serait plus ou moins grave que votre équipe de baseball perde de l'argent, parce que toutes vos autres entreprises en profiteraient, affirme M. Lefebvre. Vous aurez 500 heures de télévision — 162 matchs à raison de trois heures par match —, des avant-matchs, des après-matchs, des entrevues, du matériel pour les magazines, pour la radio et les bulletins de nouvelles à la télé...»

L'état des finances publiques du gouvernement québécois ralentira également le processus, estime l'économiste. En raison du déficit actuel, le prochain gouvernement sera peu susceptible de délier les cordons de la bourse et de fournir la part publique du financement que le promoteur du projet, Warren Cromartie, sollicite afin de bâtir un nouveau stade au centre-ville.

«J'ai du mal à imaginer qu'au lendemain des élections du 7 avril, le nouveau gouvernement va dire qu'il dégage les millions nécessaires pour le stade de baseball de Montréal», dit M. Lefebvre.

Celui-ci a tenu à souligner que le jugement du Conference Board a été élaboré en fonction des conditions de marché actuelles. Tant mieux si celles-ci s'améliorent à la suite d'imprévus, telle l'instauration d'un plafond salarial ferme dans le baseball. Ou encore si, emporté par le vent d'optimisme qui souffle sur Montréal à la suite des deux matchs disputés au cours du week-end, un mécène se manifeste.

«Bravo si c'est le cas et si, dans deux ou trois ans, quelqu'un nous remet au visage qu'on l'a, notre équipe de balle, lance M. Lefebvre. Je serai content de m'être trompé. Je répète: on pense que c'est possible, c'est juste qu'on ne pense pas que ce sera pour demain matin.»

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