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Centrafrique: la situation sécuritaire s'est "dégradée", les musulmans "directement visés" (Hollande)

01/04/2014 01:05 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

Le président français François Hollande a jugé mardi que la situation sécuritaire en Centrafrique s'était "dégradée" et que les musulmans y étaient "directement visés", à l'issue d'un entretien à Paris avec la présidente centrafricaine de transition Catherine Samba Panza.

"La situation en Centrafrique s'est à la fois améliorée sur certains points et détériorée sur d'autres", a déclaré le chef de l'Etat français, au côté de son homologue centrafricaine, sur le perron du palais de l'Elysée, à la veille d'un mini-sommet européen sur la Centrafrique qui les réunira de nouveau à Bruxelles.

Si "la mise en place des autorités de la transition" et le "fonctionnement des services publics les plus essentiels, les écoles, l'hôpital, la prison" ont "progressé", selon lui, la "situation sécuritaire" s'est "détériorée, dégradée dans un certain nombre de lieux et même à Bangui".

Le président français a pointé la "volonté de groupes hostiles au processus de pacification, de réconciliation", estimant que "les musulmans sont directement visés" alors que les violences en Centrafrique ont coûté la vie à 50 personnes ces quatre derniers jours.

"Saluant" les autorités de transition, François Hollande a souligné que "c'est courageux de prendre la direction d'un pays qui est aujourd'hui dans le chaos et qui a connu des affrontements meurtriers".

"Sachez bien que nous serons, la France, à vos côtés", a-t-il poursuivi, soulignant que les forces françaises permettaient d'éviter "que des affrontements religieux puisse dégénérer en terrorisme".

"Que les musulmans sachent bien que si les forces françaises, à travers (l'opération) Sangaris, sont présentes en Centrafrique, c'est pour les protéger, et que les Centrafricains sachent bien que nous sommes impartiaux", a-t-il insisté.

Mme Samba Panza, à la tête selon elle d'un "Etat fragile, un Etat qui n'existe pratiquement pas", a souligné "la volonté politique de mener la transition à son terme" avec pour "objectif premier l'organisation des élections législatives et présidentielle".

"Mais nous ne pouvons pas atteindre cet objectif tant qu'il n'y a pas la paix et que nous n'avons pas ramené la stabilité dans le pays", a-t-elle noté, observant une nouvelle "spirale de violence" ces quinze derniers jours.

Evoquant l'aide internationale à son pays, la présidente centrafricaine a appelé la communauté internationale "à alléger ses procédures et à ne pas traiter les problèmes de la République centrafricaine comme ceux d'un Etat normal, mais comme ceux d'un Etat en crise", pour aller "plus vite".

Au moment même où les présidents français et centrafricains se retrouvaient à l'Elysée, l'Union européenne annonçait le lancement officiel de son opération militaire en Centrafrique, où 2.000 soldats français et 6.000 militaires africains sont déjà déployés.

Au moins 24 personnes ont été tuées par des soldats tchadiens le week-end dernier à Bangui, mais Paris a estimé que la responsabilité incombait "pour une large part aux anti-balaka".

Formées en réaction aux exactions contre la population perpétrées pendant des mois par les combattants essentiellement musulmans de la Séléka après leur prise du pouvoir en mars 2013, les milices anti-balaka, groupes formés à l'origine de paysans chrétiens de l'ouest de la Centrafrique, s'en prennent depuis à la population musulmane, qui fuit massivement le pays plongé dans les tueries interreligieuses.

Depuis un an, l'ancienne colonie française, pays parmi les plus pauvres de la planète, habitué aux coups d'Etat à répétition et aux rébellions, traverse une crise sans précédent qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

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