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29/03/2014 07:29 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Turquie: dernière ligne droite avant un scrutin local décisif pour Erdogan

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et l'opposition battaient le rappel des électeurs samedi à la veille d'un scrutin municipal crucial, dans un contexte de traque policière après la fuite retentissante sur internet d'une réunion secrète consacrée à la Syrie.

Contraint à une pause de vingt-quatre heures à cause d'une extinction de voix, M. Erdogan doit reprendre sa campagne pour une dernière ligne droite exclusivement consacrée à "sa" ville d'Istanbul et à ses 10 millions d'électeurs - un cinquième de ceux du pays -, dont le choix donnera le ton de l'élection pour tout le pays.

"Celui qui gagne Istanbul remporte la Turquie", a répété à de nombreuses reprises celui qui fut le maire de la plus grande ville de Turquie.

Le Premier ministre a prévu de prendre la parole à cinq reprises dans la journée, alors que le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a lui aussi choisi de conclure sa campagne dans la mégapole par un grand meeting devant des dizaines de milliers de personnes.

A Atasehir, district de la rive asiatque, M. Erdogan a appelé les électeurs à aller voter en masse dimanche pour "exposer la traitrise" dont fait l'objet, selon lui, son gouvernement. Il a répété la thèse du complot ourdi par le prédicateur Fethullah Gülen qui dirige depuis les Etats-Unis un influent mouvement religieux.

"Vous ne verrez rien de tel dans aucun autre pays du monde (...) Ces gens font tout contre les intérêts de leur pays", a-t-il lancé.

Candidat du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, le maire sortant Kadir Topbas fait la course en tête à Istanbul mais l'écart qui le sépare de son rival du CHP, Mustafa Sarigül, reste ténu, autorisant toutes les supputations.

Après des semaines d'une campagne tendue, violente même, le scrutin de dimanche s'annonce comme un référendum sur M. Erdogan, 60 ans, dont la majorité islamo-conservatrice règne sans partage sur le pays depuis douze ans.

Encore au faîte de sa puissance il y a un an, le "grand homme", comme l'appellent ses partisans, le "sultan" comme le raillent ses rivaux, est mis à mal depuis des semaines par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage après une fronde sans pareil en été dernier qui l'avait aussi fortement secoué.

En riposte, le Premier ministre a durci son discours pour mobiliser son camp et déclaré la guerre à ses anciens alliés de la confrérie Gülen, qu'il accuse d'être à l'origine des enquêtes judiciaires qui le menacent.

- "Espionnage" -

Cette lutte à mort a connu jeudi son épisode le plus retentissant avec la publication sur internet du compte-rendu d'une réunion "top secret" au cours de laquelle une poignée de hauts responsables turcs évoquent une entrée en guerre de la Turquie contre la Syrie, avec des arrières-pensées électorales embarrassantes.

Le gouvernement, Premier ministre en tête, a immédiatement accusé le mouvement de M. Gülen d'être à l'origine de cet "acte d'espionnage", "ignoble, lâche, immoral" et lancé la police à ses trousses.

Après l'ouverture d'une enquête judiciaire pour "espionnage et trahison", un premier suspect a été placé brièvement en garde à vue vendredi soir à Ankara. Universitaire spécialiste des questions de sécurité, Önder Aytaç a été relâché samedi, selon la chaîne CNN-Türk.

La police turque est à la recherche d'autres suspects, eux aussi proches du mouvement Gülen, selon les médias turcs, qui ont ajouté que M. Erdogan avait aussi porté plainte contre le quotidien Zaman, porte-voix de la confrérie Gülen, au sujet de cette fuite.

Le publication de cette bande sonore, après bien d'autres mettant en cause le gouvernement pour des faits de corruption, a conduit le gouvernement à ordonner jeudi le blocage de YouTube, une semaine après celui de Twitter.

Cette mesure a renforcé les critiques de l'opposition et de nombreuses capitales étrangères, qui s'inquiètent ouvertement de la dérive autoritaire de M. Erdogan.

"La polarisation en Turquie est tellement profonde que les élections ne serviront à rien, sauf à confirmer les fractures", redoutait samedi l'éditorialiste Mehmet Yilmaz, du quotidien Hürriyet.

BA/pa

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