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29/03/2014 01:29 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

La question des paradis fiscaux aboutit dans la cour du Parti québécois

Le dossier des paradis fiscaux a continué d'agacer Philippe Couillard, samedi, et gardé sur le qui-vive les troupes de Pauline Marois pendant une partie de la journée.

Cette épineuse question s'est retrouvée dans la cour du Parti québécois, particulièrement celle du candidat Pierre Karl Péladeau, gracieuseté de Québec solidaire.

Lors d'un point de presse tenu en matinée, Amir Khadir s'est lancé dans une charge contre les paradis fiscaux, ciblant des entreprises qui semblent liées à Québecor, propriété du candidat péquiste.

Québec solidaire a soulevé une série de questions après avoir consulté le registre Internet de l’État du Delaware, aux États-Unis, où figurent plus de 60 entreprises qui portent les noms de Québecor ou de ses filiales.

Pour M. Khadir,il est incompréhensible qu’un «fleuron du Québec» ne paie pas tous ses impôts au Québec au moment où les contribuables et les entrepreneurs québécois remplissent leur rapport d’impôt.

La sortie du candidat dans Mercier a provoqué des réactions tous azimuts, de Pierre Karl Péladeau bien sûr, mais aussi du candidat péquiste Pierre Paquette, de Québecor et du chef caquiste François Legault.

Lors d'une brève mêlée de presse en fin d'après-midi, M. Péladeau a affirmé que le Delaware n'est pas un paradis fiscal et n'offre «pas d'avantages particuliers»: c'est un endroit où les entreprises «sont incorporées aux États-Unis».

«Les entreprises, si elles font affaire à l'étranger, elles ont des incorporations, elles ont des comptes de banque. Ce sont les administrateurs, les actionnaires, les clients qui exigent de telles modalités», a-t-il dit.

Une heure plus tôt, M. Paquette avait fait valoir que la sortie de Québec solidaire était un «pétard mouillé» et une «manoeuvre totalement en bas de la ceinture». Se présentant comme un éternel «pourfendeur des paradis fiscaux», il a en outre demandé des excuses à Québec solidaire.

Le groupe Québecor a également tenu à donner sa version des faits en réplique à cette sortie de la formation politique de gauche.

Dans un communiqué, l'entreprise a soutenu qu'en aucun cas, la décision de créer ces entités au Delaware n'avait été motivée «dans le but de se soustraire (aux) obligations fiscales à l'égard du trésor québécois ou canadien».

Quant à François Legault, il n'a pas voulu critiquer Pierre Karl Péladeau.

«Je pense qu'il y a beaucoup d'entreprises qui s'enregistrent au Delaware. Il y a des avantages au niveau de la flexibilité dans le travail des conseils d'administration, quand il y a des OPA hostiles. Je ne ferai pas de petite politique avec ça», a-t-il laissé tomber.

En matinée, lors d'une conférence de presse, Pauline Marois a affirmé qu'elle n'avait pas effectué de recherches afin de savoir si ses candidats possédaient des actifs dans des paradis fiscaux.

Si un tel cas s'avérait, la première ministre sortante n'irait pas jusqu'à expulser la personne concernée de ses rangs. Celle-ci devrait «s'amender» et «admettre sa faute», a indiqué Mme Marois, selon qui il reviendrait ultimement aux gens de juger de ce comportement.

Plus tôt samedi, M. Couillard avait eu de la difficulté à cacher son impatience lorsqu'il a de nouveau été questionné sur sa décision de verser son salaire dans un paradis fiscal alors qu'il travaillait en Arabie saoudite malgré la légalité de la démarche.

«Ça remonte à 20 ans et tout a été déclaré, a-t-il dit. C'est encore une fois tourner en épingle quelque chose qui n'a aucune substance. C'est assez étrange que l'on reproche à quelqu'un d'avoir suivi les lois fiscales.»

Financement occulte?

En début de journée, samedi, Mme Marois a dû se défendre d'avoir déclenché la campagne électorale pour éviter que son parti ne soit éclaboussé devant la commission Charbonneau ou par une enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), rejetant dans l'ombre son annonce sur les engagements de son parti en matière de travail.

Elle a assuré ne rien savoir de l'existence d'un système de financement occulte au Parti québécois (PQ) dans les années 1990.

La chef péquiste a été questionnée sur les pratiques passées de sa formation politique en matière d'intégrité et de financement, samedi matin, dans la foulée de la publication d'un reportage de La Presse. Selon cet article, dans les années 1990, des firmes de génie-conseil se seraient réparti les territoires pour l'obtention des contrats publics lors de «ventes aux enchères» annuelles au profit du Parti québécois, au pouvoir à cette époque.

Mme Marois a affirmé que les rencontres entre le directeur général du PQ, Sylvain Tanguay, et des inspecteurs de l'UPAC n'auraient pas influencé sa décision de déclencher des élections, ajoutant par ailleurs qu'elle n'avait «jamais entendu parler» du stratagème détaillé dans le texte du quotidien montréalais.

Le chef libéral Philippe Couillard en a profité pour dénoncer Mme Marois et le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Avant de lui faire la morale sur des questions d'éthique, Pauline Marois et François Legault devraient commencer par dévoiler la totalité de leurs états financiers, a dit M. Couillard.

Et c'est ce qu'a fait M. Legault, en après-midi. De passage à Contrecoeur, le chef caquiste a rendu publique la liste de ses actifs.

François Legault et Isabelle Brais, son épouse, détiennent une résidence d'une valeur de 4 779 000$, des REER pour un total de 4 652 000$, des placements pour 274 000$ et deux véhicules valant en tout 70 000$.

François Legault estime avoir répondu aux demandes de son adversaire libéral et lui renvoie maintenant la balle.

«C'est au tour de M. Couillard de répondre. Que voulait-il faire avec M. Porter, qui aujourd'hui est en prison ?», a-t-il lancé, exigeant toujours la publication du rapport annuel de l'entreprise détenue par le passé par le chef libéral et l'ex-dirigeant du CUSM, Arthur Porter.

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