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29/03/2014 03:41 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Felipe Alou veut voir le retour du baseball à Montréal avant de mourir

MONTRÉAL - Montréal n'a pas oublié l'édition 1994 des Expos, mais le contraire est aussi vrai. La vingtaine de joueurs et entraîneurs qui ont été honorés avant le début du deuxième match entre les Blue Jays de Toronto et les Mets de New York ont été chaleureusement accueillis et ceux-ci ne se sont pas fait prier pour rappeler à quel point ils avaient apprécié la ville — et cet été-là en particulier.

Lors de cette saison, les Expos formaient la meilleure équipe des Majeures, avec une fiche de 74-40 au moment du déclenchement de la grève des joueurs, le 12 août 1994. Le conflit a forcé l'annulation des séries éliminatoires, de la Série mondiale et retardé le début de la saison suivante, alors qu'il a pris fin le 2 avril 1995.

Du nombre, Felipe Alou, Larry Walker, Darren Fletcher, John Wetteland, Ken Hill, Moises Alou, Marquis Grissom, Cliff Floyd, Rondell White, Gil Heredia, Lou Frazier, Sean Berry, Tim Spehr, Wilfredo Cordero, Denis Boucher, Joey Eischen, Heath Haynes, Joe Kerrigan et Pierre Arsenault ont défilé un à un sur la surface de jeu du Stade olympique, où ils ont été longuement applaudis et ont pu visionner une vidéo hommage de l'artiste montréalais Annakyn Slaid.

«C'est plaisant d'être de retour, de revoir les gars. J'ai bien hâte de me retrouver sur le terrain et de regarder vers les estrades, a indiqué Walker, qui a d'ailleurs filmé son entrée dans le stade sur son téléphone intelligent. C'est un honneur de revenir ici.»

Par contre, ce genre de réunion amène toujours un brin de nostalgie. Le gérant Alou, pour un, n'a pas mis de gants blancs pour livrer le fond de sa pensée.

«Je veux voir le baseball revenir à Montréal avant de mourir, a dit l'homme de 78 ans, marié à une Lavalloise. On a volé à cette ville la possibilité d'encourager son équipe jusqu'en Série mondiale. Je croyais sincèrement que nous avions une chance légitime de l'emporter. On ne sait pas qui l'aurait emporté dans l'Américaine, mais dans la Nationale, nous étions les rois.

«Tout le monde qui a joué cette saison a dû admettre par la suite que nous étions la meilleure équipe. Bobby Cox (l'ex-gérant des Braves d'Atlanta, qui ont dominé la Nationale dans les années 1990 et qui accusaient un retard de six matchs sur les Expos au déclenchement de la grève), m'a déjà dit qu'il aurait été très difficile de nous rattraper. Tom Glavine m'a dit la même chose. Ça, c'est une équipe qui gagnait année après année.»

«C'est un peu aigre-doux comme sensation, a renchéri Floyd. Vous vous rappelez des bons moments, mais ce qu'on aurait dû souligner (samedi) ce sont les 20 ans de notre conquête de la Série mondiale. Ça aurait dû être une cérémonie de remise des bagues!

«Mais on garde de bons souvenirs, on a eu de super moments. Ce qui m'attriste le plus, c'est de ne pas avoir été en mesure d'offrir à cette ville une participation à la Série mondiale.»

Floyd, comme plusieurs de ses coéquipiers rencontrés samedi, a admis éprouver du ressentiment à l'endroit de ce conflit, estimant qu'on leur avait volé une partie de leur carrière.

«J'aurai toujours cette impression. je ne pourrai jamais revivre cette saison. Oui, j'ai gagné la Série mondiale (en compagnie de Moises Alou, avec les Marlins de la Floride en 1997), mais je ne l'ai pas gagnée avec ces gars-là. C'est ce qui me pue au nez.»

«C'est certain qu'on avait une grosse équipe, a ajouté Boucher. C'est ce qui aurait pu être: il n'y a pas de garantie que nous aurions gagné. Mais nous avions d'excellentes chances d'accéder aux séries. Rendu là, c'est qui joue le mieux qui l'emporte.»

Pour ceux qui sont revenus avec les Expos par la suite, la vente de feu du camp d'entraînement de 1995 a été un autre coup difficile à encaisser, puisqu'ils estimaient être en mesure de connaître les mêmes succès avec sensiblement le même noyau de joueurs.

Pour plusieurs d'entre eux, cette grève et la vente de feu qui a suivi ont marqué le début de la fin de la concession à Montréal.

«Nous avions une si bonne équipe que nous aurions été dans la course aux séries pour plusieurs saisons, a noté Floyd. Mais la direction en a décidé autrement.»

«Nous le savions. Nous savions qu'après la grève et le camp de 1995, c'était une question de temps pour cette équipe. Ça ne pouvait pas durer», a ajouté Wetteland.

Par contre, tous se sont montrés unanimes: ils croient aux chances de Montréal de ravoir une concession des Ligues majeures et appuient le projet de Warren Cromartie.

«Cette ville et ses habitants ont eu la chance de connaître plusieurs championnats au hockey, a dit Walker. Ils sont habitués de gagner et savent ce que c'est que d'avoir une équipe gagnante à encourager. Ce serait bien de ramener une équipe ici et qu'elle connaisse du succès. La ville le mérite. Malheureusement, quand nous avons eu notre chance en 1994, la saison est tombée à l'eau et personne n'en était plus fâché que nous. Ce serait super (qu'une équipe soit accordée à Montréal). Ça me ferait revenir à Montréal plus souvent.»

«Absolument, a conclu Kerrigan. Et je pense que la fenêtre d'opportunités de la ville se situe entre deux et quatre ans. Avec les problèmes que connaissent les A's (d'Oakland) et les Rays (de Tampa Bay), qui sait? Peut-être qu'une équipe sera prête à déménager bientôt. C'est le moment d'agir.»

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