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28/03/2014 06:46 EDT | Actualisé 28/05/2014 05:12 EDT

L'Ukraine se tourne vers la présidentielle après la candidature de Timochenko

L'Ukraine se tournait vendredi vers l'élection présidentielle du 25 mai après la candidature de l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, dans un contexte de haute tension avec la Russie après le rattachement de la Crimée.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon doit s'exprimer à New York devant le Conseil de sécurité au lendemain du vote d'une résolution dénonçant le référendum du 16 mars dans la péninsule de la mer Noire, qui a révélé d'importantes lignes de fractures au sein de la communauté internationale.

Viktor Ianoukovitch, le président destitué le 22 février, est réapparu pour la troisième fois depuis sa fuite en Russie pour appeler à un référendum dans chaque région de l'ex-république soviétique.

"Ne laissez pas les imposteurs vous utiliser!", a lancé l'ancien chef de l'Etat démis après trois mois de contestation qui s'étaient terminés par un bain de sang dans les rues de Kiev, excluant "la possibilité d'élections justes".

Mais dans la capitale ukrainienne, c'est la succession qui s'organise et la course s'accélère en vue du scrutin du 25 mai. Les candidats ont jusqu'à dimanche pour se faire connaître et dès samedi, les grandes formations politiques doivent introniser leur représentant.

- les pro-européens favoris -

Avec la candidature de Ioulia Timochenko, qui à 53 ans se montre plus déterminée que jamais, la campagne s'annonce dure entre les chefs de file du mouvement pro-européen, en tête dans les sondages.

L'ex-champion de boxe Vitali Klitschko est sur les rangs mais il pourrait céder sa place à l'ex-ministre et homme d'affaires Petro Porochenko, dont l'empire financier va du chocolat aux médias et qui est le favori actuel des sondages. On compte aussi le nationaliste Oleg Tiagnibok et le leader du mouvement paramilitaire ultra-nationaliste Pravy Sektor, Dmytro Iaroch.

Plusieurs représentants du Parti des régions de M. Ianoukovitch sont déjà sortis du bois, notamment l'ex-vice Premier ministre en charge des questions gazières, Iouri Boïko, l'homme d'affaires Serguiï Tiguipko et l'ancien gouverneur de la ville russophone Kharkiv, Mikhaïlo Dobkine.

Ioulia Timochenko, sortie de prison le jour de la destitution de M. Ianoukovitch, a donné le ton de sa campagne en ciblant Vladimir Poutine comme l'ennemi numéro un et en promettant de mettre fin à l'"agression" de la Russie, qui en trois semaines a pris le contrôle de la Crimée.

Vladimir Poutine a souligné vendredi que le rôle joué par les soldats russes en Crimée avait montré les "nouvelles capacités" de l'armée.

"Les événements de Crimée ont été un examen. Ils ont démontré les nouvelles capacités de nos forces armées, et le moral solide des hommes", a déclaré le président russe, confirmant implicitement la participation des militaires russes à la prise de contrôle de la péninsule ukrainienne.

Le rattachement express de la péninsule à Moscou a été condamné jeudi par une résolution non contraignante de l'Assemblée générale de l'ONU.

Mais le vote du texte, à l'initiative de Kiev et coparrainé par les occidentaux, a révélé d'importantes divisions. Bien qu'il ne critique pas explicitement Moscou, il n'a recueilli que 100 voix sur les 193 membres de l'Assemblée, les grands pays émergents s'étant abstenus.

Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé une "initiative contre-productive (qui) ne fait que compliquer le règlement de la crise politique en Ukraine".

La question ukrainienne devrait par ailleurs dominer la visite en Allemagne du président chinois Xi Jinping, dont le pays s'est abstenu jeudi à l'ONU. Berlin se trouve en pointe pour la mise en place de sanctions contre Moscou mais l'Allemagne est aussi très impliquée dans l'économie russe.

- le ministre de l'Intérieur contesté -

Les autorités de transition à Kiev tentent de maintenir la pression et ne cessent d'alerter sur la possibilité d'une intervention russe dans l'Est russophone de l'Ukraine, où des manifestations séparatistes réunissent tous les week-ends des milliers de partisans.

Le président du conseil de sécurité nationale ukrainien, Andriï Paroubiï, a estimé jeudi que 100.000 soldats russes stationnaient près de la frontière, un chiffre bien supérieur aux 20.000 hommes évoqué par les Etats-Unis.

Sur le front économique, le gouvernement ukrainien pro-européen peut se féliciter d'avoir reçu jeudi l'assurance d'une aide massive des Occidentaux: 27 milliards de dollars sur deux ans, dont une ligne de crédit de 14 à 18 milliards de dollars du Fonds monétaire internationale.

L'institution basée à Washington a cependant posé des conditions très strictes pour éviter à Kiev la faillite, notamment une hausse de 50% du prix du gaz pour les ménages et le gel des retraites et traitements des fonctionnaires.

Les premières mesures de réduction des déficits présentées dès jeudi au Parlement (baisse de 10% des effectifs des ministères, taxes sur les hauts revenus, etc) ont été âprement discutées et le Parlement a dû s'y prendre à deux fois pour les adopter.

Le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov, se trouve en outre confronté à une fronde des ultra-nationalistes de Pravy Sektor qui exigent sa démission après la mort de leur représentant en Ukraine occidentale, Olexandre Mouzitchko, dit Sachko Bilyï (Sachko Le Blanc), lors d'une fusillade avec la police qui venait l'arrêter.

Une manifestation agitée a réuni un millier de personnes jeudi soir devant le Parlement et un nouveau rassemblement, d'une centaine de personnes, a eu lieu vendredi matin à l'ouverture de la séance parlementaire.

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