NOUVELLES
28/03/2014 09:16 EDT | Actualisé 28/05/2014 05:12 EDT

France: l'extrême droite, dernier espoir pour des habitants qui "se meurent"

"Le Front national parce que nous mourons": à Béziers et Perpignan, deux villes du sud de la France où l'extrême droite pourrait remporter les mairies dimanche, les habitants, écoeurés par la politique actuelle, veulent en finir avec le chômage, la délinquance et le clientélisme.

A Béziers, le candidat soutenu par le Front national, Robert Ménard, ex-président de l'association Reporters sans frontières a dynamité les scores: près de 45% de voix, loin devant ses rivaux de droite UMP (30,3%) et socialiste (18,6%).

Dans la ville natale du résistant Jean Moulin dirigée pendant 19 ans par la droite, M. Ménard, qui a milité pendant plus de 20 ans pour la liberté de la presse dans le monde, a séduit par son profil éloigné du sérail politique.

"Je suis un vieux socialiste et le resterai toute ma vie", affirme Pascal, un commerçant de 60 ans du centre-ville historique. "Mais je ne vais pas voter PS car l'heure est grave", assène-t-il, embrassant du regard la place déserte aux devantures fermées, entourée d'immeubles décrépis.

Avec plus de 16% de chômage et 33% des habitants qui vivent avec moins de mille euros par mois, Béziers enregistre le troisième plus fort taux de pauvreté parmi les 100 plus grandes villes de France.

Dans cette cité de quelque 70.000 habitants, une communauté de Français rapatriés d'Algérie après l'indépendance en 1962 côtoie une immigration ancienne de Maghrébins, venus travailler pendant la période de croissance d'après-guerre, et une population d'origine étrangère plus récente.

L'ex-maire de droite Raymond Couderc "a pissé sur la ville. Il n'y a que des kebabs qui ouvrent, le centre-ville est un mouroir", tonne Pascal en demandant à taire son nom. "Et pourtant, Béziers est une belle ville et le pivot de l'Europe du sud".

Voter FN ? Pas vraiment, dit-il. Ménard, soutenu aussi par trois autres mouvements de droite, "se fait aider par le Front national mais c'est un homme libre qui n'est pas touché par les idées du FN. Je vote pour l'homme".

"Ce n'est pas un politique", confirme Régine, 71 ans. "Nous sommes dans un tel état de désespérance que Ménard est le seul à pouvoir nous empêcher de mourir tout à fait", estime-t-elle, précisant toutefois qu'elle n'ira pas jusqu'à voter pour lui en mémoire de son "père juif".

Le candidat affirme à l'AFP incarner une liste "d'intérêt communal", insistant sur le fait que "seuls" 6 colistiers sur 49 appartiennent au FN. Sa présidente, Marine Le Pen, "ne me dicte pas ce que j'ai à dire", ajoute-t-il, se félicitant de l'appui de "citoyens comme les autres qui se sentaient exclus".

- "Ras-le-bol" -

A une heure de route, Perpignan la catalane, 16% de chômage, pourrait aussi s'en remettre au Front. Là aussi, des habitants se disent écoeurés par un pouvoir aux mains d'une dynastie de droite depuis 1959.

Dans cette ville de 120.000 habitants où vit une importante communauté gitane et maghrébine, le numéro deux du FN et compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, est arrivé en tête au premier tour avec 34,20%.

"On a l'impression qu'un parti nouveau arrive avec des idées et on espère qu'il les mettra à exécution. Depuis qu'il n'y a plus Jean-Marie Le Pen (à la tête du parti), le FN a fait des efforts, ce n'est pas un monstre. On sait bien que ce n'est pas le nirvana mais la période est très difficile", confie Bernard, retraité de 71 ans.

"Tout le monde ici en a ras-le-bol de l'insécurité, de cette ville sale qui dépérit et où on ne sait pas si l'on va retrouver sa voiture le soir en sortant du restaurant", énonce-t-il, reconnaissant qu'il n'aurait "jamais parlé du FN comme cela il y a dix ans".

M. Aliot admet recueillir les fruits de l'effort de normalisation fait par Marine Le Pen. "Les gens ici sont à l'abandon. Quand on parle d'insécurité, on nous accuse de voir le mal partout mais la population le vit au quotidien. Et les gens ont aussi envie de tourner la page du système clientéliste", affirme-t-il à l'AFP.

Se présentant le coeur à gauche, Christian Crastre, directeur d'entreprise, ne vote plus, écoeuré des "professionnels de la politique" et du "PS et UMP qui font la même politique". "Plus personne ne devrait aller voter, il n'y a plus d'espoir", lâche-t-il. Quant à "Aliot, voyons ce qu'il fait".

blb/prh/rhl

PLUS:hp