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27/03/2014 10:40 EDT | Actualisé 27/05/2014 05:12 EDT

Pakistan: reconnu coupable de blasphème, un chrétien condamné à mort

La justice pakistanaise a condamné jeudi à la peine de mort un chrétien pour avoir insulté le prophète Mahomet dans un incident à l'origine de l'assaut d'un ghetto chrétien de la deuxième ville du pays par une foule de musulmans en colère.

En mars 2013, Sawan Masih, habitant du quartier chrétien de Joseph Colony, une enclave perdue dans les dédales de poussière de Lahore, avait été accusé par un ami musulman d'avoir porté atteinte à Mahomet dans une discussion.

Quelques heures plus tard, près de 3.000 musulmans en colère avaient lancé l'assaut contre Joseph Colony et incendié une centaine de masures.

Les images avaient fait le tour du monde et jeté un nouveau froid dans les relations interconfessionnelles au Pakistan, pays musulman de plus de 180 millions d'habitants dont environ 2% de chrétiens.

Jeudi, la Haute cour de Lahore a reconnu Sawan Masih coupable de blasphème et l'a condamné à la peine de mort, a déclaré à l'AFP son avocat, Naeem Shakir.

"Nous allons interjeter appel de cette décision", a-t-il assuré, précisant que le verdict et la sentence avait été prononcée dans la prison où M. Masih est écroué.

La loi pakistanaise sur le blasphème, accusée par les libéraux d'être instrumentalisée pour régler des conflits personnels mais défendue bec et ongles par les islamistes, prévoit la peine de mort pour les personnes dénigrant Mahomet et la prison à vie pour quiconque brûle le Coran.

Le chrétien Sawan Masih maintient n'avoir jamais manqué de respect envers le prophète de l'islam et affirme que ces accusations de blasphème ont été portées contre lui afin de régler un différend immobilier.

Selon un rapport récent de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, le Pakistan est de loin le pays qui emprisonne le plus de citoyens soupçonnés de porter atteinte à la religion, principalement l'islam.

Si les tribunaux imposent la peine de mort, les autorités n'exécutent toutefois pas la sentence, le gouvernement ayant reconduit à l'automne un moratoire sur la peine capitale, ce qui était d'ailleurs une condition de l'Union européenne pour réduire les barrières douanières aux importations pakistanaises.

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