POLITIQUE
27/03/2014 08:08 EDT | Actualisé 27/05/2014 05:12 EDT

Face à face TVA: des échanges vigoureux

Agence QMI

Le deuxième débat des chefs de la campagne électorale au Québec, diffusé par le réseau TVA, a donné lieu à de bons échanges sur l'intégrité et l'identité, reflétant le durcissement de ton de la campagne au cours des derniers jours. Premier selon les sondages, mais dans une course toujours serrée, le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, s'est imposé comme une cible de choix tout au long de la soirée.

Le deal et le cas Porter

Des sujets souvent abordés récemment, comme le financement du Parti libéral ou le « deal », évoqué dans un enregistrement entendu à la commission Charbonneau, qu'aurait conclu le Fonds de solidarité FTQ avec Claude Blanchet, le mari de la chef du Parti québécois, Pauline Marois, ont donné des échanges houleux.

« Il n'y a pas eu de deal. Pourquoi? Parce qu'il y en a une, une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, et si la FTQ avait voulu faire des pressions sur moi, M. [Michel] Arsenault l'a dit sous serment : "quand je rencontrais Mme Marois, je rencontrais un mur. Un mur de béton" », a soutenu la chef péquiste.

Les premières salves ont fusé lorsque Philippe Couillard a dû de nouveau se défendre concernant son association passée avec l'ex-directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) Arthur Porter, aujourd'hui accusé de fraude.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a sorti des détails sur la compagnie enregistrée conjointement par MM. Couillard et Porter. Il a notamment souligné que la date à laquelle la compagnie avait cessé d'exister, le 4 octobre 2012, faisait suite à l'éclatement du scandale impliquant SNC-Lavalin au CUSM.

« Cette compagnie [conjointe avec Arthur Porter] n'a jamais été activée, [un document] légal le prouve, il n'y a jamais eu d'état financier. Elle n'a jamais existé », a répondu le chef libéral à François Legault. « M. Porter, il s'agit de quelqu'un que j'ai connu, mais m'associer à ce qui lui est reproché, c'est inacceptable. Je trouve déplorable que l'on fasse ces associations, je n'entrerai pas dans ce jeu », a aussi dit Philippe Couillard, en réponse à la question de l'animateur et aux attaques de Pauline Marois.

Financement politique

Plus tôt cette semaine, le Parti québécois portait plainte contre le Parti libéral, devant le Directeur général des élections, pour financement illégal. Selon des documents rendus publics au début du mois, une enquête de l'Unité permanente anticorruption, amorcée en août 2012, a notamment permis aux policiers de découvrir un montant de 428 000 $ récolté au cours d'une seule activité de financement et qui ne figure nulle part dans les rapports annuels du PLQ entre 2004 et 2012.

Le sujet est évidemment revenu sur le tapis au débat. « Il y a un 400 000 $ qu'on ne trouve plus dans vos coffres et dans vos livres », a lancé Pauline Marois à son adversaire libéral.

« Il n'y a pas d'activité de financement qui peut ramasser une telle somme, c'est impossible », a répliqué Philippe Couillard. Vérification faite par Radio-Canada, l'activité la plus lucrative retrouvée dans les rapports annuels libéraux, de 2008 à 2012, frôle les 300 000 $.

Paradis fiscal

De son côté, la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a voulu en savoir plus sur la somme de 600 000 $ déposée par Philippe Couillard dans un compte bancaire de l'île de Jersey - reconnue comme étant un paradis fiscal - alors qu'il travaillait en Arabie saoudite. Elle a reconnu que la manœuvre était tout à fait légale, mais l'a tout de même remise en question.

Le chef libéral a répondu avoir respecté les lois fiscales et fait ce qui était normal pour un Canadien non-résident travaillant à l'étranger. « Si vous voulez changer [les lois fiscales], mettez ça dans votre programme, Mme David », a-t-il rétorqué.

Langue et identité

Philippe Couillard a été la cible d'attaques senties de ses adversaires sur la question de la défense du français et de l'identité nationale. « Je n'ai jamais vu un chef libéral si peu se soucier du français », a dit François Legault. Mme David a quant à elle dit que le chef du PLQ avait bien peu à proposer pour contrer l'anglicisation du monde du travail, particulièrement à Montréal.

Philippe Couillard a écarté ces accusations du revers de la main. Il a aussi soutenu qu'il demeurait important de favoriser l'apprentissage de l'anglais, ce qui est essentiel à la compétitivité des PME, rappelant sa proposition de relancer l'anglais intensif en sixième année du primaire.

Sur la question de l'indépendance du Québec, Mme David, qui se dit une souverainiste convaincue, a qualifié la position de M. Legault d'ambiguë. « Vous étiez un souverainiste plutôt pressé. Et là, j'ai de la difficulté à comprendre ce que vous êtes au juste. Vous êtes encore souverainiste et vous n'osez pas le dire ou un fédéraliste un peu gêné. Vous êtes quoi, M. Legault? »

Le chef de la CAQ, qui se dit nationaliste, a rappelé que « 70 % des Québécois » ne veulent pas de référendum. Il a d'ailleurs attaqué Mme Marois sur sa volonté présumée de tenir une consultation populaire sur la souveraineté.

Philippe Couillard a quant à lui dit qu'il ne condamnait pas tant la position souverainiste de Mme Marois que la façon dont elle fait les choses, en voulant enfermer les Québécois dans un « piège » référendaire, selon lui. La chef péquiste a réitéré qu'il n'y aurait pas de référendum tant que les Québécois ne seraient pas prêts.

La charte

Tous les partis proposent un projet pour réaffirmer la laïcité de l'État, mais c'est véritablement la question du port de signes religieux par les employés du gouvernement qui empêche les formations d'arriver à un consensus, ce que le débat a mis une nouvelle fois en lumière.

François Legault, qui propose d'interdire le port de signes religieux uniquement aux employés en position d'autorité, a accusé sa rivale péquiste de ne pas avoir voulu faire de compromis sur le projet de charte avec les autres partis, pour des raisons électoralistes. « La charte qu'on propose [à la CAQ], elle est appuyée par Jacques Parizeau, Gilles Duceppe et Lucien Bouchard. Trouvez-vous M. Parizeau mou? » a lancé le chef caquiste à Mme Marois.

La chef péquiste a rétorqué que le projet de charte du PQ - qui prévoit d'interdire le port de signes religieux pour tous les fonctionnaires - se veut rassembleur, et qu'il était appuyé par une majorité de la population. Par ailleurs, elle a répliqué à Philippe Couillard - qui craint des licenciements nombreux avec la charte du PQ - qu'il n'était pas question de congédier qui que ce soit et que des périodes de transition étaient prévues.

La question de la lutte contre l'intégrisme et du départ de Fatima Houda-Pepin du caucus libéral est revenue dans cette joute. Philippe Couillard a affirmé que la députée, qui siège désormais comme indépendante, « a décidé de quitter le caucus, elle n'a pas été expulsée, et on a tout fait pour la garder chez nous ». Françoise David en a profité pour mentionner une autre expulsion politique liée à la charte, celle de la députée fédérale Maria Mourani du Bloc québécois.

Nominations partisanes

Le chef de la CAQ a insisté pour que Mme Marois et M. Couillard s'engagent à ce que les nominations dans la haute fonction publique soient désormais soumises à une commission parlementaire. Il a ciblé notamment la nomination de Nicolas Girard à l'Agence métropolitaine de transport. Mme Marois a rétorqué que son critère de sélection pour les nominations était avant tout la compétence, défendant le choix de M. Girard. « Il a redressé la situation financière de l'AMT », a-t-elle répondu.

« C'est les copains d'abord. C'est pareil comme le Parti libéral, le Parti québécois », a lancé François Legault.

M. Couillard a reconnu qu'il fallait « augmenter la dose d'indépendance dans la nomination des cadres supérieurs dans la fonction publique », mais éviter qu'une commission parlementaire sur les nominations devienne une chasse aux sorcières, ce qui serait nuisible à la démocratie, selon lui.

Économie et finances publiques

Le thème de l'économie et des finances publiques a donné lieu à un affrontement philosophique plutôt à des promesses concrètes.

Philippe Couillard a reproché à François Legault sa promesse d'abolir les commissions scolaires, et par conséquent la taxe scolaire. M. Couillard a souligné que les commissions signifiaient beaucoup pour les communautés rurales, un argument de cohésion déjà souligné à Radio-Canada par la présidente de Solidarité rurale du Québec.

M. Legault a contre-attaqué en reprochant autant à M. Couillard qu'à Mme Marois de vouloir ajouter des milliards de dollars à la dette du Québec en immobilisations. Il a cité en exemple le projet d'anneau de glace couvert à Québec, auquel il s'oppose et qui a créé certaines tensions entre lui et le maire Régis Labeaume. « J'ai dit non à des maires, moi! » a-t-il lancé.

Françoise David a fourni un argument intéressant, en soulignant que les pays de l'OCDE, de même que les États-Unis, étaient généralement plus endettés que le Québec.

La santé

François Legault, a rappelé qu'il veut abolir les agences de santé pour réduire le personnel administratif et réinvestir l'argent économisé dans la prestation de services. Il a voulu savoir pourquoi son adversaire libéral, Philippe Couillard, ne s'engagerait pas à éliminer un niveau administratif sur trois, comme lui. M. Couillard a répliqué que beaucoup d'employés administratifs donnent aussi des services aux patients. Le nombre d'emplois que la CAQ veut abolir est trop élevé, selon lui. Le chef libéral en a profité pour rappeler son engagement de créer 50 supercliniques.

François Legault a insisté pour que M. Couillard dise combien de postes il abolirait. « Vous ne savez pas », a-t-il lancé en fin de segment sur le sujet.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a rappelé l'engagement du PQ de créer plus de groupes de médecine familiale - et soutenu que 350 000 personnes de plus avaient un médecin de famille depuis l'arrivée du PQ au pouvoir. La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a rappelé l'engagement de QS de rendre des CLSC ouverts en tout temps.

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Quelques citations du débat du 27 mars 2014