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26/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 25/05/2014 05:12 EDT

Pourquoi le dialogue est-il impossible au Venezuela ?

Les attaques continuelles du président Nicolas Maduro contre une opposition par ailleurs déchirée entre modérés et radicaux, ajoutées à la répression judiciaire contre plusieurs de ses dirigeants, rendent impossible tout dialogue politique au Venezuela, estiment des analystes.

Si M. Maduro, contesté dans la rue par un mouvement étudiant relayé par l'opposition contre l'insécurité, les pénuries, l'inflation et les abus policiers, a fait mine d'instaurer des "tables de dialogue", et accueille mardi et mercredi à Caracas une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) censée faciliter le dialogue entre les différentes parties, celui-ci n'a en réalité jamais débuté.

Les analystes interrogés par l'AFP affirment que les conditions d'une table ronde n'existeront pas tant que le président socialiste poursuivra ses diatribes enflammées et ses menaces contre "les fascistes", "les bourgeois" et les "putschistes", comme sont qualifiés les opposants.

Trois d'entre eux - Leopoldo Lopez, fondateur du parti Volonté Populaire (droite), ainsi que les deux maires Daniel Ceballos (San Cristobal, ouest) et Enzo Scarano (San Diego, nord) - ont d'ailleurs été incarcérés ces dernières semaines, accusés notamment d'incitation à la violence.

Une députée d'opposition, Maria Corina Machado, a également été destituée, et mardi, le président Maduro a annoncé l'arrestation de trois généraux de l'armée de l'Air accusés de "tentative de coup d'Etat".

"Le président appelle au dialogue mais dans le même temps harcèle ses adversaires. Ceci n'est pas un véritable appel au dialogue, les conditions n'existent pas" pour négocier, selon la politologue Carmen Beatriz Fernandez.

Nicolas Maduro, successeur du charismatique Hugo Chavez décédé en mars 2013, "place l'opposition dans une position de subordination, ainsi le dialogue est infiniment difficile, il n'y a aucun geste de bonne volonté au-delà d'une rhétorique appelant à la discussion", renchérit l'historienne Margarita Lopez Maya.

- Opposition tiraillée -

Violemment prise à partie par le pouvoir, la coalition d'opposition de la Table de l'unité démocratique (MUD) est en outre divisée entre radicaux, comme Mme Machado, M. Lopez ou Antonio Ledezma, maire de Caracas, qui prônent l'occupation de la rue pour faire chuter le gouvernement, et une aile plus modérée, représentée principalement par le gouverneur Henrique Capriles, ancien candidat malheureux à la présidentielle.

Celui-ci a notamment estimé que malgré la mobilisation observée depuis le 4 février, "les conditions d'une chute du gouvernement ne sont pas réunies".

"L'opposition est très complexe, il y a beaucoup de gens de positions différentes, il semble ainsi que la MUD soit un peu à la dérive", estime Mme Lopez Maya.

Agrégat de partis et formations principalement unies par leur rejet du "chavisme", la MUD regroupe aussi bien des libéraux et des conservateurs que d'anciens compagnons de route du pouvoir qui s'en sont éloignés.

Mme Fernandez juge que le dialogue ne pourra s'instaurer que si "le gouvernement renonce à ses aspirations hégémoniques (...) et l'opposition reconnaît le président Maduro et ne cherche pas à précipiter sa chute par des moyens anti-constitutionnels".

Depuis la présidentielle contestée d'avril 2013, remportée sur le fil par Nicolas Maduro devant M. Capriles, l'opposition n'a jamais admis la légitimité du nouveau président.

Pour la sociologue Maryclen Stelling, "dans le contexte actuel, l'opposition radicale impose ses règles du jeu et quand il y a de la violence, cela n'a pas de sens de dialoguer".

Les violences émaillant les manifestations depuis six semaines ont fait officiellement 34 morts, notamment du fait d'hommes armés à moto, accusés par les protestataires d'être des nervis du pouvoir.

La parole du gouvernement est également sujette à caution, après que des précédentes rencontres avec les maires et gouverneurs d'opposition en décembre et janvier au palais présidentiel de Miraflores sur le thème de l'insécurité eurent donné lieu à de nombreuses annonces, jamais suivies d'effets.

De son côté, le mouvement étudiant refuse également de s'asseoir à la table des négociations tant que durera la répression.

Une issue à la profonde bi-polarisation politique que vit le Venezuela depuis maintenant 15 ans, et l'arrivée au pouvoir de Hugo Chavez (1998-2013) serait "une médiation neutre", jugent des analystes.

Pour Mme Fernandez, il faut "établir le dialogue dans un cadre neutre, qui ne soit pas Miraflores et ni sous les projecteurs médiatiques de l'Etat".

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