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Égypte : ouverture du procès de 683 Frères musulmans

25/03/2014 04:16 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Le procès du guide suprême des Frères musulmans égyptiens, Mohamed Badie, et de 682 membres de la confrérie, accusés de meurtre et incitation à la violence, s'est ouvert mardi devant le même tribunal qui a condamné à mort lundi 529 islamistes, ont annoncé leurs avocats.

Des manifestations ont éclaté après l'ouverture du procès, notamment à Minya, la ville de Moyenne-Égypte où se déroulent les audiences, et à Alexandrie, la deuxième ville du pays, où la police a utilisé du gaz lacrymogène et des tirs de sommation à balles réelles pour repousser des centaines de protestataires.

Les condamnations à mort prononcées lundi, à l'issue d'un procès expédié en moins de 48 heures pendant lequel la défense n'a pas eu droit à la parole, ont suscité
une avalanche de critiques de la part des organisations de défense des droits de l'homme et des pays occidentaux.

« Imposer la peine de mort à 529 accusés à l'issue d'un procès de deux jours serait extravagant », a déclaré mardi la porte-parole du département d'État Marie Harf, ajoutant que les États-Unis étaient actuellement lancés dans une réflexion sur leur politique d'aide à l'égard de l'Égypte.

Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a pour sa part jugé que ce verdict violait les lois internationales en ignorant les « bases élémentaires d'un procès équitable. »

« Hier, la peine de mort a été prononcée pour la crédibilité et l'indépendance du système judiciaire criminel égyptien », a estimé de son côté Nicholas Piachaud d'Amnistie Internationale.

« Il y a peu d'espoir que les 683 personnes jugées dans ce nouveau procès bénéficient de procédures équitables devant un juge qui a prononcé des peines de mort avec autant de facilité », a-t-il ajouté.

Un responsable du ministère égyptien de la Justice, Abdel Athim al Achari, a défendu le verdict en expliquant dans un communiqué que la séparation des pouvoirs est la base de tout système démocratique.

Dérive autoritaire

Au-delà des critiques verbales, les pays occidentaux sont peu enclins à faire pression sur l'Égypte, un pays stratégique en raison du canal de Suez et du traité de paix avec Israël, malgré la dérive autoritaire du pouvoir contrôlé par l'armée et son chef, le maréchal Abdel Fattah al Sissi, depuis le renversement en juillet du premier président librement élu de l'histoire du pays, l'islamiste Mohamed Morsi.

Outre les milliers de partisans des Frères musulmans tués ou arrêtés par les forces de sécurité, des dizaines de journalistes et d'opposants libéraux, notamment des jeunes activistes pro-démocratie qui avaient été à l'origine du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, ont été jetés en prison ces derniers mois dans un climat tendu par des vagues d'attentats visant la police et l'armée.

Les avocats de la défense ont boycotté l'audience de mardi en accusant le juge de refuser de leur accorder la parole. Seuls 60 des accusés étaient présents. Les journalistes n'ont pas été autorisés à entrer dans le tribunal.

En tout, 77 des accusés sont actuellement derrière les barreaux, les autres ayant été libérés sous caution ou n'ayant pas été arrêtés.

Comme les 529 personnes condamnées à mort lundi, ils sont poursuivis pour les violences qui avaient éclaté dans la région de Minya après la dispersion des campements pro-Morsi en août au Caire, où des centaines de partisans des Frères musulmans avaient été tués. Un policier avait trouvé la mort à Minya.

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