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Des dizaines de milliers d'Espagnols disent adieu à Adolfo Suarez

25/03/2014 09:32 EDT | Actualisé 25/05/2014 05:12 EDT

En silence, applaudissant au passage du cercueil, ou recueillis dans la chapelle ardente dressée dans la Chambre des députés, des dizaines de milliers d'Espagnols ont rendu hommage à Madrid à l'ancien chef du gouvernement Adolfo Suarez, avant son enterrement mardi à Avila.

Transporté sur un chariot d'artillerie, accompagné par la famille et par les membres du gouvernement, précédé d'une fanfare militaire marchant lentement au pas, le cercueil recouvert du drapeau espagnol or et rouge a remonté mardi matin une grande avenue du centre de la capitale, jusqu'à la place de Cibeles.

Adolfo Suarez, mort dimanche à 81 ans, devait être enterré dans la journée dans le cloître de la cathédrale gothique d'Avila, dans le centre de l'Espagne, sur sa terre natale comme il l'avait souhaité.

Quelques heures plus tôt à Madrid, ils étaient des milliers au passage du cercueil, certains essuyant des larmes, criant "Viva Suarez". Parmi eux, beaucoup d'Espagnols qui gardent en mémoire les années de transition ayant suivi la fin de la dictature franquiste en 1975.

"Il représente beaucoup, parce qu'il a uni les deux Espagne, après 40 ans de dictature", se souvient Maria Fraile Sanchez Rubio, une femme au foyer de 62 ans, dans un sourire ému. "Il a ouvert un chemin, et les hommes politiques d'aujourd'hui devraient s'en souvenir".

Premier chef de gouvernement espagnol après la dictature, entre 1976 et 1981, Afolfo Suarez avait été nommé à ce poste en juillet 1976 par le roi Juan Carlos, monté sur le trône à la mort de Francisco Franco le 20 novembre 1975.

Aux côtés du roi, il a mené le pays durant les années de transition, au sortir de quatre décennies de guerre et de dictature, une période délicate et troublée où la jeune démocratie a dû se construire pas à pas.

Son talent de conciliateur et d'homme de dialogue fut notamment crucial à l'heure où les partis politiques, récemment légalisés, devaient s'accorder sur la rédaction d'une nouvelle Constitution, finalement adoptée par referendum le 6 décembre 1978.

- Image d'unité -

Depuis son décès, des suites de la maladie d'Alzheimer, l'Espagne s'est retrouvée pour un temps unie, au-delà des clivages, pour lui rendre hommage.

Lundi, ses trois successeurs encore en vie, les socialistes Felipe Gonzalez et José Luis Rodriguez Zapatero, et le conservateur José Maria Aznar, ainsi que l'actuel chef du gouvernement Mariano Rajoy, se sont retrouvés autour de sa dépouille.

Environ 30.000 personnes sont venues s'incliner devant le cercueil, installé pendant 24 heures dans la salle d'apparat du Congrès, décorée d'immenses gerbes de fleurs.

Lundi, une immense file d'attente s'était formée dans les rues voisines, malgré le froid, des milliers de personnes attendant pendant des heures de pouvoir franchir les portes du Congrès.

"Je me souviens très bien de lui. J'ai voté pour lui aux premières élections, et après je l'ai toujours suivi", témoignait Mercedes Perez, une enseignante à la retraite de 64 ans.

"C'était un homme politique exemplaire. Il a engagé toute sa vie à un moment où il savait que c'était très difficile. Il a voulu faire un pacte avec tout le monde, pour qu'il n'y ait ni fractures ni tensions. Pour que l'unité de l'Espagne se fasse, et il a réussi", ajoutait-elle.

Le mandat d'Adolfo Suarez fut ratifié par les urnes lors des premières élections démocratiques organisées après la dictature, le 15 juin 1977, où il se présentait comme le chef de file du parti centriste Union du Centre démocratique (UCD).

Il fut réélu en 1979 mais sa popularité s'était ensuite effritée, plombée par la crise économique, l'agitation dans les rangs des militaires, les questions sur l'autonomie des régions espagnoles et l'action violente du groupe basque ETA. Il avait finalement démissionné en janvier 1981.

Après son enterrement mardi à Avila, près du village de Cebreros où il est né le 25 septembre 1932, des funérailles d'Etat seront célébrées le 31 mars dans la cathédrale de La Almudena à Madrid.

sg/ib/abk

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