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Birmanie: HRW inquiète d'un projet d'interdiction des mariages interreligieux

25/03/2014 05:04 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a appelé mardi la Birmanie à abandonner un projet de loi empêchant selon elle les mariages interreligieux, y voyant une "discrimination flagrante" menaçant la liberté religieuse et les droits des femmes.

Les hommes musulmans, chrétiens ou d'une autre religion minoritaire épousant une bouddhiste seraient passibles d'une peine allant jusqu'à dix ans de prison, selon l'ONG, si le projet de loi était adopté dans ce pays à majorité bouddhiste où certains ne cachent pas une franche hostilité envers les musulmans.

"Il est choquant que la Birmanie envisage d'entériner une discrimination flagrante au coeur de la Loi sur la Famille", a critiqué Brad Adams, responsable de l'Asie à Human Rights Watch.

"Cette loi priverait les femmes de leur droit à décider librement de la personne qu'elles épousent. Cela marquerait un revers majeur pour la liberté religieuse et le droit des femmes en Birmanie", a-t-il ajouté dans un communiqué, accusant les autorités birmanes de "jouer avec le feu".

Le président Thein Sein a proposé le mois dernier au Parlement d'examiner ce projet de loi soutenu par un moine bouddhiste extrémiste, dont le but est de "protéger" la majorité bouddhiste.

Aucun détail sur le projet n'a depuis été publié.

Selon HRW, qui affirme avoir pu consulter une version du projet de loi, les femmes bouddhistes ne seraient autorisées à épouser qu'un bouddhiste.

En cas de conversion au bouddhisme, les hommes devraient également faire une demande écrite aux parents de la femme bouddhiste qu'ils souhaitent épouser, "ce qui met en péril l'autonomie de décision des femmes", a critiqué l'ONG.

La Birmanie a été secouée par des violences entre bouddhistes et musulmans, qui ont fait au moins 250 morts depuis 2012. Le tout attisé par les discours nationalistes de moines bouddhistes comme Wirathu, fer de lance du projet de loi sur les mariages interreligieux.

Il avait plaidé l'an dernier pour que les hommes non bouddhistes désirant épouser une bouddhiste se convertissent au préalable et obtiennent la permission des parents de la future mariée, sous peine de risquer dix ans de prison.

La chef de l'opposition Aung San Suu Kyi avait dénoncé le projet, y voyant une "violation des droits des femmes et des droits humains".

La Birmanie, qui a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte il y a trois ans, est aussi critiquée par les défenseurs des droits de l'Homme pour une politique controversée imposant une limite de deux enfants par femme dans certaines parties de l'Etat Rakhine (ouest), majoritairement peuplées de membres de la minorité musulmane apatride des Rohingyas.

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