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Au Vatican, les Italiens perdent imperceptiblement du pouvoir

25/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Non-Italiens, laïcs, femmes: à mesure que François procède à des nominations et désigne des commissions, l'équilibre des pouvoirs change imperceptiblement avec un Vatican de moins en moins contrôlé par les potentats traditionnellement italiens de la Curie.

Jusqu'à présent, même quand les papes changeaient, le pouvoir restait largement détenu par les Italiens, connaisseurs des rouages internes, des multiples usages, des réseaux et des connexions avec la puissante Eglise de la péninsule. Ce fut le cas sous Jean Paul II et Benoît XVI, peu intéressés par l'administration et critiqués pour cela.

Avec François, premier pape venu du Sud du monde, un changement tectonique s'opère: ce pouvoir immense est remis en cause, ébranlé même s'il demeure puissant. Ce qui contribue à un mécontentement palpable, qui s'exprime en diverses critiques --directes et indirectes-- de la nouvelle façon de gouverner.

Le pape argentin a nommé plusieurs commissions qui frappent par leur caractère international: la commission anti-pédophilie, dont la composition initiale a été annoncée samedi, ne compte parmi ses huit membres qu'un seul Italien. Même chose pour le puissant conseil des cardinaux, surnommé G8.

Des cardinaux étrangers à la Curie ont été nommés à des postes d'influence: c'est le cas du tandem à poigne formé du cardinal australien George Pell, chef du nouveau "ministère" ("secrétariat") de l'Economie, et du cardinal allemand Reinhard Marx, à la tête du "conseil pour l'Economie", chargé d'en contrôler les orientations.

Hommes aux méthodes efficaces et modernes --anglo-saxonne et germanique-- ils sont assistés par un Britannique, Brian Ferme, et un Maltais, Alfred Xuereb, qui est en même temps le très influent premier secrétaire du pape François.

Ce nouveau "secrétariat" de l'Economie est perçu par certains au Vatican comme un contre-poids à la Secrétairerie d'Etat, jusqu'à récemment Etat dans l'Etat dominé par les Italiens. Celle-ci semble destinée à se focaliser sur l'action diplomatique et moins sur la gestion de l'appareil.

"En confiant des taches délicates de gouvernement à des hiérarchies en majorité non italiennes et non résidentes à Rome, a relevé l'éditorialiste du Corriere della Sera, Ernesto Galli Della Loggia, le pape Bergoglio se place sur une voie de collision avec le pouvoir traditionnel de la Curie. De toute son action, semble émerger le dessein d'une concentration (du pouvoir) non sur Rome mais sur sa personne, en même temps qu'une décentralisation sur les Eglises locales".

Galli Della Loggia décrit cette "bureaucratie séculaire" que François entreprend de réformer: "elle est faite d'adresse, de capacités médiatrices, de sages pratiques, d'influences impalpables mais tenaces", mais "aussi d'ambitions féroces, de corruption, de carriérisme, parfois de débauches secrètes".

Ce sont aussi des laïcs et des femmes qui font partie des nouvelles commissions: ainsi la commission sur la structure économico-administrative du Saint-siège, qui a mené l'an dernier dans les moindres bureaux du Vatican une enquête minutieuse, a été constituée de sept laïcs sur huit dont une femme. Celle sur la pédophilie est formée de cinq laïcs dont quatre femmes, de deux jésuites et d'un seul cardinal avec huit nationalités représentées.

A cette commission pour la protection de l'enfance collaborera "une femme qui a vécu directement la violence (NDLR: l'Irlandaise Marie Collins, victime d'un prêtre pédophile) et qui a une vision concrète et non abstraite" du problème, relève Marco Politi du quotidien Il Fatto Quotidiano.

En plus, relève le vaticaniste, le mandat même de cette commission innove par rapport aux usages de la Curie: le pape fait "confiance à l'expérience de ses membres, vécue d'en bas, pour définir eux-mêmes les compétences du nouvel organe".

Cette nouvelle politique ne signifie pas que le pape François boude les Italiens. Il a ainsi confié deux postes très importants à des prélats qu'il apprécie: Mgr Lorenzo Baldisseri nommé secrétaire général du secrétariat du "synode" (assemblée des évêques que François entend réactiver) et Mgr Beniamino Stella comme préfet de la très importante congrégation du clergé.

Reste que les méthodes de François -- qui reposent sur quelques assistants et hommes de confiance hors du vieil appareil avant des décisions prises en solo -- déroutent au Vatican.

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