NOUVELLES

Les rebelles syriens marquent des points dans un bastion du régime

24/03/2014 07:25 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Les rebelles syriens, après une série de revers, ont marqué des points ce week-end en prenant une localité frontalière de la Turquie dans la province de Lattaquié, bastion du régime, non loin du berceau de la famille Assad.

Les autorités syriennes ont affirmé que les rebelles et leurs alliés jihadistes étaient venus de Turquie pour attaquer le poste de Kassab, l'un des deux derniers points de passage officiels encore au mains du régime le long de la frontière avec son voisin turc.

Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, les insurgés "contrôlent la principale place (du village) de Kassab. Il y a des combats à la périphérie, mais les rebelles ont pris le village", situé à 6 km de la frontière.

"Ils ont aussi le point de passage", a-t-il affirmé à l'AFP. Les rebelles ont lancé vendredi un assaut contre ce poste stratégique, et des vidéos, postées dimanche sur internet, les montraient entrant dans le poste et brisant les portraits de Bachar al-Assad.

Dans le village, ils ont détruit le buste de Hafez al-Assad, le père de l'actuel chef de l'Etat, selon l'OSDH.

Parallèlement, des avions et des hélicoptères syriens menaient plusieurs raids contre des positions rebelles. L'armée de l'air a lancé des barils d'explosifs sur les rebelles à Kassab et dans la zone proche de Jabal Turkman, selon l'ONG.

Une source de sécurité syrienne a déclaré à l'AFP que la situation n'était "pas claire, les combats se poursuivent et aucune des parties n'a pris le contrôle total du village".

Au moins 130 combattants des deux bords sont morts durant la bataille entre samedi et dimanche, selon l'OSDH.

Les cinq villages qui composent le canton de Kassab comptent 5.000 habitants, dont deux-tiers d'Arméniens et un tiers d'alaouites, la confession du président Bachar al-Assad. En été la population décuple.

- Avion syrien abattu -

Kassab est le dernier village arménien du Proche-Orient, et a miraculeusement échappé aux massacres en 1915, sans doute grâce à son isolement, explique le géographe français et expert de la Syrie Fabrice Balanche.

En 1915-1916, des centaines de milliers d'Arméniens ont été tués par l'empire ottoman, sur les cendres duquel s'est créée la Turquie moderne.

Complètement adossé à la frontière, le bourg forme une pointe en territoire turc, la frontière n'étant qu'à quelques centaines de mètres des habitations.

Selon Fabrice Balanche, les rebelles ont traversé la frontière à l'ouest et au sud-est de Kassab pour prendre le village en tenaille et couper les routes qui relient cette enclave arménienne à Lattaquié, région dominée par les alaouites.

Selon un activiste antirégime de la région, Omar al-Jeblawi, les rebelles contrôlent la poste frontière et environ 90% du village, et "la bataille se situe désormais dans le village de Chalma où les deux adversaires se bombardent mutuellement avec les chars".

M. Jeblawi s'est également réjoui que la Turquie ait abattu dimanche un avion syrien, ce qui "prouve que contrairement aux autres fois, les rebelles sont soutenus".

Ankara a abattu dimanche un avion de combat syrien, qui avait violé l'espace aérien turc, selon les autorités turques, ce que Damas a nié, et qualifié d'"agression flagrante".

Il s'agit de l'incident le plus grave entre les deux pays depuis septembre 2013, quand des chasseurs turcs avaient abattu un hélicoptère syrien dans la même région.

Toujours dans la province de Lattaquié, les rebelles tentent de prendre le contrôle du port de Samra, à la frontière avec la Turquie.

Le régime syrien ne contrôle plus qu'un poste frontière avec la Turquie, qui est d'ailleurs fermé.

La Syrie est dévastée depuis trois ans par des violences ayant fait au moins 146.000 morts selon l'OSDH, et des millions de déplacés et réfugiés.

ser-rm/sk/cbo

PLUS:hp