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Les enfants autochtones adoptés réclament des excuses du gouvernement

24/03/2014 07:12 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

WINNIPEG - Des enfants autochtones qui ont été adoptés par des familles blanches dans les années 1960 estiment que l'heure de la réconciliation est venue et réclament des excuses officielles du gouvernement fédéral.

Des dizaines d'Autochtones adoptés se sont rassemblés lundi à Winnipeg pour raconter leur histoire, certains pour la première fois, et pour élaborer une stratégie afin d'obtenir justice.

Coleen Rajotte a été retirée de sa communauté crie de la Saskatchewan quand elle était âgée de trois mois et a été élevée par une famille du Manitoba. Les enfants autochtones adoptés ont perdu leur vrai nom de famille et estiment aujourd'hui que quelqu'un doit être tenu responsable de ce qu'ils ont vécu, a-t-elle dit.

Des années 1960 jusqu'aux années 1980, des milliers d'enfants autochtones ont été retirés à leurs parents biologiques par les services sociaux et placés dans des familles non autochtones. Plusieurs d'entre eux estiment que cette pratique est une extension des pensionnats autochtones, qui visaient à assimiler les enfants en les séparant de leur famille.

Mme Rajotte s'estime chanceuse d'avoir été placée dans une famille aimante, mais elle a perdu sa langue d'origine, sa culture et ses liens avec la maison de ses ancêtres.

Elle s'est récemment rendue dans la maison où elle aurait grandi si elle n'avait pas été adoptée, et affirme que la visite l'a bouleversée.

«J'ai été physiquement malade pendant des jours en tentant seulement de digérer tout ça», a-t-elle dit.

Les survivants des pensionnats autochtones ont reçu des excuses publiques et ont obtenu la mise sur pied d'une Commission de vérité et réconciliation, mais les enfants autochtones adoptés n'ont jamais eu droit à une reconnaissance formelle de leurs souffrances.

«Personnellement, je voudrais voir une certaine forme d'excuses formelles aux enfants adoptés retirés de leur foyer», a déclaré Mme Rajotte. «Cela concerne beaucoup d'enfants, 20 000 à travers le Canada», a-t-elle précisé.

Une porte-parole du ministre des Affaires autochtones, Bernard Valcourt, a indiqué que le gouvernement ne ferait pas de commentaire.

«Puisque ce dossier est présentement devant les tribunaux, il serait inapproprié de le commenter», a déclaré la porte-parole dans un courriel.

Une poursuite en recours collectif lancée par certains survivants de l'Ontario en 2009 fait lentement son chemin dans le système judiciaire. Le recours collectif a été autorisé, mais le gouvernement fédéral a récemment obtenu le droit de porter cette décision en appel.

Le ministre manitobain des Affaires autochtones, Eric Robinson, estime qu'il est temps que les enfants adoptés aient droit aux mêmes possibilités de réconciliation que les survivants des pensionnats autochtones. Certains enfants ont été placés dans des familles qui les considéraient comme des ouvriers agricoles ou qui les ont gravement maltraités, a-t-il affirmé.

«Ce n'est pas une chose facile de parler des blessures que plusieurs d'entre eux ont subies en tant qu'enfants, en ne sachant pas qui ils étaient, en étant le seul visage brun dans une école totalement blanche», a dit M. Robinson, lui-même un survivant des pensionnats autochtones, qui a organisé le rassemblement.

«Ce sont des choses dont il est très difficile de parler, mais nous devons nous y attarder.»

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