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Épidémie d'Ebola : La priorité, c'est stopper la propagation, dit Médecin Sans frontière

24/03/2014 03:51 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT
AP File

Prise en charge des malades, détection des cas suspects, sensibilisation des populations : Médecin Sans frontière (MSF) a déployé un dispositif multiforme pour "stopper au plus vite" l'épidémie de fièvre hémorragique qui touche la Guinée et a fait ses premiers morts au Liberia, explique à l'AFP la responsable des situations de crise de l'ONG à Bruxelles, Marie-Christine Ferir.

Question : la Guinée a annoncé 87 cas suspects de fièvre hémorragique virale, dont certains provoqués par le virus Ebola, qui ont déjà débouché sur une soixantaine de décès. Quels sont les priorités de MSF ?

Réponse : l'objectif est vraiment de stopper au plus vite la propagation de l'épidémie. On a mis en place une unité de traitement spéciale à Guéckédou (la ville du sud de la Guinée épicentre de l'épidémie). La prise en charge consiste à réhydrater les personnes et à donner des traitements de support pour la douleur, la fièvre.

Q : il n'y a pas de remède efficace pour traiter le virus Ebola. Que faire ?

R : la priorité, c'est d'identifier les personnes ayant été en contact avec les cas suspects ou confirmés, pour les suivre et les isoler si elles présentent des symptômes. Il est également très important d'informer la population sur ce qu'est Ebola, comment on se contamine, pour pouvoir les rassurer, parce que rapidement, ça peut partir en panique.

Il y a déjà eu plusieurs familles qui ont perdu beaucoup de personnes. Donc rassurer, expliquer. Et il faut que les gens acceptent d'aller dans l'unité spéciale, car si on est un cas suspect et qu'on reste dans sa communauté, on peut continuer à contaminer son entourage. Ce n'est pas toujours facile à accepter.

Q : quelles sont les autres mesures préventives à prendre ?

R : il faut faire attention aux rites funéraires, où l'on touche traditionnellement les corps. Il faut donc prendre des précautions particulières, tout en essayant de respecter les coutumes. MSF envoie aussi des psychologues pour suivre les patients, les familles et le staff médical, car ce sont des situations stressantes.

Q : l'aspect psychologique joue aussi un rôle important ?

R : il faut démystifier la maladie, tout en prenant les choses au sérieux, pour qu'il n'y ait pas de stigmatisation de l'équipe soignante ou des familles. Il faut que la population soit à bord, pas contre les gens qui viennent l'aider.

Q : comment l'épidémie s'est-elle répandue dans le pays ?

R : il y a eu des cas à Macenta et à Kissidougou, en Guinée forestière (sud), et il y a eu trois cas suspects à Conakry, la capitale. Ce sont des gens qui viennent du même endroit et qui voyagent. Ils ne savent pas nécessairement qu'ils sont malades, ou bien ils bougent pour trouver un soin plus sophistiqué ailleurs. Le point central, ça reste la Guinée forestière.

Q : comment se passe la coordination avec les autres acteurs de terrain ?

R : les acteurs comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des laboratoires, sont en train d'arriver. C'est important parce que les échantillons étaient jusqu'ici envoyés à Dakar ou en Europe. Cela va vraiment faciliter les choses, permettre d'être beaucoup plus rapide dans le diagnostic précis et cela va aider à mieux cerner l'épidémie.

Q : MSF envoie également des renforts sur place.

R : on aura 35 à 40 personnes dans la zone, car cela prend beaucoup d'énergie : construire l'unité spéciale, faire les visites dans les villages. Hier, l'équipe a dû marcher pendant trois heures pour atteindre un village où il y a eu des décès.

Q : des cas viennent d'être signalés au Liberia.

R : ce sont des gens qui sont venus à des funérailles en Guinée et qui sont retournés chez eux au Liberia, de l'autre côté de la frontière. Il existe des liens familiaux. Ils viennent assister à des funérailles et, malheureusement, ils se contaminent.

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