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"Désolé, mon frère" : les soldats ukrainiens se sentent trahis par leurs camarades russes

24/03/2014 02:09 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Il y a tout juste un an, Rouslan, soldat du bataillon d'infanterie de marine ukrainien présent dans le port de Feodossia en Crimée, a aidé des militaires russes à repeindre leur blindé en prévision d'un défilé militaire.

Lundi, il a vu le même véhicule bloquer la porte de sa base, tandis que les Russes lançaient sur ses quartiers des grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène, prenant par surprise les Ukrainiens désarmés.

"Nous leur faisions confiance, ils faisaient pareil", a dit Rouslan à l'AFP dans un café de Feodossia, à peine libéré après avoir passé plusieurs heures aux mains des Russes. "Et maintenant ils ont reçu ces ordres (de nous attaquer), et ce qu'ils ont fait était complètement inhumain. Ce n'était pas chrétien".

Rouslan, âgé de moins de trente ans, dit avoir été déchiré par le rattachement de la Crimée à la Russie : ses parents vivent en Ukraine, tandis que sa femme et ses enfants sont nés en Crimée.

La base de Feodossia, où il a servi pendant six ans, est l'une des dernières unités ukrainiennes à être tombée aux mains des Russes.

Mais ce qui a le plus fait mal aux hommes, ce n'était pas les grenades lacrymogènes, mais le fait que les Russes n'aient pas tenu leur promesse de les laisser partir en paix en échange de leurs armes.

"Nous avions un accord, selon lequel nous rendions nos armes et nous amenions le drapeau ce midi pour partir dans nos camions pour le continent. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé".

Les Ukrainiens ont enfermé leurs armes dans l'armurerie et l'ont remise aux Russes. Puis, ils ont été réveillés à quatre heures du matin : l'attaque de la base venait de commencer.

-"Ils ont tout pris" -

"Ils ont tiré sur nous à balles réelles, alors que nous étions complètement désarmés", dit Evguen, un autre "marine" ukrainien.

"Mon ami a eu le nez cassé d'un coup de crosse, pour rien, il n'a rien fait pour résister", ajoute-t-il.

"Ils nous ont tout pris, nos papiers militaires, nos téléphones, notre argent, tout ce qu'ils pouvaient ramasser".

Les soldats ukrainiens disent que s'ils avaient su ce qui les attendait, ils n'auraient jamais rendu leurs armes.

Un soldat russe qu'Evguen connaissait l'a ligoté et l'a chargé sur un camion militaire à six heures du matin.

"Il a dit +Désolé, mon frère, nous n'avons rien à voir avec tout cela. Ce sont les services de sécurité qui mènent la danse+".

Aux premiers jours de leur siège, les Russes ont souvent transmis des colis alimentaires aux Ukrainiens, puis ont partagé leurs repas.

"Nous avons résisté pendant 23 jours en mangeant des rations sèches, du poisson en conserve. Est-ce que les fonctionnaires du ministère de la Défense auraient tenu si longtemps ?", demande Rouslan avec amertume.

"Ils nous répétaient : +Tenez bon, on prépare des décisions+. Nous leur avons demandé des ordres, mais rien n'est venu."

Les soldats en colère ont envie de se rendre à Kiev et d'y faire un peu de grabuge, dit Evguen, lui aussi presque trentenaire.

"Nous retournons en Ukraine. Si personne ne nous attend à la frontière, nous irons tous à Kiev, au parlement, au ministère de la Défense".

"Nous allons les envahir et peut-être vont-ils nous traiter autrement alors", ajoute le soldat qui attend un car devant le conduire à Tchongar, village frontalier.

L'Ukraine aurait dû immédiatement installer des barrages sur les routes venant de Russie pour protéger la Crimée, pensent les soldats. La péninsule a été perdue à cause des défaillances du pouvoir, disent-ils.

L'ancien président Viktor Ianoukovitch aurait dû utiliser la force contre le Maïdan, considère Evguen, faisant allusion à la contestation pro-européenne qui a abouti au renversement du chef de l'Etat.

"Il a mal placé sa confiance, et où est-il maintenant ? Où sommes-nous maintenant ? Nous sommes complètement foutus".

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