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Listes électorales: Marois redoute un vol et demande des assurances au DGE

23/03/2014 11:17 EDT | Actualisé 23/05/2014 05:12 EDT

BÉCANCOUR, Qc - Comme ses ministres, Pauline Marois redoute l'ingérence d'étudiants ontariens et d'ailleurs au Canada dans les élections québécoises.

Elle exige des assurances de la part du Directeur général des élections du Québec (DGE) et n'exclut pas des amendements à la loi électorale pour colmater les failles présumées.

«Je demande au DGE de nous assurer de l'intégrité du vote et je ne suis pas capable d'imaginer que l'on puisse, de l'Ontario ou d'ailleurs, vouloir manipuler le vote au Québec», a lancé Mme Marois à l'occasion d'une mêlée de presse dimanche, au 19e jour de la campagne électorale, à Sainte-Angèle-de-Prémont en Mauricie.

«Je n'ose pas croire, je ne peux pas croire qu'on puisse volontairement manipuler un vote, je suis estomaquée, je serais estomaquée, d'apprendre que ce soit le cas», a-t-elle ajouté.

Selon le quotidien La Presse, au moins cinq circonscriptions, à Montréal et en Estrie, dénotent un flux inusité d'étudiants anglophones et allophones qui souhaitent voter au scrutin du 7 avril. Parmi eux figurent des étudiants de passage qui ne seraient pas domiciliés au Québec, contrevenant ainsi à la loi électorale.

Les circonscriptions touchées sont Sainte-Marie—Saint-Jacques, Saint-Henri—Sainte-Anne, Westmount-Saint-Louis _ toutes à Montréal _ de même que Saint-François et Sherbrooke, en Estrie. Trois d'entre elles (Sainte-Marie—Saint-Jacques, Saint-François et Sherbrooke) sont présentement détenues par le PQ.

La chef péquiste se défend de tirer des conclusions hâtives et de présumer d'une fraude organisée contre le Parti québécois. Elle trouve néanmoins étrange l'intérêt soudain d'étudiants anglophones pour les enjeux électoraux du Québec.

«Cela semble soudain, en effet», a-t-elle dit, étalant sa suspicion.

Pour tirer l'histoire au clair, Mme Marois souhaite que le DGE utilise les pouvoirs extraordinaires dont il dispose pour faire des vérifications «encore plus précises dans certaines circonscriptions» une fois le processus de révision des listes électorales complété.

En principe, la loi électorale du Québec reconnaît la qualité d'électeur à tout citoyen canadien domicilié au Québec depuis six mois. Mais à cela s'ajoutent «des règles qui disent qu'on doit avoir l'intention d'y demeurer (au Québec) pour une longue période ou de façon permanente», a soulevé la chef du PQ.

Du reste, Mme Marois n'a pas écarté la possibilité d'amender la loi électorale pour resserrer les mailles du filet.

«La loi est ce qu'elle est, on ne peut pas la changer maintenant (mais) on va l'évaluer», a-t-elle dit.

Le porte-parole du DGE, Denis Dion, a reconnu que la notion de domicile pouvait être problématique, mais que l'information à ce sujet avait été précisée, tant du côté des électeurs que des commissions de révision.

«On a constaté que dans les commissions de révision, après cette petite formation, les choses se déroulaient mieux, les demandes étaient mieux traitées», a-t-il affirmé.

De plus, selon lui, la situation est loin d'être celle décrite par le PQ. En comparant les demandes d'inscriptions à la liste électorale de cette année avec celles de la dernière élection générale, dans deux des trois circonscriptions de Montréal mentionnées par la première ministre, il y a moins de demandes cette année. Dans la troisième, Saint-Henri—Sainte-Anne, il y en a 56 de plus.

«Ce qui veut dire que l'affluence surprenante et le nombre anormalement élevé de demandes, ce n'est pas vrai», a tranché M. Dion.

En matinée, lors d'un point de presse à la permanence du PQ à Montréal, les candidats Bertrand St-Arnaud, Léo Bureau-Blouin et Nicole Léger ont dit craindre que «les élections ne soient volées par des gens de l'Ontario et d'ailleurs au pays».

«Il ne faut pas que les électeurs québécois se fassent voler les élections, a déclaré Mme Léger.

À son avis, les membres de la commission de révision — l'instance devant laquelle doivent se présenter les citoyens désireux d'obtenir le droit de voter dans une circonscription — ne semblent «pas si outillés pour faire face à une affluence surprenante.»

La candidate dans Pointe-aux-Trembles a souligné que la liste électorale permanente faisait l'objet de révisions fréquentes, dont la dernière remonte à deux mois. «Il ne peut y avoir soudainement de mouvement de masse», a-t-elle argué.

Le Parti québécois demande «trois choses» au DGE, a précisé M. St-Arnaud: un accompagnement «adéquat et serré» aux commissions de révision, la production d'un rapport quotidien complet des demandes d'inscription sur les listes électorales, ainsi qu'une vérification post-inscription dans les circonscriptions «apparaissant problématiques».

«Il importe de garantir dès maintenant l'intégrité du vote à l'élection québécoise du 7 avril prochain», a martelé le ministre de la Justice.

Ces trois voeux ne seraient toutefois pas tous possibles à exaucer, a expliqué à La Presse Canadienne le porte-parole du DGE. Pour l'accompagnement «adéquat et serré» des commissions de révision, M. Dion a répété que l'information a été précisée auprès des équipes et que cette formation porte fruit.

Le DGE n'a pas l'intention de fournir un rapport statistique quotidien des demandes d'inscription.

«Les partis politiques vont recevoir, à la fin des travaux de révision, la liste de toutes les inscriptions, corrections et radiations, et il n'y aura pas de rapport quotidien», a dit M. Dion.

«Quant à faire une vérification post-inscription dans les circonscriptions qui apparaissent problématiques, légalement, c'est impossible. (...) Les commissions de révision, qui sont des instances quasi judiciaires, rendent des décisions que le DGE ne peut pas réviser.»

Bertrand St-Arnaud, Léo Bureau-Blouin et Nicole Léger ont dit vouloir éviter «le retour des tactiques douteuses» qui ont déjà «ponctué les élections québécoises» et plus précisément le référendum de 1995.

Quant à lui, le chef libéral Philippe Couillard s'en est remis au DGE qui effectue son travail «de façon indépendante».

Même son de cloche du côté de François Legault, qui estime lui aussi qu'il en revient au DGE de s'assurer que «tous ceux qui ont le droit de voter puissent le faire». Le chef caquiste a dit ne pas avoir vu, «jusqu'à présent», de preuves d'irrégularités.

La porte-parole parlementaire de Québec solidaire, Françoise David, a invité elle aussi tout le monde à la prudence. «Rien ne prouve un mouvement organisé, orchestré, délibéré d'électeurs ontariens pour voler l'élection québécoise, comme semble le dire le PQ. Il faut rester calme, faire confiance au DGE. Alerté par une supposée hausse, il va prendre toutes les mesures nécessaires pour s'assurer que la loi sera respectée.»

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