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France : la droite en tête aux municipales, percée du FN

23/03/2014 03:16 EDT | Actualisé 22/05/2014 05:12 EDT

La droite a viré nettement en tête dimanche à l'issue du premier tour des élections municipales, un scrutin marqué par une percée sans précédent du Front national dans plusieurs villes de France et la confirmation du désaveu de la gauche au pouvoir.

Selon une estimation BVA, les listes de l'UMP et de ses alliés centristes totalisent 48 % des voix au niveau national, contre 43 % pour les listes de gauche et 7 % pour les listes FN.

La gauche recule de cinq points par rapport aux élections de 2008, alors un cru exceptionnel pour le PS, et l'UMP est en passe de réussir son pari avec une avance notable.

« On ne va pas raconter d'histoires, ce soir la gauche subit une défaite », a dit Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, sur France 2.

D'après les « résultats consolidés » communiqués en début de nuit par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, la droite est en tête avec 46,54 % des voix contre 37,74 % pour la gauche et 4,65 % pour l'extrême droite, qui n'était présente que dans un nombre restreint de communes.

À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), cible prioritaire du FN, Steeve Briois, secrétaire général du parti, est élu. Un score historique qui en appellera d'autres, selon le FN.

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a appelé « l'ensemble des forces démocratiques » à faire barrage au FN au second tour, dimanche prochain.

L'abstention a atteint un nouveau record après celui des municipales de 2008 - 35,87 % selon les chiffres communiqués par le ministre de l'Intérieur, contre 33,46 % il y a six ans -, une désaffection à même de doper les scores du Front national.

« Cette abstention est trop élevée. C'est incontestablement un message envoyé par nos concitoyens », a relevé Manuel Valls.

Le seuil de qualification pour le second tour ayant été abaissé à 10 % des suffrages exprimés (barre franchie par Marine Le Pen dans quelque 900 communes lors de la présidentielle de 2012), le FN, qui a présenté 596 listes, compte se maintenir dans des dizaines de communes et envisage d'autres victoires.

Il est en tête à Fréjus (Var), Avignon (Vaucluse), Perpignan (Pyrénées-Orientales), Béziers (Hérault), Forbach (Moselle) et Saint-Gilles (Gard). 

« C'est la fin de la bipolarisation de la vie politique française. Le FN arrive comme une grande force autonome », a dit Marine Le Pen sur TF1, qui parle d'« un cru assez exceptionnel ».

Désaveu pour le PS à Marseille

Cette première élection nationale après la présidentielle et les législatives de 2012 intervient dans un climat politique tendu où les « affaires », notamment celles visant l'ancien président Nicolas Sarkozy, ont éclipsé la campagne.

L'UMP, qui savait ne pouvoir miser sur « une vague bleue » comme en 1983 en raison d'une image dégradée et de la menace du FN, compte inverser le rapport de forces dans les villes de plus de 9000 habitants (près de 1100 communes) qui sont contrôlées par la gauche à 54,5 %, telle Angers qui pourrait basculer ou Niort, qui passe à droite après 60 ans de gouvernance de gauche.

L'UMP et le PS scrutent les résultats de Paris et Marseille, deux enjeux majeurs du scrutin.

Le maire sortant UMP Jean-Claude Gaudin est en tête avec plus de 38 % devant le FN (plus de 22%) et le PS Patrick Mennucci (21 %) à Marseille. « Au-delà des apparences des chiffres, rien n'est joué », a dit le candidat PS après sa contre-performance.

À Paris, la socialiste Anne Hidalgo a été devancée par sa rivale UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, qui émerge en tête avec 35,2 % contre 34 %, selon les dernières estimations. Mais les particularités du scrutin parisien font que la dauphine du maire sortant Bertrand Delanoë devrait s'imposer dimanche prochain.

Nathalie Kosciusko-Morizet est en effet devancée dans les 12e et 14e arrondissements.

L'UMP redoute des triangulaires

À Lyon, troisième ville de France, le maire socialiste sortant Gérard Collomb, qui avait été réélu en 2008 au premier tour, est en ballottage favorable pour un troisième mandat, mais le FN a imposé des triangulaires dans plusieurs arrondissements de la ville.

L'UMP craint que l'abstention ne l'expose à des triangulaires fatales avec le FN au second tour, un scénario qui sauverait en retour la mise de sortants socialistes. Des triangulaires l'attendent notamment à Reims, Saint-Étienne, Metz et Amiens. Le Front national s'était maintenu dans 138 villes au second tour lors des municipales de 1995.

L'UMP réunira son bureau politique lundi après-midi pour réaffirmer la doctrine contestée du « ni ni » arrêtée en 2011 par Nicolas Sarkozy : ni Front national, ni front républicain.

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, qui joue son avenir à la tête du premier parti d'opposition, a demandé dimanche que « ceux qui ont voté FN se reportent sur l'UMP » le 30 mars.

À l'instar de Jean-Marc Ayrault, ministres et responsables du PS ont renouvelé l'appel au Front républicain, dénonçant « l'ambiguïté » de l'UMP.

Selon Jean-François Copé, « les conditions d'une grande victoire sont réunies » pour l'UMP qui est notamment en tête à Toulouse, Nîmes, Quimper, Strasbourg.

Alain Juppé est réélu dès le premier tour à Bordeaux, Édouard Philippe au Havre, Christian Jacob à Provins, Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay, Xavier Bertrand à Saint-Quentin, Éric Woerth à Chantilly, François Baroin à Troyes.

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