Brian Mulroney a attribué l'échec de l'accord du lac Meech à Pierre Trudeau

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BRIAN MULRONEY
CP

OTTAWA - Réuni avec ses collègues du cabinet alors que l'accord du lac Meech venait d'échouer, Brian Mulroney s'en est pris à Pierre Elliott Trudeau et à d'autres libéraux pour s'être lancés dans «une supercherie colossale et la trahison envers le pays», montrent des documents récemment rendus publics.

Lors d'une réunion tardive du cabinet dans l'Édifice du centre du parlement à Ottawa, M. Mulroney, découragé, a directement blâmé l'ancien premier ministre Trudeau et le futur chef libéral de l'époque, Jean Chrétien, pour avoir contribué à orchestrer l'échec de l'accord.

«Il a dit que l'accord du lac Meech avait été bloqué et miné par des gens qui pensaient avoir le droit de gouverner pour toujours», affirme le procès-verbal de la réunion du 22 juin 1990.

M. Trudeau a contribué à semer les graines de l'éventuel rejet de l'accord, en le présentant comme une trahison en faveur des provinces et en qualifiant M. Mulroney de «poule mouillée».

La Presse Canadienne s'est battue pendant des années pour obtenir les procès-verbaux des réunions du cabinet dans la première moitié de l'année 1990, quand le drame du lac Meech s'est joué.

L'accord du lac Meech avait pour objectif de répondre aux conditions du Québec pour ratifier la Constitution, rapatriée en 1982 malgré les objections du gouvernement péquiste et de l'Assemblée nationale de l'époque. Entre autres choses, l'accord aurait reconnu constitutionnellement le Québec comme une «société distincte».

Les premiers ministres fédéral et provinciaux s'étaient entendus sur le pacte en 1987, mais l'opposition publique et des élections provinciales subséquentes — qui ont placé au pouvoir des premiers ministres anti-Meech à Terre-Neuve et au Nouveau-Brunswick et élu un gouvernement minoritaire au Manitoba — ont mis l'accord en péril, alors que le délai de trois ans pour obtenir l'approbation unanime des provinces tirait à sa fin.

La déclaration émotive de Brian Mulroney est survenue tout juste après que le premier ministre de Terre-Neuve, Clyde Wells, eut refusé de soumettre l'accord au vote de la législature provinciale.

L'accord arrivait à échéance à minuit le jour suivant, sans l'approbation de Terre-Neuve et du Manitoba.

M. Wells «avait trahi sa parole», a dit M. Mulroney à ses ministres.

«En ce qui concerne le Québec, le premier ministre a noté que le premier ministre Wells avait en réalité fait le travail de MM. Trudeau et Chrétien. Il a décrit M. Wells comme l'agent de M. Trudeau. M. Chrétien, espérant remporter sous peu la direction du parti, est resté silencieux», affirme le procès-verbal.

«La population du Québec, a-t-il dit, verra clairement que le travail de Terre-Neuve était lié aux activités de M. Chrétien et que tout cela, en retour, était lié à l'influence de M. Trudeau.»

M. Mulroney voulait que tous les ministres aient un exemplaire d'un accord du 9 juin dans lequel M. Wells acceptait de soumettre l'entente au vote, afin qu'ils puissent expliquer clairement qui était à blâmer.

Avec le recul, Norman Spector, qui était secrétaire du cabinet aux affaires fédérales-provinciales à l'époque, souligne que désigner un coupable de la sorte est une façon de détourner le blâme.

«M. Mulroney était clairement atterré», a-t-il déclaré en entrevue.

Jean Chrétien a facilement remporté la course à la direction du Parti libéral au lendemain de la diatribe de M. Mulroney devant son cabinet.

«Quant au congrès libéral qui se déroule présentement à Calgary, le premier ministre a noté que le Parti libéral a participé à une supercherie colossale et à la trahison contre le pays», peut-on lire dans le procès-verbal.

Brian Mulroney a refusé de commenter ces documents, tandis que Jean Chrétien et Clyde Wells n'ont pas répondu aux demandes d'entrevue.

Lors de la réponse initiale à la demande d'accès à l'information de La Presse Canadienne, en 2010, peu de documents avaient été rendus publics, mais une plainte déposée auprès du commissaire fédéral à l'information a permis d'obtenir plusieurs autres pages de documents. Certains documents restent toutefois secrets parce qu'ils traitent de dossiers sensibles comme les relations fédérales-provinciales et contiennent des informations exprimées sous le sceau de la confidence.

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