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16e Soirée des Jutra: coup de chapeau à Micheline Lanctôt

23/03/2014 01:14 EDT | Actualisé 24/03/2014 06:08 EDT

La 16e Soirée des Jutra, ce soir, célébrera le cinéma d’ici. Ce sera la fête de Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde, Le démantèlement, Gabrielle, Vic + Flo ont vu un ours, L’autre maison, Roche papier ciseaux et tous les autres films qui ont brillé dans nos salles pendant la dernière année. Mais le gala sera aussi l’occasion de rendre hommage à une grande dame du petit et du grand écran, une battante qui cumule 40 ans de carrière, a réalisé 10 longs-métrages (son plus récent, Autrui, est en cours de tournage), a joué dans une quarantaine de productions au cinéma et à la télévision, en plus d’écrire, de produire et d’enseigner. Et qui continue de s’impliquer activement dans la culture d’ici, en étant notamment porte-parole du Prix collégial du cinéma québécois (PCCQ) et du Cinéma Excentris.

Aux Rendez-vous du cinéma québécois, le mois dernier, un premier coup de chapeau a été tendu à Micheline Lanctôt, au cours d’un 5 à 7 animé par Marie-Louise Arsenault. Sur la petite scène du Bistro SAQ de la Cinémathèque québécoise ont défilé des personnalités importantes dans le parcours de la créatrice : les réalisateurs Jean-Philippe Duval (qui la dirige aujourd’hui dans Unité 9) et Sébastien Rose (dont Micheline a été la belle-mère, et qu’elle a guidé dans le processus d’élaboration de sa première œuvre, Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause), la monteuse Aube Foglia (qui a assemblé les scènes de trois films de Micheline), et la jeune cinéaste Chloé Robichaud (à qui Micheline a enseigné à l’Université Concordia) ont tous exprimé de bons mots à l’égard de celle qu’on saluait. Marcia Pilote, vedette de Sonatine, qui n’avait que 14 ans lorsqu’elle a tourné sous les ordres de Micheline Lanctôt en compagnie de Pascale Bussières, a également témoigné sur vidéo. Rappelons que Sonatine a remporté, en 1984, le Lion d’argent au Festival du film de Venise, en 1984.

La découverte du septième art

Pendant deux heures, on est donc revenus sur la route de celle qui a été révélée par La vraie nature de Bernadette, de Gilles Carle, en 1972. On a parlé de ses débuts à l’Office national du film (ONF), où elle a bossé dans le monde du dessin animé pendant 10 ans. Avec La vraie nature de Bernadette, Micheline Lanctôt a été happée par l’univers exaltant du septième art. Grâce à son rôle, la jeune femme d’alors 26 ans a été la première actrice canadienne à être nommée en sélection officielle au Festival de Cannes. Elle a foulé la Croisette au bras de Gilles Carle, qui était déjà très connu en Europe.

Micheline Lanctôt a vécu à Hollywood pendant quelques années, pendant la décennie 1970. Amoureuse d’un réalisateur, elle a suivi ce dernier dans ses projets, mais ne s’est jamais réellement adaptée au glamour de l’endroit. C’est néanmoins là-bas qu’elle a développé sa passion pour la caméra, d’abord en organisant un mini-festival de films à Los Angeles (elle avait réussi à attirer un «auditoire respectable» en projetant cinq films québécois), puis en rédigeant ses premiers scénarios. Son premier film, L’homme à tout faire, a pris l’affiche au Québec en 1980. Il est resté en salles pendant huit semaines; c’est l’un des titres de la cinématographie de Micheline Lanctôt qui s’est le plus démarqué au box-office.

Le texte se continue après la galerie:

Le tapis rouge des Jutra 2014

Sonatine

Trois mois après avoir accouché, Micheline Lanctôt lançait le tournage de Sonatine. «Je n’étais pas sur le plateau, contrairement à la légende», a précisé la principale intéressée en riant. C’est parce qu’elle avait elle-même eu des idées suicidaires quelques mois plus tôt que Micheline a senti le besoin de coucher sur papier cette histoire de deux adolescentes qui concluaient le pacte de s’enlever la vie en public. Elle a écrit le scénario à la façon d’une partition musicale, comme une sonate, d’où le titre de l’œuvre. «C’était un film musicalement pensé, une structure étrange pour les gens qui n’y étaient pas familiers», a nuancé Lanctôt. Mal reçu au Québec, Sonatine a pourtant raflé le Lion d’argent à Venise et ce, même si la direction du festival avait hésité à l’inclure dans la programmation. On avait même retiré le film de la liste officielle des inscriptions à la toute dernière minute, mais une intervention de Téléfilm Canada a finalement permis à Sonatine de concourir pour les grands honneurs… et de gagner! Fâchée du traitement douteux réservé à son «bébé», Micheline Lanctôt ne s’était pas déplacée à Venise pour l’événement… mais avait crié sa joie au téléphone, au début septembre, en apprenant qu’elle en était la grande lauréate.

Une «sur-femme»

Lors du Coup de chapeau des Rendez-vous du cinéma québécois, Marcia Pilote et Pascale Bussières ne pouvaient être présentes pour exprimer leur reconnaissance à Micheline Lanctôt en la regardant dans les yeux, mais Marcia a livré un message sur vidéo. «Tu as changé ma vie radicalement. Même si on ne se voit pas beaucoup, tu es dans mon cœur, à la vie, à la mort!», a déclaré la comédienne, des sanglots dans la voix. Quelques jours plus tard, le Huffington Post Québec rencontrait Pascale Bussières qui, elle aussi, a vanté la force et le talent du tout premier mentor de sa carrière.

«C’est une sur-femme, comme il y en a quelques-unes au Québec, a avancé Pascale. Quand je la regarde aller, je me dis qu’il ne faut pas dormir au gaz! Elle écrit ses films, elle enseigne à l’université, elle joue dans Unité 9… et elle va couper son bois, avec son tracteur et sa chainsaw, toute seule, à -20 degrés! C’est à la fois rassurant et épuisant de la voir aller. À elle seule, elle est une leçon de vie!» De son côté, Micheline Lanctôt désigne Marcia Pilote et Pascale Bussières comme ses «filles spirituelles», ses «filles culturelles».

Sébastien Rose, lui, a connu Micheline lorsqu’il n’était qu’un jeune garçon, lorsqu’elle était amoureuse de son père. Sébastien a failli abandonner à plusieurs reprises son rêve de devenir réalisateur, mais Micheline l’a toujours encouragé, et c’est elle qui a montré le scénario de Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause au producteur Roger Frappier, ce qui a permis à la fiction «très autobiographique» de voir le jour. Et Micheline en tenait l’un des rôles principaux, avec Paul Ahmarani, Sylvie Moreau, Patrick Huard et Lucie Laurier. «J’étais tellement émue de le voir diriger. Il a tellement de talent, une originalité profonde, un talent pour les dialogues, un esprit tout à fait distinctif, une profondeur…», a noté Lanctôt en parlant de Sébastien. De son côté, Rose a utilisé ces termes pour décrire son amie et ex-belle-maman : «Micheline, c’est un talent brut, une présence. C’est une question de magnétisme et de conviction. Elle est très intelligente. Une grande performance émane toujours beaucoup d’intelligence.»

Chloé Robichaud, qui a dirigé Micheline Lanctôt, son ancienne professeure, dans son premier long-métrage, Sarah préfère la course, a mentionné que cette dernière lui a appris «la vie, tout simplement». «Diriger Micheline Lanctôt, c’était mieux que d’aller à Cannes!»

L’hommage à Micheline Lanctôt qu’on verra dimanche soir est une réalisation de Jean-Philippe Duval, qui a avoué sans gêne avoir été intimidé la première fois qu’il a rencontré cette pionnière du métier. Le segment coup de chapeau sera porté par un montage «impressionniste», mais on n’en a pas révélé davantage. «Micheline va aimer ça!», a simplement promis Pénélope McQuade, qui anime le gala avec Laurent Paquin. Émotion à prévoir…

La 16e Soirée des Jutra sera présentée en direct, ce dimanche, à ICI Radio-Canada Télé, dès 19h30.

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