DIVERTISSEMENT

«À l'état sauvage» : Franck Dubosc, sans compromis

22/03/2014 08:46 EDT | Actualisé 22/03/2014 08:46 EDT
courtoisie Juste pour rire

Il y a quelques jours, Franck Dubosc a lancé un appel à ses 654 000 abonnés sur Twitter.

«Ça y est les amis, je joue à Montréal le 19 avril. Y a tu des Québécois qui m’entendent?», a-t-il gazouillé, joignant à son envoi une photo de lui dans le froid, devant un arrière-plan tout blanc. L’homme était alors en visite-éclair chez nous pour faire la promotion de son quatrième spectacle, À l’état sauvage, qu’il présentera au Théâtre St-Denis. Pendant deux jours, Dubosc allait multiplier les entrevues à un rythme effréné, accueillant les représentants de la presse écrite à l’hôtel où il logeait entre des sauts dans diverses stations de radio et de télévision.

Mais les réponses se sont faites rares. Celui qu’on surnomme «le plus québécois des humoristes français» s’étonne régulièrement de ne pas recevoir beaucoup de messages de ses admirateurs de la Belle Province sur les réseaux sociaux. Il y a certes Patrick Huard qui le taquine de temps à autre, mais Franck Dubosc estime qu’il y a «moins de Québécois que de Français, sur Twitter».

La communication se resserra peut-être lorsqu’il nous aura fait rigoler avec son nouveau matériel. Et, de toute façon, échanges virtuels ou pas, Franck Dubosc se sent toujours bien lorsqu’il débarque au Québec. Son premier voyage dans nos terres remonte à 1999, depuis il est ici chez lui de cœur, de corps et d’esprit.

«Quand j’arrive à Montréal, j’ai l’impression que mes muscles se relâchent, raconte-t-il. J’ai l’impression de perdre 15 ans. Je retrouve mon dynamisme de jeune homme. Je me détends. Toutes mes anxiétés et mes angoisses s’éloignent. C’est assez agréable…»

L’invité a bien sûr ses coups de cœur dans notre métropole, ses endroits fétiches où il tient absolument à faire escale lorsqu’il est de passage. Quels sont-ils? Le Mont-Royal? L’Oratoire Saint-Joseph? Le Vieux-Port? La Basilique Notre-Dame? Non. Le Centre Eaton et le magasin La Baie…

«J’aime me promener sur la rue Sainte-Catherine. En France, je n’ai jamais le temps de faire les magasins. À Montréal, je sais que c’est le moment où je prends un peu de temps pour marcher. J’ai certainement beaucoup plus marché dans Montréal que dans Paris.»

«Tout m’emmerde»

Dans À l’état sauvage, one man show qu’il promène depuis un an en France, en Suisse et en Belgique, Franck Dubosc exploite un peu le concept de l’éloignement pour tirer à boulets rouges sur des petites tares qui l’agacent. Seul sur son île, l’insatisfait se défoule joyeusement.

«Exactement, je me défoule. Vous avez trouvé le bon mot, ricane l’humoriste lorsqu’on lui suggère le verbe. L’idée, c’est que tout m’emmerde. Je fuis la civilisation et je me retrouve seul sur une île déserte. Et là… tout me manque. C’est un prétexte pour pouvoir aborder tous les sujets.»

Ses amis, ses enfants, les femmes, sa femme, l’écologie, les salles de gym, la chirurgie esthétique, le recyclage (désigné en France comme le tri sélectif), le sexe. Franck Dubosc dit avoir «pioché» une multitude de thématiques pour construire À l’état sauvage, avec un seul mantra en tête : ne faire aucune concession.

«Avec cette tournée, je retrouve les sensations que j’avais avec mon premier spectacle, énonce-t-il. Je l’avais écrit avec la naïveté de celui qui croit que ça va faire rire. Je ne connaissais pas encore le public… (rires)»

«Coup de chance, c’a marché et, après, quand j’ai écrit le deuxième et le troisième spectacle, j’étais rodé. Je connaissais les rouages. J’avais mes recettes pour essayer de plaire aux uns et ne pas déplaire aux autres. Avec celui-là, j’ai essayé de retrouver, non pas la naïveté que j’avais au début, mais une vérité. Je voulais dire ce que j’avais envie de dire, rire de ce dont je voulais rire, sans me bloquer, sans me censurer. Dans la vie, je ne suis pas quelqu’un de foncièrement méchant. Je suis plutôt taquin. Mais, dans ce spectacle, quand je suis taquin avec les femmes, par exemple, je le suis vraiment. Je m’assume. Et je pense que les femmes apprécient encore plus parce que, tout à coup, une vraie connivence se crée.»

Parce qu’avec l’âge (il a 50 ans) et le métier viennent intrinsèquement l’abandon et le lâcher-prise, Franck Dubosc fait davantage confiance à ses spectateurs qu’à l’époque de ses premiers pas sur scène, il y a un peu plus d’une quinzaine d’années.

«Je m’inquiète de plaire au public parce que je fais ça pour faire rire mais, effectivement, j’ai écrit le spectacle en m’inquiétant beaucoup moins de ce que les gens allaient penser. En faisant davantage confiance à la relation que j’ai acquise avec le public. Ça fait tellement longtemps qu’on se côtoie, lui et moi, que je me dis : “Ils vont accepter ce que je veux leur dire”. Et j’en suis arrivé à ce que ce spectacle devienne mon préféré parmi tous ceux que j’ai créés. Et les spectateurs l’aiment aussi. Ils le trouvent différent, en retrouvant quand même l’artiste qu’ils aiment…. Quand ils m’aiment! En fait, avec À l’état sauvage, ceux qui ne m’aiment pas m’aiment encore moins, et ceux qui m’aiment, m’aiment encore plus!»

Se déchausser avant d’entrer

À l’inévitable question de la langue et de l’accent, du seuil de tolérance d’un côté ou de l’autre de l’océan aux gags sensibles et délicats, Franck Dubosc répond miser sur l’authenticité et, encore une fois, sur le lien de confiance qui l’unit à son parterre.

Et le gaillard s’amuse des différences culturelles plus qu’elles ne l’encombrent. En arrivant dans une nouvelle ville, Dubosc s’informe de ce qui anime les passions et se conforme aux réalités de chaque lieu.

«Moi, je m’adapte, explique-t-il. Il y a certains mots qu’il faut changer parce que ce ne sont pas les mêmes mais, en général, je préfère garder mon identité. Ça fait assez longtemps que je viens ici pour savoir à peu près ce que je peux dire ou pas. Au Québec, il y a des sujets que je vais aborder dont je ne traite pas en France, et vice-versa. Ça m’excite beaucoup. D’ailleurs, il y a plein de choses que je n’ai pas encore écrites en vue de mon passage ici. Par exemple, je sais qu’il y a de plus en plus de Français à Montréal; je vais sûrement en parler.»

«De toute façon, l’humour, c’est dans vos gènes, lance Franck en riant. Mais je sais qu’en tant que Français, il y a des choses que je ne peux pas me permettre. C’est vous qui m’invitez; alors, je dois me déchausser avant d’entrer…»

Franck Dubosc présentera À l’état sauvage au Théâtre St-Denis le 19 avril prochain. On peut déjà se procurer des billets en consultant le hahaha.com ou le ticketpro. Celui qui est aussi comédien tient en outre la vedette de Fiston, nouvelle comédie de Pascal Bourdiaux, où il incarne un séducteur qui donnera des leçons à un jeune homme (Kev Adams) désireux de faire fondre le cœur d’une fille. Fiston sortira dans les cinémas du Québec le 28 mars.

«C’est la première fois que je suis le plus vieux, le mature, dans un duo, note Franck Dubosc. Ça fait mal! (rires) Ne vous inquiétez pas, dans le prochain, je refais le plus jeune!»

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