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Turquie : le blocage de Twitter désavoué et contourné

21/03/2014 06:05 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Alors que le président de la Turquie, Abdullah Gül, juge inacceptable le blocage de Twitter ordonné par les autorités de son pays, les internautes turcs parviennent à contourner la censure et à envoyer plus d'un million de tweets.

Ne bloque pas l'accès aux réseaux sociaux qui veut. Si les autorités turques pensaient réussir à museler les internautes turcs en verrouillant l'accès au réseau social Twitter, jeudi, c'était sans doute en méconnaissance du potentiel de mobilisation de la communauté mondiale en ligne et des possibilités de contournement de telles tentatives de censure. 

Ainsi, malgré le blocage, plus de 1,2 million de gazouillis avaient été envoyés depuis la Turquie de jeudi soir à vendredi après-midi, selon des chiffres compilés par Sysomos et rapportés par le site web spécialisé en technologies Mashable.

Selon des données rapportées par Brandwatch, les tweets turcs sont en fait en hausse de 138 % depuis que le verrouillage des autorités turques.

Comment les internautes turcs s'y prennent-ils? Alors que des pays comme la Chine utilisent des systèmes complexes pour bloquer l'accès à certains sites, la Turquie a simplement demandé aux fournisseurs d'accès de bloquer l'accès à Twitter.

Ainsi, les internautes ont pu contourner la mesure en modifiant les réglages DNS (Système de noms de domaines) de leur connexion Internet. On peut comparer le DNS à une espèce de passerelle ou d'annuaire. Si vous souhaitez vous connecter à un site, votre ordinateur s'adresse aux serveurs DNS de votre fournisseur Internet pour obtenir le chemin vers les serveurs de ce site.

En modifiant les réglages DNS de leur connexion Internet, les Turcs ont donc pu accéder à Twitter. L'adresse IP des serveurs DNS de Google a été largement diffusée sur les médias sociaux afin de permettre aux internautes de contourner l'interdiction.

On peut en voir un exemple dans le tweet suivant :

L'adresse du DNS de Google aurait même fait l'objet de graffitis dans les rues d'Istanbul :

Devant leur écran, les Turcs ont également pu avoir recours à des réseaux privés virtuels (VPN). Ils se connectent en fait au réseau Internet d'un autre ordinateur, dans une zone où Twitter n'est pas bloqué.

En outre, le réseau social lui-même a invité les Turcs à envoyer des tweets via message texte, en leur transmettant un code à composer.

Par ailleurs, la mesure d'interdiction turque a provoqué l'ire des microblogueurs, le mot-clé #TwitterisblockedinTurkey (Twitter est bloqué en Turquie) étant devenu un sujet de discussion majeur sur le réseau social.

Les utilisateurs de Twitter ont dénoncé un « coup d'État digital », comparant la Turquie à l'Iran ou à la Corée du Nord.

Opposition politique à l'intérieur et à l'extérieur de la Turquie

La mesure suscite de l'opposition non seulement dans la population, mais aussi dans la classe politique turque. Le président du pays, Abdullah Gül, a une nouvelle fois pris publiquement vendredi ses distances sur le sujet avec le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan.

S'exprimant lui-même sur Twitter, M. Gül a critiqué le blocage des réseaux sociaux et estimé que seules les pages personnelles sur Internet devaient être visées en cas d'atteinte à la vie privée. Il a dit espérer que la mesure imposée vendredi par le gouvernement turc serait de courte durée.

Rappelons que les autorités d'Ankara ont confirmé avoir bloqué l'accès au site Twitter, mis en cause quelques heures plus tôt par le premier ministre Erdogan, justifiant leur initiative par des décisions de justice « visant à protéger les citoyens ».

Lors d'une rencontre en vue des élections municipales du 30 mars, jeudi, Recep Tayyip Erdogan s'en est pris vivement à Twitter, auquel il reproche d'alimenter la contestation. Le premier ministre est secoué par la diffusion sur les réseaux sociaux de conversations téléphoniques piratées le mettant en cause dans des affaires de corruption.

De l'autre côté de l'océan, Washington se dit « profondément préoccupé » par cette « restriction de l'accès du peuple turc à l'information, qui sape leurs libertés d'expression et d'association [...], essentielles à l'exercice d'un gouvernement démocratique et aux droits universels. »

À Paris, le ministère des Affaires étrangères a jugé la décision d'Ankara « choquante » et « contraire aux libertés d'expression et de communication ». L'Allemagne a également protesté contre le blocage de Twitter.

D'autre part, de nombreuses caricatures illustrant la tentative de censure du premier ministre turc circulent sur le web. En voici une relayée par le Financial Times :

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