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Gaz: L'UE va réduire sa dépendance envers la Russie

21/03/2014 01:06 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Les Européens ont annoncé vendredi leur volonté de réduire leur forte dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie pour marquer leur défiance envers Moscou, mais cette décision sera difficile à mettre en oeuvre car elle nécessite des investissements colossaux pour beaucoup de pays éprouvés par la crise.

"Le contexte actuel impose de réduire la forte dépendance énergétique de l'Europe particulièrement à l'égard de la Russie", a souligné le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy à la fin du sommet des dirigeants européens à Bruxelles.

"Un plan d'action concret a été demandé à la Commission européenne pour le prochain sommet européen en juin", a-t-il annoncé.

L'objectif est double: réduire la consommation de gaz et mettre en difficulté le géant russe Gazprom.

Le Premier ministre britannique David Cameron a rappelé que "Gazprom tire près de 50% de ses revenus des achats de l'Union européenne".

"La Russie a plus besoin de l'Union européenne que l'Union européenne de la Russie", a-t-il soutenu.

"L'UE montre qu'elle est capable de prendre des décisions dans les moments difficiles", s'est félicité le président de l'exécutif bruxellois José Manuel Barroso.

Mais l'UE a tardé à agir. La diversification des sources d'énergie est prônée par la Commission européenne depuis 2010. Le Commissaire à l'Energie Gunther Oettinger avait alors appelé les pays de l'UE à investir mille milliards d'euros d'ici à 2020 "pour se préparer à faire face à l'explosion du prix des ressources fossiles et pour réduire leur dépendance vis à vis de l'étranger".

Il avait alors souligné l'importance du gaz pour assurer la transition énergétique le temps que l'UE développe l'exploitation de sources d'énergie renouvelables et non polluantes.

Au lieu de cela, les dirigeants européens ont taillé 10 milliards dans l'enveloppe prévue pour les infrastructures dans le budget européen pour la période 2014-2020, réduisant ainsi la capacité de co-financement de l'UE pour les interconnexions transfrontalières.

L'UE souffre d'un énorme décalage entre ses ambitions affichées et la réalité de la situation. La politique commune de l'Energie est "une feuille de papier", souligne Annika Ahtonen analyste du European Policy Center.

- Gaz de schiste -

"La sécurité énergétique de l'UE est minée par le maintien d'un patchwork de micro-marchés nationaux, une multitude d'accord bilatéraux avec la Russie et un double manque de cohésion politique et de solidarité", constate-t-elle.

La crise ouverte avec Moscou brouille les cartes et bouscule des dirigeants européens qui se relèvent à peine de la plus grave crise financière de l'histoire de l'UE.

"Ce débat a lieu au moment ou des problèmes d'approvisionnement en gaz" se posent en Europe, a reconnu le chef de l'Etat français, François Hollande.

"Il est donc très important que nous puissions assurer la sécurité des approvisionnements", a-t-il insisté.

Les importations de gaz russe représentent 27% de la consommation de gaz de l'UE et près de 50% de ce gaz transitent par l'Ukraine.

L'UE peut dans l'immédiat se tourner vers ses autres fournisseurs, notamment la Norvège, l'Algérie et le Qatar pour le gaz naturel liquéfié dont le prix est toutefois très élevé.

David Cameron a pour sa part relancé la controverse sur l'exploitation des réserves de gaz de schiste en Europe.

Herman van Rompuy a même évoqué la possibilité d'acheter du gaz de schiste aux Etats Unis et d'inclure cette source d'énergie dans l'accord de libre-échange en négociations avec Washington.

Plus concrètement, l'Union européenne veut resserrer les rangs et négocier des contrats groupés avec ses fournisseurs de gaz pour atténuer les grandes disparités entre les prix payés par les Etats.

"Le problème avec le gaz, c'est qu'il n'y a pas de marché mondial ni de prix mondial, contrairement au pétrole", a en effet souligné M. Oettinger.

"64 ans après la création de la Communauté du Charbon et de l'Acier, l'Europe doit évoluer vers l'Union de l'Energie", a lancé Herman van Rompuy.

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