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Crimée : la valse des sanctions étourdit l'Europe

21/03/2014 04:38 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Des sanctions, ciblant des individus et au moins une banque, la Rossiya, de même que la menace d'autres sanctions, à portée économique plus vaste : tel est le plat que l'Occident sert au président russe Vladimir Poutine depuis la tenue d'un référendum dimanche dernier sur l'avenir de la Crimée.

Tant du côté nord-américain qu'européen, les États cogitent, s'agitent; de part et d'autre de l'Atlantique. Les recettes varient un peu, mais lesdites sanctions visent, pour l'essentiel, à faire reculer Moscou dans ses possibles visées expansionnistes.

En ce qui a trait aux sanctions, en tout cas, Moscou ne recule pas. Vendredi, la Russie a dit réfléchir à une « réponse miroir » aux sanctions qui lui ont été imposées par les pays occidentaux, en raison de la crise en Crimée, écrit vendredi l'agence officielle RIA, en citant le vice-ministre des Affaires étrangères, Grigori Karasine.

« Il y a une chose qui s'appelle en anglais la réciprocité et que l'on nomme en russe la "réponse miroir". (Les sanctions) doivent être comparables et je ne vais pas prétendre que nous n'y réfléchissons pas », a-t-il dit.

Dans cette suite de répliques, le danger d'escalade est bien présent. Déjà, jeudi, le président Barack Obama disait avoir adopté un décret qui lui permettra, au moment jugé opportun, d'asséner des sanctions « qui pourraient perturber l'économie globale ».

Vendredi, à Bruxelles, des leaders de l'Union européenne ont clos un sommet de deux jours avec l'ajout d'une douzaine de noms à la liste des 21 Russes déjà frappés par des interdits de déplacement et le gel de leurs avoirs. La douzaine d'individus ainsi ciblés est constituée de politiciens et de chefs militaires.

Une question de climat

L'approche européenne varie un peu de celle endossée la veille par Washington, qui a dirigé ses sanctions contre des proches du président Poutine, des figures en vue du Kremlin, des oligarques. « Ce n'est pas tant les noms qui sont importants que le climat que nous créons », a expliqué un officiel de l'Union européenne, sous couvert de l'anonymat.

La voie américaine a été épousée par le premier ministre canadien Stephen Harper, vendredi, qui a annoncé que le Canada imposait des sanctions économiques contre 14 autres représentants russes et contre une institution financière, soit la banque Rossiya. « De concert avec ses alliés internationaux, notre gouvernement adopte une position ferme dans son soutien envers l'Ukraine », a fait savoir le premier ministre Harper par voie de communiqué, lui-même s'apprêtant à se rendre en Ukraine.

Et M. Harper de rappeler que le référendum de dimanche dernier « n'a aucune légitimité » et que « toute intensification des actions de la Russie entraînera un plus grand isolement de cette dernière par la communauté internationale ».

Mais, les membres de l'Union européenne ne font pas preuve d'une aussi ferme unanimité. Alors que le premier ministre de la Grande-Bretagne, David Cameron, tenait des propos durs à l'encontre de Moscou, parlant d'un référendum tenu « sous la menace d'une kalachnikov », la chancelière allemande, Angela Merkel, se gardait de mentionner quelles pourraient être les sanctions plus sévères infligées à Moscou, ce dont David Cameron ne s'était pas privé, lui, à l'issue du sommet de l'Union européenne.

Il faut savoir que l'Allemagne compte plus de 6000 entreprises entretenant des relations d'affaires en Russie et que 300 000 emplois en Allemagne dépendent du commerce avec la Russie. La France n'est pas en reste puisque des contrats en matière de défense valant des milliards d'euros pourraient être mis en péril, advenant un refroidissement de ses relations commerciales avec la Russie.

Au Danemark, l'anxiété est palpable. Vendredi, le ministre danois des Affaires étrangères s'est entretenu avec les représentants de 130 entreprises, parmi elles Novo Nordisk et le brasseur Carlsberg, après avoir été inondé de questions au sujet de possibles implications liées à cette crise.

Dans ce climat incertain, les milieux d'affaires sont en alerte, car en matière de sanctions, l'exemple passé de l'Iran est encore bien présent dans les esprits. Certaines banques, particulièrement, avaient payé le fort prix en faisant fi des sanctions américaines contre Téhéran.

Les sanctions contre Moscou, néanmoins, s'additionnent et prennent divers visages. À partir des États-Unis, Visa et Mastercard ont cessé de prodiguer des services aux clients de la banque Rossiya ainsi qu'à une autre institution bancaire, SMP. De son côté, Western Union a suspendu les services qu'elle offrait par l'entremise de la banque Rossiya, tout en poursuivant ses activités en Russie.

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