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Burundi: les députés rejettent un projet controversé de révision constitutionnelle

21/03/2014 10:43 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Un projet de révision constitutionnelle controversé n'a pas été adopté vendredi à une voix prés par l'Assemblée nationale burundaise, ce qui représente un camouflet pour le chef de l'Etat Pierre Nkurunziza.

Ce projet de révision constitutionnelle, engagé en catimini par le pouvoir burundais, risquait, selon la société civile et l'opposition, de saper le fragile équilibre ethnique du pays. Il devait aussi permettre au chef de l'Etat de briguer un troisième mandat consécutif.

Le parti au pouvoir, le Cndd-FDD (à dominante hutu), est ultra-majoritaire à l'Assemblée. Mais il avait besoin du vote favorable de quatre-cinquième des députés (soit 85 élus) pour faire passer son texte. Une voix lui a manqué.

"Le oui a obtenu 84 voix, le non 0 voix et l'abstention 0 voix. La Constitution du Burundi prévoit une majorité de 4/5 des membres de l'Assemblée pour l'adoption de la révision de la Constitution, soit 85 voix. Ce projet de révision de la Constitution est donc rejeté", a annoncé le président de la chambre, Pie Ntavyohanyuma, à l'issue du vote à main levée.

Le parti Uprona, principal parti tutsi en crise ouverte avec le Cndd-FDD depuis quelques semaines après avoir été son seul allié politique depuis les dernières élections de 2010, ainsi qu'un autre parti d'opposition, le Frodebu, ont boycotté le vote.

Le texte proposé par le pouvoir prévoyait de permettre l'adoption des lois au Parlement avec une majorité simple, contre un minimum de deux tiers actuellement. Cette majorité des deux tiers vise à prévenir toute domination d'une seule force politique mais aussi de la majorité hutu sur la minorité tutsi, qui dispose de 40% des sièges à l'Assemblée.

Le projet de révision dépouillait également le premier vice-président - issu d'un parti et d'une ethnie différente de celle du président - de toutes ses prérogatives et retirait au Sénat son pouvoir de veiller aux équilibres ethniques. Aujourd'hui, le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, étant un Hutu issu du principal parti hutu burundais (Cndd-FDD), le 1er vice-président doit être un Tutsi.

Ces dispositions constitutionnelles trouvent leurs racines dans l'accord de paix d'Arusha de 2000, qui déboucha en 2006 sur la fin d'une longue guerre civile dans le pays. L'accord institutionnalisait un partage du pouvoir entre la majorité hutu (85% de la population), aujourd'hui au pouvoir, et la minorité tutsie (14% des Burundais) qui a longtemps dirigé ce petit pays des Grands Lacs.

esd-aud/jpc

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