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Venezuela : le pouvoir prétend dialoguer mais arrête des opposants

20/03/2014 01:33 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Les autorités vénézuélienne ont lancé une vaste offensive judiciaire contre l'opposition radicale bien que le président du Venezuela Nicolas Maduro, contesté depuis six semaines dans la rue, ait appelé au dialogue.

Le ministre de l'Intérieur, Miguel Rodriguez Torres, a indiqué jeudi que l'opposant Daniel Ceballos, maire de San Cristobal, capitale de l'état de Tachira (ouest), berceau des protestations anti-gouvernementales entamées début février, avait été arrêté mercredi pour "rébellion civile" et "soutien" à la violence dans cette ville,.

M. Ceballos, 30 ans, est le deuxième dirigeant du parti Volonté populaire (droite) a être placé en détention en raison de cette vague de protestations après l'arrestation de Leopoldo Lopez, le principal leader du parti détenu dans une prison militaire depuis le 18 février et accusé également de promouvoir la violence.

Le Tribunal suprême de justice (TSJ) a annoncé ensuite que le maire de San Diego (Etat de Carabobo, nord), Enzo Scarano, avait été condamné à 10 mois de prison et destitué pour des "manquements" à ses fonctions au cours des protestations.

MM. Ceballos et Scarano ont étés transférés à la prison militaire de Ramo Verde, dans les environs de Caracas, selon le ministre.

La Chambre des députés, à majorité chaviste (du nom de l'ancien président Hugo Chavez), avait voté mardi une résolution demandant la mise en accusation de la députée radicale Maria Corina Machado, ingénieure de 46 ans, pour "incitation à la violence, trahison, terrorisme et homicide".

- L'opposition appelle à de nouvelles manifestations -

Avec M. Lopez notamment, Mme Machado fait partie du mouvement radical "La Salida" ("La Sortie"), dont l'objectif est la chute du président socialiste Nicolas Maduro en relayant par des manifestations de rue la contestation étudiante commencée le 4 février dans un premier temps contre l'insécurité puis contre l'inflation, les pénuries et les abus policiers.

"S'ils croient qu'en me menaçant ou levant mon immunité ils vont me faire taire, ils ne me connaissent pas", a réagi Mme Machado sur Twitter.

Enfin, Carlos Vecchio, autre dirigeant du même parti, est en fuite, recherché par la justice pour les mêmes motifs.

Cette offensive judiciaire du pouvoir contre l'opposition radicale a réveillé l'ardeur des protestataires, qui ont nouveau appelé à manifester jeudi, après quelques jours de calme relatif, notamment depuis le déploiement des forces de l'ordre dans l'est huppé de Caracas, bastion de l'opposition, qui avait mis un terme aux nuits d'affrontements entre police et manifestants observées ces dernières semaines.

"Les contradictions (entre l'appel au dialogue et l'offensive judiciaire) sont propres à un régime comme celui-ci, qui trouve sa force dans la répression. L'offre de dialogue (du gouvernement) n'est destinée qu'à satisfaire le public, ses partisans, (c'est) un rideau de fumée politiquement stratégique", a estimé pour l'AFP Mercedes Pulido de Briceño, analyste politique.

Dans le nord, des centaines de partisans de M. Scarano ont passé la nuit sur des places de San Diego, localité de l'agglomération de Valencia, capitale du Carabobo.

Selon la presse locale, des barricades ont à nouveau été érigées à Valencia, bloquant dès l'aube les avenues de la troisième ville du pays, située à environ 150 km de Caracas.

"Nicolas (Maduro) met de l'huile sur le feu, et il sera le seul responsable de la situation que vit le pays, que le monde le sache", a twitté mercredi la principale figure de l'opposition, le gouverneur et ancien candidat aux présidentielles d'octobre 2012 puis d'avril 2013 Henrique Capriles.

La fermeté du gouvernement tranche avec l'apparente volonté de dialogue qu'il semblait afficher ces derniers jours, en disant vouloir inviter l'opposition à s'asseoir à la table des négociations pour trouver à une issue à ces troubles ayant déjà fait officiellement 31 morts et plus de 400 blessés.

Ces arrestations interviennent quelques heures seulement après l'annonce que le ministre du Pétrole et vice-président pour l'économie Rafael Ramirez prendrait la tête de négociations à Valencia, jeudi.

Mal élu en avril 2013 à la tête de ce riche Etat pétrolier dans la foulée du décès du charismatique Hugo Chavez, M. Maduro affirme être confronté à une "tentative de coup d'Etat", soutenue par la droite, les Etats-Unis et les milieux économiques.

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