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Ukraine: l'Est craint une "guerre de visas" avec la Russie

20/03/2014 08:47 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

"On va rester ici les poches vides et détester le pouvoir": inquiets, des Ukrainiens de l'Est russophone voient d'un mauvais oeil le projet de Kiev d'introduire les visas pour les Russes, craignant pour leurs carrières et relations familiales.

A Donetsk, grande ville industrielle proche de la Russie, presque tout le monde a de la famille de l'autre côté de la frontière comme Mikhaïlo Stepanov, un ingénieur de 30 ans, convaincu que la Russie imposera à son tour des visas aux Ukrainiens en représailles.

"Notre gouvernement est en train de causer du tort à ses propres citoyens. Les Russes se passeront de voyages en Ukraine, mais ce sont des millions d'Ukrainiens qui vont en Russie pour travailler", explique-t-il.

"Les poches vides, ils vont remercier le gouvernement qui prend soin d'eux", ironise-t-il.

Ancien fief du président déchu Viktor Ianoukovitch, Donetsk n'aime pas les nouvelles autorités de Kiev issues de la contestation pro-européenne et la question sensible des visas risque de jeter encore de l'huile sur le feu.

"Ma mère a des proches en Russie. Pour des gens comme elle l'obtention d'un visa sera une vraie galère connaissant les procédures bureaucratiques", explique Dina Koutcherouk, une interprète de 30 ans.

Sviatoslav Sourkov, un informaticien de 28 ans dit que de nombreux spécialistes dans son secteur collaborent avec des groupes russes et une fois les visas introduits, ils risquent de perdre leur travail.

"Si les programmeurs ukrainiens sont obligés de perdre du temps pour obtenir un visa, leur employeur russe préfèrera embaucher un Russe. Où ils devront déménager en Russie et ainsi l'Ukraine se privera de spécialistes de haut niveau", estime-t-il.

- "La Russie nous a déclaré la guerre" -

A Kharkiv (est), centre industriel et culturel et ancienne capitale de l'Ukraine, les avis sont partagés.

"Les visas, c'est triste mais pas plus que la guerre que la Russie nous a de facto déclarée. Cela empêchera les provocateurs de venir faire du mal en Ukraine", souligne Elena, une cinéaste de 40 ans.

Kharkiv tout comme Donetsk a été le théâtre ces dernières semaines de manifestations séparatistes pro-russes qui ont dégénéré en heurts avec les partisans de Kiev ayant fait deux morts à Kharkiv et un à Donetsk.

"Voyager en Russie pour voir mes parents deviendra plus compliqué, mais c'est rien par rapport au besoin de préserver l'intégrité territoriale en Ukraine", après le rattachement à la Russie cette semaine de la péninsule ukrainienne de Crimée, soutient Anastassia, directrice d'un studio web, 34 ans.

Maxime, un metteur en scène de 23 ans, lui, ne veut pas de "casse-tête".

"J'ai des parents à Belgorod (ville voisine russe, ndlr) que je vais voir tous les deux mois. Mon neveu vient chaque été chez la grand-mère, maintenant cela deviendra problématique. Il y a beaucoup de liens entre les gens dans les régions frontalières, on s'entraide", dit-il.

Après avoir annoncé vouloir introduire les visas pour les Russes mercredi, le gouvernement semble avoir fait marche arrière le lendemain.

"Il faut réfléchir longuement avant d'agir", a déclaré le Premier ministre Arseni Iatseniouk en désavouant de facto la décision du conseil de sécurité nationale et de défense dont il est membre.

L'ex-ministre des Affaires étrangères farouchement pro-occidental Boris Tarassiouk a lui aussi estimé jeudi qu'il ne fallait pas introduire de visas, mais plutôt "contrôler davantage" les Russes qui viennent en Ukraine.

Une députée du Parti des régions pro-russe, Irina Gorina, a mis en garde le gouvernement contre les mesures qui "font mal" aux Ukrainiens.

"Entendez la voix des gens dans le sud et l'est (russophones) tant qu'il n'est pas trop tard", a-t-elle lancé devant l'hémicycle.

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