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L'Uruguay va recevoir des prisonniers de Guantanamo

20/03/2014 02:52 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Des prisonniers de Guantanamo seront transférés en Uruguay à la demande de Barack Obama, qui avait promis au début de son premier mandat de fermer ce centre de détention situé à Cuba, a annoncé jeudi le président uruguayen.

La plupart des détenus de la prison de Guantanamo, ouverte depuis plus de 12 ans, "n'ont pas vu de juge, il n'ont pas vu de procureur et le président des Etats-Unis veut résoudre ce problème", a déclaré Jose Mujica devant des journalistes.

M. Obama "a demandé à de nombreux pays s'ils pouvaient offrir l'asile à quelques-uns et j'ai répondu oui", a poursuivi cet ancien guérillero de 76 ans, qui a lui-même passé presque 15 ans en prison sous la dictature en Uruguay entre 1973 et 1985.

Ces prisonniers seront accueillis sous le statut de réfugiés. "S'ils veulent faire leur nid et travailler dans le pays, qu'ils restent dans le pays", a poursuivi le président uruguayen, leur offrant également la possibilité d'"emmener leurs familles".

"Je ne fais pas de faveur gratuitement. Je fais passer la facture", a aussi répondu M. Mujica à la question de savoir s'il avait exigé quelque chose en échange de son geste.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est entretenu lundi avec M. Mujica, a indiqué à la presse Jennifer Psaki, porte-parole du département d'Etat, ajoutant que les Etats-Unis "parlaient avec plusieurs pays, y compris l'Uruguay, sur le transfèrement de détenus".

Todd Breasseale, un porte-parole du Pentagone, s'est contenté d'indiquer à l'AFP que les Etats-Unis avaient engagé "des discussions avec l'Uruguay sur la question de fermer la prison de Guantanamo", sans donner de détails sur d'éventuels transfèrements imminents dans ce pays.

"Nous avons hâte de poursuivre notre dialogue avec les gouvernements" de l'Organisation des Etats d'Amérique et d'Amérique latine "alors que nous avançons vers la fermeture de Guantanamo", a ajouté le lieutenant-colonel Breasseale, en réaffirmant que cet objectif restait "une haute priorité".

L'information avait été révélée jeudi matin par l'hebdomadaire uruguayen Busqueda.

"L'Uruguay recevra et hébergera durant au moins deux ans, à la demande des Etats-Unis, cinq membres présumés de réseaux terroristes incarcérés dans la prison de Guantanamo", écrit le journal.

D'après Busqueda, le secrétaire d'Etat américain a promis au président uruguayen qu'il serait reçu avant fin juin à la Maison Blanche par M. Obama. Un voyage officiel de M. Mujica aux Etats-Unis était prévu l'année passée mais avait été repoussé en raison de problèmes d'agenda.

Les transfèrements depuis Guantanamo se sont accélérés ces derniers mois avec le retour dans leur pays de trois Algériens, deux Saoudiens et deux Soudanais. Mais 154 détenus sont toujours présents à Guantanamo, une prison spéciale créée sous le président George W. Bush après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

"Cette annonce est le signe positif que l'administration continuera de faire de la fermeture des infrastructures de détention une priorité", s'est félicitée à Washington l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights First. "L'annonce d'aujourd'hui est un pas dans la bonne direction alors que l'administration Obama oeuvre pour réduire à zéro le nombre de détenus de Guantanamo d'ici la fin de l'année, a déclaré Raha Wala de HRF.

La grande majorité des détenus n'ont été ni accusés ni jugés et sont incarcérés de manière "indéfinie" sur des soupçons de terrorisme.

Mais 75 d'entre eux ont été déclarés libérables par l'administration Bush. Celle de Barack Obama s'est attelée depuis janvier à revoir la situation de dizaines d'autres, trois d'entre eux, des Yéménites, ayant déjà comparu devant un comité de révision des peines mis en place à cette fin en 2011.

Bien que le Congrès américain interdise la transfèrement des détenus sur le sol des Etats-Unis, il a ouvert en décembre la possibilité pour le président Obama d'ordonner des transfèrements dans des pays tiers, ce qui pourrait lui permettre de tenir sa promesse de fermer ce centre de détention polémique.

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