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L'ONU s'inquiète d'une «haine terrifiante» en République centrafricaine

20/03/2014 01:17 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

BANGUI, République centrafricaine - La responsable onusienne des droits de la personne a prévenu jeudi que la haine entre chrétiens et musulmans atteint maintenant des «niveaux terrifiants» en République centrafricaine, et que l'anarchie qui y règne est si totale que même ceux aperçus avec des machettes ensanglantées ou des morceaux de corps humain à la main ne sont pas inquiétés.

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a décrit une situation «d'impunité presque totale (...) sans justice, sans loi et sans ordre, à part celui fourni par les soldats étrangers». Environ 6000 militaires africains et 2000 soldats français tentent de stabiliser le pays, même si leur présence à l'extérieur de la capitale — Bangui — est minime.

«Je ne peux m'empêcher de croire que si la République centrafricaine n'était pas un pays pauvre caché au coeur de l'Afrique, que les événements terribles qui se sont produits — et qui continuent à se produire — auraient provoqué une réponse beaucoup plus forte et dynamique de la part du monde extérieur», a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Bangui, au terme d'une visite de trois jours.

«Combien d'autres enfants doivent être décapités, combien de filles et de femmes seront violées, combien de nouveaux actes de cannibalisme sont nécessaires, avant que nous commençions réellement à y porter attention?», a ajouté Mme Pillay.

La République centrafricaine compte parmi les pays les plus pauvres et les plus instables du monde. Le pays a plongé dans le chaos il y a un an quand des rebelles musulmans ont chassé le président François Boizizé, qui était au pouvoir depuis 10 ans. Les rebelles se sont ensuite rendus coupables de nombreuses atrocités.

Des milices chrétiennes ont été formées en réponse à ces gestes et cherchent à se venger des musulmans depuis que les rebelles ont cédé à la pression internationale et renoncé à la présidence. Des foules en colère ont torturé, tué et démembré des musulmans en pleine rue, parfois en présence des soldats internationaux.

Des dizaines de milliers de musulmans ont maintenant fui vers le Tchad, au nord.

«Les organisations de la société civile me disent qu'elles ont sonné l'alarme bien avant que la crise ne se transforme en cataclysme, mais que personne n'écoutait, a déploré Mme Pillay. Malgré certaines améliorations sur le plan de la sécurité, l'alarme sonne toujours. Si nous échouons de nouveau, en n'appuyant pas pleinement le pays en ces temps de besoin, nous risquons des décennies d'instabilité et la création d'un nouveau terreau fertile pour l'extrémisme religieux, non seulement en République centrafricaine mais dans toute la région.»

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