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«Les garçons et Guillaume, à table!», Guillaume Gallienne se moque des genres (ENTREVUE)

20/03/2014 10:34 EDT | Actualisé 20/03/2014 10:34 EDT

Guillaume Gallienne est en ce moment sur un petit nuage. Il vient tout juste de remporter en France cinq Césars, dont celui du meilleur acteur et celui du meilleur film pour sa comédie hilarante, Les garçons et Guillaume, à table!. Le Huffington Post Québec s’est entretenu avec le comédien de 42 ans sociétaire de la Comédie-Française.

Même avec une tenue décontractée et la chemise ouverte, Guillaume Gallienne ne peut dissimuler des origines de grande bourgeoisie française. Ses gestes, sa façon de s'exprimer sont ceux d'une éducation de belle famille. Un premier indice, l’espresso qu’il exige double et très serré. «Le jus de chaussette, ce n’est vraiment pas pour moi», dit-il avec délicatesse.

Mais sous ses allures de dandy parisien, l’acteur vous désarçonne, d’abord par un sourire contagieux, ensuite par une franchise qui ne passe pas inaperçue. «Je suis content d’être ici. Je rencontre des gens différents. À Paris, c’est constamment les mêmes personnes.»

Fille ou garçon?

Guillaume revient sur son film. Outre sa moisson de prix et sa présentation au dernier Festival de Cannes, l’œuvre a quand même réuni plus de 2,5 millions de spectateurs dans les salles de l’Hexagone. Un premier long métrage à saveur autobiographique qu’il réalise et dans lequel il incarne son propre personnage et celui de sa maman.

«Le déclic a eu lieu chez mon psy. Je lui racontais des anecdotes et soudainement, je me suis souvenu que lorsque ma mère nous appelait pour venir manger elle criait : les garçons et Guillaume, à table! J’ai réalisé qu’elle me distinguait clairement des autres garçons de la famille. C’est énorme, n’est-ce pas?»

Parce qu’il n’est pas assez viril, Guillaume, un garçon trop sensible, efféminé et passif est considéré à tort comme une fille ou plus tard comme un homo. Les insultes fusent : tapette, tarlouze, tantouze… Pourtant, Gallienne aborde le tout d’une manière comique. «Je n’ai aucune rancœur. Je ne règle aucun compte. Au contraire, je me considère comme un privilégié. Et puis, ma vie, ce n’est pas du Zola non plus.»

Or, si l’acteur a réussi à prendre autant de recul, c’est grâce, dit-il, à son caractère. «J’aurai pu plonger dans une schizophrénie latente. Depuis toujours, j’ai cette faculté de voir les situations qui me concernent d’une manière plutôt détachée. Je me marre beaucoup. En fait, j’ai beaucoup de mal à m’apitoyer sur mon sort. Quand ma mère m’a envoyé en Espagne dans la ville la plus moche du pays, je me suis dit, ce n’est pas grave, je vais bien m’amuser. J’ai imaginé que j’étais dans un film de Pedro Almodovar tout simplement.»

Le film fait le récit touchant et drôle d’un coming out à l’envers. L’histoire d’un jeune hétéro qui tente de se libérer des clichés. Au final, Gallienne se moque des étiquettes. «Coming in ou coming out, ça ne veut rien dire. J’assume mes choix. Je suis marié avec une femme depuis dix ans. Dans la vie, rien n’est simple ou catégorique. Les étiquettes rassurent, moi, elles m’ennuient profondément.»

Pour Gallienne, son long métrage est surtout un hommage à la femme, en particulier sa mère qu’il imite d’ailleurs dans le film avec un plaisir non dissimulé. « C’est l’histoire d’une famille et d’une mère qui a élevé ses quatre garçons comme elle a pu. Ce film, je le vois aussi comme la naissance d’un acteur.»

Des planches au grand écran

Au départ, il y a la pièce de théâtre écrite en 2008 et présentée durant deux ans au théâtre de l’Ouest parisien. «Je voulais en faire un film depuis le début. Mon projet nécessitait beaucoup d’argent. Un film sur la bourgeoisie avec tout son décorum et ses accessoires nécessite de l’investissement. Il faut dire que personne n’a envie d’investir de l’argent dans le travail d’un débutant. J’en ai fait une pièce qui a eu un gros succès. Et puis, Gaumont a accepté de rentrer dans la course.»

La suite, on la connaît. C’est le succès phénoménal de son film changeant bien des choses pour l’acteur auparavant habitué à des petits rôles au cinéma. Il vient d’interpréter Pierre Bergé dans le remarqué biopic sur Yves Saint Laurent réalisé par Jalil Lespert et donne également sa voix à M. Peabody dans le film d’animation américain M. Peabody et Sherman. «Je prends les choses au jour le jour. Le cinéma est un milieu où tout peut changer rapidement. On est à la mode aujourd’hui et demain, on n’est plus rien.»

Les garçons et Guillaume, à table! – Les Films Séville – Comédie – 87 minutes – Sortie en salles le 21 mars 2014 – France.

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