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La Côte d'Ivoire va remettre Charles Blé Goudé à la Cour pénale internationale

20/03/2014 12:16 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

La Côte d'Ivoire a accepté jeudi le transfèrement de Charles Blé Goudé, un proche de l'ex-président Laurent Gbagbo, à la Cour pénale internationale (CPI), qui le poursuit pour crimes contre l'humanité.

"Le conseil des ministres, après en avoir débattu, a marqué son accord à la demande d'arrestation et de remise du concerné à la Cour pénale internationale", a indiqué un communiqué.

La décision fait suite à une demande de la CPI rendue publique en octobre 2013, pour un mandat d'arrêt initialement émis le 21 décembre 2011.

Abidjan, qui a donc mis cinq mois et demi pour décider du cas Blé Goudé, a finalement choisi de le transférer à La Haye "dans les plus courts délais", a assuré à l'AFP le porte-parole du gouvernement Bruno Koné.

La CPI, dans un communiqué, s'est réjouie de la décision des autorités ivoiriennes, se disant prête à "aller de l'avant avec les poursuites dès qu'il sera transféré", ce qui requiert "un certain nombre de préparatifs logistiques", sans plus de précisions.

M. Blé Goudé, 42 ans, ex-chef des "jeunes patriotes", un mouvement pro-Gbagbo extrêmement violent, a été arrêté en janvier 2013 au Ghana après plus d'un an et demi de cavale consécutive à l'arrestation de Laurent Gbagbo.

Considéré par des ONG internationales comme responsable de nombreuses violences, Charles Blé Goudé, connu pour ses harangues passionnées, a été surnommé "général de la rue" ou encore "ministre de la rue" pour sa capacité de mobilisation.

La juridiction internationale le soupçonne de quatre chefs d'inculpation de crimes contre l'humanité, à savoir meurtre, viol, persécution et autres actes inhumains, commis entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011.

Il rejoindra à La Haye son mentor Laurent Gbagbo, qui y est écroué depuis fin 2011 en attente d'un procès.

Abidjan a précédemment indiqué refuser le transfèrement aux Pays-Bas de Simone Gbagbo, la femme de l'ex-chef de l'Etat, sur laquelle pèsent les même chefs d'inculpation, au motif que la justice ivoirienne est désormais capable d'assurer équitablement son procès.

"Charles Blé Goudé est une personnalité clivante, bien plus que Simone Gbagbo", a déclaré à l'AFP Affoussiata Bamba, la porte-parole adjointe du gouvernement.

"Les gens estiment qu'il a fait tellement de mal qu'il n'a pas sa place ici mais qu'il doit être envoyé là-bas", a-t-elle commenté.

Son transfèrement est lié à "la gravité de tout ce qui lui est reproché" mais aussi au fait que "la demande de remise de la CPI précédait l'ouverture de poursuites en Côte d'Ivoire", ce qui mettait les autorités ivoiriennes "en difficulté", a justifié Bruno Koné, pour qui "chaque cas est étudié individuellement".

- Réconciliation -

Une telle différence de traitement entre les deux accusés est "purement et simplement incompréhensible pour notre raison juridique", a critiqué Claver Ndri, l'avocat de M. Blé Goudé, pour qui elle relève d'un "élan politique" plutôt que de la "sphère du droit".

Son client risque de se retrouver "otage" de la CPI des années durant, à l'instar de Laurent Gbagbo, s'est plaint M. Ndri, qui a dit n'avoir "aucune crainte" quant à l'issue positive du procès pour l'ancien ministre de la Jeunesse.

Charles Blé Goudé est poursuivi en Côte d'Ivoire pour "crimes de guerre", mais aussi "assassinats, vols en réunion, dégradation et destruction de biens d'autrui".

La décision d'Abidjan peut paraître surprenante, les autorités ivoiriennes ayant multiplié ces derniers mois les gestes en direction de l'opposition afin de favoriser la réconciliation dans le pays.

"Cela ne fait pas partie des actes de décrispation", qui montreraient que "le pays avance sur la voie de la normalisation", a regretté Pascal Affi N'Guessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI), le parti le Laurent Gbagbo.

"La réconciliation n'est pas d'un seul côté. Cette décision va probablement satisfaire les parents de milliers de victimes", lui a répondu M. Koné.

La Côte d'Ivoire a connu une décennie de crise politico-militaire, qui a culminé avec les violences postélectorales de 2010-2011, lorsque M. Gbagbo avait refusé de reconnaître sa défaite à la présidentielle de 2010 face à l'actuel dirigeant Alassane Ouattara. Plus de 3.000 personnes avaient alors péri.

Des photos de Charles Blé Goudé ont récemment défrayé la chronique. De nombreux quotidiens ivoiriens ont publié en une des clichés le montrant barbu, amaigri et incarcéré dans des conditions visiblement exécrables. Le pouvoir les a qualifié de "montage grossier".

D'autres photos, publiées ensuite par les autorités, l'ont présenté rasé et coiffé, et même souriant.

"Charles Blé Goudé a fait une mise en scène. On ne sait pas ce qu'il fera demain. Tout ceci contribue à envenimer la situation. Il paraissait de plus en plus difficile de le garder ici", a commenté Affoussiata Bamba.

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