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Kiev se rapproche de l'UE en signant un accord à Bruxelles

20/03/2014 11:00 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

L'Ukraine se rapproche vendredi de l'UE en signant le volet politique d'un accord d'association au sommet européen de Bruxelles, sur fond d'escalade des tensions entre Moscou et l'Occident sur la Crimée.

Les Européens marqueront ainsi un soutien fort à l'Ukraine, qui sera représentée à Bruxelles par le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

Cette signature intervient alors que le ton s'est encore durci jeudi avec la Russie, qui a répliqué du tac au tac à l'annonce d'un durcissement des sanctions américaines et européennes.

Les États-Unis ont frappé haut en visant de proches collaborateurs du président Vladimir Poutine, dont Sergueï Ivanov, son chef de cabinet. Ils ont ajouté vingt personnes à la liste des onze dont les avoirs sont déjà gelés.

Jeudi soir, les dirigeants de l'Union européenne, réunis à Bruxelles, ont emboité le pas en décidant l'ajout de 12 Russes et Ukrainiens pro-russes à leur liste, portant à 33 le nombre de personnes ciblées.

Le président Barack Obama a menacé Moscou d'aller plus loin et de viser des "secteurs clé" de son économie. "La Russie doit comprendre qu'une escalade supplémentaire ne fera que l'isoler davantage de la communauté internationale", a-t-il affirmé.

Quelques minutes après cette courte intervention à la Maison Blanche, la Russie publiait sa propre liste de sanctions visant trois conseillers de M. Obama et des parlementaires, dont le sénateur conservateur John McCain.

"Qu'il n'y ait aucun doute: à chaque acte hostile nous répondrons de manière adéquate", a prévenu le ministère russe des Affaires étrangères. Un porte-parole du Kremlin a qualifié d'"inacceptables" les sanctions contre la Russie.

La liste de l'UE, qui sera dévoilée vendredi, "est assez proche de celle des Etats-Unis", a précisé le président français François Hollande. "Elle concerne des personnalités ukrainiennes impliquées dans la vraie fausse consultation" sur le rattachement de la Crimée à la Russie, "ou russes".

"Certains sont vraiment haut placés", a souligné le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Il y en a qui "appartiennent au premier cercle" du président russe Vladimir Poutine, selon une source européenne.

De ce fait, l'UE s'attendait à faire elle aussi l'objet de mesures de rétorsion de la part de Moscou, selon un diplomate.

- "Précautionneux" -

Les Européens se sont par ailleurs entendus sur l'annulation du prochain sommet UE-Russie prévu en juin à Sotchi, ainsi que de réunions bilatérales entre leur pays et Moscou.

M. Van Rompuy a souligné qu'en l'absence de solution politique à la crise actuelle, la Russie s'exposerait à des "conséquences touchant de nombreux secteurs économiques". La Commission européenne a été chargée de préparer des "mesures ciblées".

Plusieurs pays de l'UE ont exprimé leurs fortes réticences sur les sanctions économiques, dans un contexte de forte progression des échanges avec la Russie ces dernières années et de dépendance énergétique.

"Nous devons être extrêmement précautionneux" car l'UE doit à la fois garder des armes en cas d'escalade ultérieure et "veiller aux intérêts" des Européens, a mis en garde le Premier ministre belge, Elio Di Rupo.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a eu jeudi avec son homologue russe Sergueï Lavrov un entretien téléphonique au sujet de la situation en Ukraine, a annoncé vendredi le ministère russe dans un très bref communiqué.

Préoccupée par les risques des sanctions, l'agence d'évaluation Standard & Poor's a abaissé jeudi à "négative" la perspective de la note de solvabilité de la Russie.

Dans la foulée, l'agence de notation financière Fitch a dégradé vendredi matin la perspective d'évolution de note de la dette souveraine de la Russie de stable à négative, expliquant craindre que l'incorporation de la Crimée à la Russie n'amènent les Occidentaux à élargir leurs sanctions.

La Bourse de Moscou chutait vendredi d'environ 3% dans la matinée.

Le gouvernement japonais a de son côté décidé de proposer une aide de quelque 710 millions d'euros sous diverses formes à l'Ukraine.

- Navire ukrainien attaqué en Crimée -

En Crimée, un groupe d'hommes armés s'est emparé de la corvette ukrainienne Ternopil, à l'ancre à Sébastopol. "Des grenades assourdissantes ont été utilisées lors de l'attaque et on a entendu des rafales d'armes automatiques", a annoncé un porte-parole ukrainien.

M. Iatseniouk a averti que l'Ukraine répondrait "militairement" à toute tentative russe d'"annexer" les régions de l'Est pro-russe du pays. Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgu a cependant assuré à son homologue américain Chuck Hagel que Moscou n'envahirait pas l'Est de l'Ukraine.

A Kiev, où est attendu vendredi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le Parlement a adopté jeudi une résolution affirmant que l'Ukraine "ne reconnaîtra jamais l'annexion" de la Crimée par la Russie et "ne cessera pas sa lutte pour sa libération, aussi longue et douloureuse qu'elle soit".

Kiev avait annoncé mercredi plusieurs mesures ponctuant la rupture avec Moscou, dont l'instauration de visas pour les Russes.

Parallèlement, Moscou a annoncé que son administration avait commencé à délivrer des passeports russes en Crimée.

Le Blitzkrieg institutionnel du rattachement de la péninsule est désormais presque terminé: la Douma a ratifié jeudi le traité signé mardi par M. Poutine avec les dirigeants pro-russes de Crimée. Les députés ont aussi adopté une loi constitutionnelle sur l'incorporation de la Crimée au territoire russe. Le Conseil de la Fédération (chambre haute) doit examiner ces deux textes vendredi.

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