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Avant les élections, l'ANC tente de minimiser le scandale de la propriété de Zuma

20/03/2014 06:48 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Le gaspillage d'argent public lors des travaux de sécurité de la résidence du président sud-africain Jacob Zuma avait transpiré dès 2009 mais la facture a gonflé, les travaux ont continué, et, jeudi, son parti s'employait à calmer l'opinion avant les élections du 7 mai.

"L'ANC n'entend pas ignorer le rapport (publié mercredi, ndlr) de la médiatrice de la République, ni le discréditer", a clamé devant la presse son secrétaire général Gwede Mantashe, regrettant cependant le "timing" de sa publication en pleine campagne pour les élections du 7 mai.

Emboîtant le pas aux journaux qui veulent voir "des têtes tomber", il a demandé que "ceux qui ont manqué à leurs devoirs subissent les conséquences, qu'ils soient fonctionnaires du gouvernement, ministres ou ex-ministres".

"Tous les responsables publics, fonctionnaires et entreprises privées impliqués dans une quelconque mauvaise gestion doivent aller en justice et tous les fonds acquis de façon inappropriée être récupérés", a insisté M. Mantashe.

"Quand je dit tous, je veux dire tous", a-t-il souligné, ajoutant que "l'ANC (pouvait) demander des comptes à M. Zuma" tout en invitant à "ne pas se laisser aveugler par l'émotion" et assurant que le président n'avait pas menti au Parlement lorsqu'il a dû se justifier sur ces travaux en 2012.

Il a aussi suggéré que l'architecte, Minenhle Makhanya, payé au pourcentage et qui a gagné 16,5 millions de rands (plus d'un million d'euros), puisse être arrêté. La facture totale du chantier a grimpé à 246 millions de rands (16,5 millions d'euros)n selon la médiatrice.

"Ce qui est important pour nous, est de savoir qui a abdiqué ses responsabilités face à cet architecte", a-t-il poursuivi.

Une tactique défensive soigneusement étudiée face à l'avalanche d'ajouts à sa résidence de Nkandla (est) sans rapport avec la sécurité présidentielle que M. Zuma est prié de rembourser: piscine, enclos à bétail, poulailler, amphithéâtre, centre d'accueil pour visiteurs.

"La mise en oeuvre du projet Nkandla donne l'impression d'une sécurité excessive et déraisonnable, +Rolls Royce+, constituant un îlot dans un océan de pauvreté où les infrastructures publiques sont rares", a jugé la médiatrice de la République Thuli Madonsela.

Au lieu de défier Mme Madonsela --ce qu'a quand même fait la ligue de jeunesse de l'ANC, demandant la tête de la médiatrice--, dont le travail avait été par avance entravé et critiqué, M. Zuma et son gouvernement ont choisi de faire profil bas, promettant de s'amender et de punir les mauvais élèves.

Une promesse facile à sept semaines d'un scrutin qui amènera de toute façon à changer l'équipe au pouvoir, quand bien même l'ANC a peu de chance de perdre, compte tenu de l'attachement viscéral de l'électorat noir au parti crédité d'avoir renversé l'apartheid.

- "Zuma doit payer" -

Le rapport sur le scandale de Nkandla "ne fera perdre les élections ni à lui (M. Zuma) ni à son parti", observait le quotidien Business Day. "Mais lui et ses collègues sont suffisamment inquiets des conséquences de Nkandla pour ressentir le besoin d'être perçus comme prenant des mesures là-dessus - des mesures épargnant le président".

La majorité de la presse sud-africaine était néanmoins déchaînée jeudi, tandis que l'opposition libérale Alliance Démocratique a porté plainte pour "corruption" au commissariat de Nkandla.

"Les quatre grands mensonges de Zuma!", titrait en Une le Sowetan. "Le droit au pillage", dénonçait la couverture de l'hebdomadaire Mail&Guardian. Même le tabloïd Daily Sun, d'habitude abonné aux faits divers sordides, titrait "Zuma doit payer".

L'éditorialiste du Sowetan se demandait avec pessimisme si c'était pour en arriver là que les fondateurs de l'ANC, à commencer par Nelson Mandela ou Jacob Zuma lui-même, emprisonné dix ans comme lui au bagne de Robben Island, s'étaient battus plus d'un siècle.

L'ancien archevêque du Cap Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix comme Nelson Mandela, a "loué" Thuli Madonsela "pour son courage dans son enquête et son rapport sans crainte ni faveur sur (...) Nkandla".

"La suggestion faite par le parti au pouvoir et ses alliés que le moment de la publication du rapport était un stratagème politique de la médiatrice afin d'influencer l'élection générale imminente est un non-sens scandaleux", a-t-il accusé dans un communiqué publié sur sa page Facebook"

"La vérité est que si la médiatrice avait délibérément caché des informations sur Nkandla, elle aurait été coupable d'un parti pris en faveur du parti au pouvoir", a ajouté Mgr Tutu.

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