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Pourquoi s'abstenir de voter?

19/03/2014 11:14 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

Un certain consensus veut que l'acte de voter fasse partie des « devoirs du citoyen » et qu'un taux de participation élevée soit le reflet d'une démocratie en santé. Mais un contre-discours se fait de plus en plus entendre. Le Parti nul prône l'annulation du vote. Les abstentionnistes, eux, vont plus loin, en proposant de ne pas aller voter.

Le professeur de science politique à l'UQAM Francis Dupuis-Déri, qui ne croit plus au système électoral, soutient qu'il est légitime de ne pas aller voter, même si beaucoup en font presque une religion.

« Aller voter, c'est considéré comme un geste presque sacré, quand on voit à quel point les gens sont choqués quand quelqu'un dit qu'il n'ira pas voter. On dirait que c'est comme un péché, comme ne pas aller à la messe dans l'ancien temps », dit-il en entrevue à Radio-Canada.

« Alors que l'abstention n'est pas vraiment un problème pour les États. À la fin du 19e et au début du 20e siècle, les femmes ne pouvaient pas voter et, en Angleterre, seulement 10 % des hommes adultes pouvaient voter. Et les États fonctionnaient, ils faisaient la guerre, levaient des impôts, avaient des ministères. Le vote ou l'abstentionnisme n'empêche pas l'État de fonctionner », poursuit-il.

Selon lui, les revendications historiques pour avoir le droit de voter visaient davantage la reconnaissance d'être citoyen ou citoyenne à part entière que le désir d'influencer le fonctionnement de l'État comme tel.

« On nous fait croire que la démocratie est fondée sur le droit de vote, mais en fait la démocratie comme on l'entend, la démocratie libérale, elle est fondée sur le fait qu'il y a des gens qui sont élus. Les gouvernements d'aujourd'hui, ils n'ont jamais la majorité absolue des voix et ça n'a aucun impact sur leur capacité de gouverner », ajoute Francis Dupuis-Déri.

Vote blanc ou abstention?

Deux choix se présentent à ceux et celles qui veulent exprimer leur insatisfaction par rapport à l' « offre politique » ou encore leur désaccord avec le système électoral actuel.

« Le bulletin blanc ou annuler son vote, c'est faire une croix, faire un dessin, cocher toutes les cases, dans notre système électoral. Il n'est pas vraiment comptabilisé. L'abstention, c'est simplement ne pas aller "à la messe", "à l'église", et donc ne pas participer. Dans notre système politique, ça, c'est comptabilisé. »

Abstention n'équivaut pas à apathie

Y a-t-il une forme de défaitisme dans le fait de s'abstenir de voter? « Il ne faut pas confondre abstentionnisme et apathie politique. Ça ne veut pas dire que je ne fais pas des choses politiquement. Je peux aller dans des manifestations, je peux faire des pétitions, écrire des lettres, être dans un groupe de quartier. On peut être très engagé politiquement et ne pas aller voter et je pense presque que ça va ensemble », affirme Francis Dupuis-Déri.

Le professeur de science politique ajoute que beaucoup d'électeurs vont voter « mais de manière tout à fait mécanique, sans réfléchir et sans rien faire d'autre pendant quatre ans en termes de citoyen ou d'engagement politique. »

D'après un reportage d'Hugo Lavoie

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