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Plagiat à l'université au Québec : pas assez d'appui des directions

19/03/2014 06:15 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT
Bloomberg via Getty Images
Marybeth Dellibovi, counterfeit specialist with the U.S. Secret Service, demonstrates comparing a genuine bank note to a counterfeit bank note in the counterfeit specimen vault room at the Secret Service headquarters in Washington, D.C., U.S., on Wednesday, March 12, 2014. The Federal Reserve began supplying banks in October with a redesigned $100 note with features aimed at thwarting counterfeiters, including a blue, three-dimensional security ribbon with images of bells and 100s. Photographer: Andrew Harrer/Bloomberg via Getty Images

Des chargés de cours et des professeurs d'université se plaignent qu'ils n'ont ni le temps ni les ressources pour poursuivre les cas de tricherie, surtout ceux qui sont moins flagrants. Certains disent même subir des pressions pour qu'ils ferment les yeux.

Un texte de Denis-Martin Chabot Twitter Courriel

Comme Radio-Canada le rapportait récemment, moins de 1 % des étudiants universitaires au pays se font prendre à tricher, et les méthodes pour le faire sont de plus en plus sophistiquées.

Pourtant, toutes les universités l'affirment : c'est tolérance zéro pour le plagiat.

À la suite de la diffusion de nos reportages, nous avons reçu plusieurs courriels de la part de chargés de cours.

Nous demandant l'anonymat, ceux-ci se plaignent de lourdeurs administratives et du peu d'appui de la direction pour discipliner les tricheurs.

Certains disent même avoir subi des pressions pour balayer des cas de plagiat sous le tapis.

Personne, pas même les syndicats de chargés de cours ou la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU), n'a pu confirmer cette situation.

Des professeurs, qui ont pourtant une sécurité d'emploi, se plaignent de la situation.

Le président de la FQPPU, Max Roy, explique que la population étudiante a augmenté de 25 % depuis 20 ans, alors que le corps professoral n'a pas suivi au même rythme.

« Ces procédures [disciplinaires] sont assez longues. Et effectivement, elles peuvent décourager des gens. Mais elles sont nécessaires pour éviter les erreurs d'appréciation de la part des enseignants et de la part des étudiants », ajoute-t-il.

Chargé de cours depuis six ans dans un établissement dont il préfère taire le nom, Danny Lepage dit avoir relevé une dizaine de cas de plagiat qu'il a montés en comité de discipline.

« On est peut-être vu comme quelqu'un qui va à la chasse aux sorcières, qui analyse trop ce que l'étudiant écrit, qui prend la peine de noter. Je me suis déjà fait mentionner une ou deux fois : "il semble que ça fait déjà plusieurs cas que tu divulgues." »

Coordinnateur à l'assurance de la qualité des programmes à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQÀC), Martin Larose a présidé le sous-comité sur la pédagogie et les technologies de l'information et de la communication de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), regroupant 15 universités québécoises jusqu'à sa dissolution récente. Depuis l'automne, les membres du comité ont créé la Communauté de pratique interuniversitaire sur l'intégrité académique.

« Si on recule, il y a 20 ou 25 ans, les enseignants avaient ce qu'on appelait leur jardin pédagogique. C'était facile pour eux de savoir quel bouquin sortait dans leur champ de compétence, quel article scientifique. Donc, ils étaient capables de savoir à quel endroit les étudiants plagiaient ou allaient prendre du texte sans le citer. Aujourd'hui, vous comprendrez que c'est impossible. Une collègue me dit que c'est un peu pourchasser des Lamborghinis qui font de la vitesse avec des chevaux. »

M. Larose dit qu'un processus beaucoup plus convivial pour les professeurs et chargés de cours a été mis en place à l'UQÀC. Et on compte beaucoup sur les logiciels de détection de similitudes pour déceler les plagiaires.

Michel Séguin, professeur à l'École des sciences de la gestion à l'Université du Québec à Montréal (UQÀM), a déjà fait partie d'un comité de discipline qui doit juger des cas de plagiat. Lui aussi dit que son établissement s'est doté d'une procédure simplifiée. Mais il croit qu'il faut aller encore plus loin.

« Si on avait davantage cette culture-là, [si] on valorisait davantage les connaissances acquises [plutôt que] les résultats, l'étudiant n'aurait plus avantage à plagier », précise-t-il.

À la lumière des témoignages que nous avons recueillis depuis le début de cette série de reportages, le plagiat semble plus répandu qu'on peut le croire, même s'il est impossible de confirmer si des chargés de cours ou des professeurs font l'objet de pressions pour passer des cas sous le tapis.

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