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Nicolas Sarkozy avait une taupe à la Cour de cassation

19/03/2014 04:54 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

La publication sur Internet d'extraits de conversations téléphoniques de Nicolas Sarkozy avec son avocat révèle l'existence d'un informateur à la Cour de cassation qui renseignait les deux hommes alors que les juges devaient rendre verdict dans une affaire impliquant l'ex-président français.

Selon le site d'information indépendant Mediapart, les extraits de conversations qui proviennent de la seconde ligne téléphonique de l'ancien président ouverte sous la fausse identité de « Paul Bismuth », entre le 28 janvier et le 11 février, traitent de la décision de la Cour de cassation sur la légalité de la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Liliane Bettencourt.

Sur les sept extraits sonores reproduits par Médiapart, l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, qualifie notamment de « bâtards » les juges qui avaient mis l'ex-président en examen dans le cadre de cette affaire.

Selon le résumé des conversations, Me Thierry Herzog se félicite avec Nicolas Sarkozy du dévouement de leur informateur, qui a bien « bossé ». L'avocat se montre aussi optimiste sur une annulation prochaine par la Cour de cassation de la saisie des agendas, « sauf si le droit finit par l'emporter », ironise l'avocat.

Nicolas Sarkozy a bénéficié plus tard d'un non-lieu devant ce même tribunal qui est la plus haute instance judiciaire en France.

Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir abusé de la faiblesse de la milliardaire Liliane Bettencourt, 91 ans, première actionnaire du groupe L'Oréal, pour l'inciter à financer illégalement sa campagne présidentielle de 2007. Les agendas personnels de l'ex-président Sarkozy avaient alors été saisis par les enquêteurs.

Renseigné de l'intérieur

Or, le 7 mars dernier, le quotidien Le Monde révélait que les enquêteurs qui avaient mis sous écoute les téléphones de Nicolas Sarkozy ont découvert la présence d'un informateur à la Cour de cassation qui renseignait l'avocat de l'ex-président sur les travaux internes de la Cour de cassation.

Selon Le Monde, cet informateur n'était nul autre que le premier avocat général de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, qui renseignait le clan Sarkozy en échange d'un coup de main pour l'obtention d'un poste de conseiller d'État à Monaco.

Depuis, la Cour de cassation est revenue sur sa décision en refusant de statuer sur le recours de M. Sarkozy, la justice pouvant ainsi continuer à utiliser ces agendas détaillant ses rendez-vous.

Des agendas bien remplis

Les agendas de l'ex-président Sarkozy intéressent les enquêteurs français notamment dans la procédure sur l'arbitrage controversé dont a bénéficié en 2008 l'homme d'affaires Bernard Tapie dans son litige avec le Crédit lyonnais lors de la vente d'Adidas.

Les enquêteurs s'intéressent aussi à ces agendas en raison d'informations voulant que l'ex-dictateur libyen, Mouamar Kadhafi, ait financé illégalement la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

L'un des journalistes du quotidien Le Monde qui a mis au jour cette affaire a annoncé mercredi avoir porté plainte à la police après avoir reçu des « menaces très violentes » contre lui et sa famille.

Pour Nicolas Sarkozy et son avocat, la réalisation et la publication de ces enregistrements téléphoniques constituent une violation de la vie privée et de la confidentialité des échanges entre une personne et son avocat.  

Ni l'ex-président Sarkozy ni son avocat, Nicolas Sarkozy, n'ont commenté la publication de ces nouveaux enregistrements.

Des révélations qui font bondir les adversaires de la droite

Parmi les premiers membres du gouvernement à réagir à ces révélations, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a déclaré que si ces faits sont avérés, « ils sont d'une grande gravité ».

« Les propos qui sont tenus traduisent, au-delà de leur violence parfois à l'égard des juges, une conception des relations entre le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire qui est contraire à ce qu'est notre État de droit », a ajouté la ministre qui s'exprimait à la télévision française.

Pour Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, ces révélations sont « ahurissantes, hallucinantes et surtout attristantes ».

« On comprend mieux l'acharnement des amis de Nicolas Sarkozy et de l'UMP à créer des diversions, à allumer des contre-feux, à disposer des écrans de fumée depuis une dizaine de jours », a déclaré M. Désir.

La justice bafouée s'insurge la droite

Dans les rangs de la droite française, la députée Rachida Dati a violemment attaqué la ministre de la Justice Christiane Taubira qu'elle a accusée d'avoir violé le secret de l'instruction.

« Ces tribunaux politiques populaires médiatiques sont insupportables », a déclaré Rachida Dati, ex-ministre de la Justice sous le gouvernement Sarkozy.

Selon l'ancien ministre UMP Luc Chatel, les principes de la présomption d'innocence et du secret de l'instruction sont bafoués lorsqu'il s'agit de Nicolas Sarkozy.

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