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Des leaders de la secte Lev Tahor contrôlants et peu coopératifs

19/03/2014 07:26 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT
PC

De nouveaux documents de cour obtenus par Radio-Canada font état d'une tension grandissante entre des membres de la secte Lev Tahor et des services sociaux de Chatham-Kent. Ils évoquent aussi le contrôle qu'exerceraient certains leaders du groupe sur toute la communauté.

Avant même que deux familles fuient leur domicile vers Trinité-et-Tobago, le Guatemala, ou encore l'Alberta, la collaboration entre plusieurs membres du groupe juif ultra-orthodoxe et les services de protection à l'enfance de Chatham-Kent était très limitée, selon des témoignages de travailleurs sociaux présentés en cour début mars et qui étaient sous scellé jusqu'à mercredi.

Ted Heath, un employé des services sociaux, raconte qu'une famille en particulier, qui est ensuite partie aux Antilles, refusait de répondre à ses questions, notamment sur la santé des enfants.

« À un certain point, le ton de nos conversations était tellement agressif que lorsque nous avons demandé aux filles d'enlever leurs chaussettes pour voir si elles avaient des champignons sur les pieds, les parents ont dit : ''non'' », explique-t-il.

Après la fuite des deux familles, les leaders du groupe se seraient, eux aussi, montrés distants.

Ils n'auraient pas répondu aux appels ni aux courriels des membres des services sociaux qui cherchaient à savoir où étaient partis les 14 enfants.

Contrôle des leaders

Les témoignages des travailleurs sociaux décrivent également le contrôle très fort qu'exercent les leaders du groupe sur le reste de la secte.

Selon Ted Heath, ils décident comment les membres du groupe s'habillent, ce qu'ils mangent, et ils s'occupent de leurs loyers. Ce seraient eux également qui géreraient les emplois dans la communauté, confiant à certains la tâche d'enseigner aux enfants et à d'autres de s'assurer que les maisons sont bien kascher (conforme aux prescriptions judaïques).

« Les membres de la secte n'ont pas la liberté de prendre leurs propres décisions », ajoute Ted Heath.

Inquiétudes sur l'éducation des jeunes filles

Tout comme la Direction de la protection de la jeunesse au Québec, les services de protection à l'enfance de Chatham-Kent ont des inquiétudes quant à l'éducation des enfants, surtout celle des jeunes filles du groupe.

« Nous sommes dans la communauté depuis le mois de novembre, affirme Ted Heath, et il n'y a pas eu un programme organisé d'éducation des filles depuis ce temps-là. » Selon lui, on ne leur apprend qu'à coudre et à faire la cuisine.

Une autre travailleuse sociale, Robin Rose, a expliqué en cour qu'un membre du groupe lui avait admis l'existence d'un mariage impliquant une mineure.

En novembre dernier, un juge québécois avait ordonné le retour au Québec de 14 enfants de la secte juive Lev Tahor, entres autres parce qu'il craignait que certaines des filles soient mariées à des hommes d'âge mûr. Le tribunal de la jeunesse estimait qu'il était urgent de les placer sous la protection de la DPJ pour des raisons de sécurité, pour leur santé mentale, mais aussi pour des questions d'hygiène.

La secte a toujours nié toute allégation de mauvais traitement.

En février, un tribunal ontarien avait donné le feu vert pour que 13 des 14 enfants soient placés dans des familles d'accueil au Québec, donnant 30 jours aux familles pour interjeter appel.

Après le départ des 14 enfants de Chatham, une juge ontarienne avait émis une injonction pour que tous ces enfants soient placés sous la protection des services sociaux, dès leur retour en sol canadien.

D'après les informations de Laurence Martin