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Le plan du gouvernement albertain pour la rivière Athabasca jugé «lamentable»

19/03/2014 03:39 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

EDMONTON - Le plan de l'Alberta pour protéger la rivière Athabasca de la pression croissante exercée par l'industrie des sables bitumineux montre à quel point le gouvernement sait peu de choses sur l'environnement qu'il prétend protéger, affirment des scientifiques et des opposants.

David Schindler, écologiste à la retraite de l'Université de l'Alberta et expert des systèmes d'eau douce, estime que le plan du gouvernement provincial est «lamentable». S'il devait être présenté à un comité international de scientifiques, ceux-ci seraient incrédules, a-t-il dit.

Des responsables du gouvernement affirment que le plan préliminaire, obtenu par La Presse Canadienne, est le mieux qu'ils pouvaient faire avec les données scientifiques disponibles.

En décembre, le gouvernement provincial a distribué à l'industrie, aux groupes d'intérêt et aux Premières Nations son cadre préliminaire de gestion des eaux de ruissellement de la rivière Athabasca. Ses mesures devraient être mises en application à l'automne.

Le rapport souligne que la demande industrielle d'eau provenant de l'Athabasca devrait augmenter de près de 500 pour cent d'ici 2020, et propose des façons de déterminer quelles quantités d'eau pourraient être pompées de la rivière à différentes périodes de l'année.

Le débit de l'Athabasca fluctue considérablement — il passe de 88 mètres cubes par seconde en janvier à plus de 3500 en juillet.

En s'appuyant sur les données des 50 dernières années, le rapport établit différentes limites de pompage de l'eau pour cinq «saisons». À tout moment de l'année, l'eau puisée ne représenterait qu'une petite proportion du débit de la rivière, et cesserait presque complètement quand l'Athabasca atteint son plus faible débit.

Les entreprises seraient encouragées à entreposer de l'eau pour l'utiliser durant les périodes de faible débit.

Le problème, estiment les opposants, c'est qu'il n'y a aucune recherche permettant de justifier ces retraits d'eau. L'habitat des poissons, les populations de bourdons, la qualité de l'eau, les eaux souterraines, les conséquences sur les affluents: aucun de ces facteurs n'a été pris en compte.

«Cela ne s'appuie sur rien», a estimé Bill Donahue, spécialiste de l'eau et membre d'un comité qui conseille la province sur la surveillance environnementale. «Cela n'implique aucune évaluation de la capacité de la rivière à tolérer des réductions de son débit.»

Même une baisse de quelques centimètres du niveau de l'eau peut être critique pour l'environnement, souligne M. Schindler.

«La principale crainte au sujet des faibles débits, c'est qu'ils élèveront les oeufs et les embryons, et les feront sécher. C'est comme si personne ne voulait aller sur le terrain et faire de la vraie biologie pour déterminer de quel débit (les plantes et animaux) ont besoin», déplore l'écologiste.

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