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La première ministre de l'Alberta, Alison Redford, annonce sa démission

19/03/2014 08:12 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

EDMONTON - Alison Redford ne sera plus la première ministre de l'Alberta à compter de dimanche.

Elle a annoncé sa démission, mercredi.

Mme Redford était aux prises avec de la contestation au sein du caucus du Parti progressiste-conservateur en raison de son style de leadership et de dépenses douteuses.

«Tout simplement, je ne suis pas prête à laisser des querelles internes au sein du parti et du caucus faire obstacle, a-t-elle déclaré à des partisans réunis dans la rotonde de l'Assemblée législative. J'ai donné mon coeur et mon âme à cette province chaque minute, pendant deux ans et demi.»

Les réactions au départ de Mme Redford ne se sont pas fait attendre.

Le premier ministre Stephen Harper a fait une déclaration laconique, remerciant la première ministre Redford «pour ses années de service et son engagement envers la population de l'Alberta et du Canada.». Il lui a souhaité la meilleure des chances pour la suite de sa carrière.

La chef du Parti wildrose, Danielle Smith, n'a pas fait dans la dentelle. En conférence de presse, elle a affirmé que la décision de Mme Redford était sans doute attribuable à une série de sondages démontrant la dégringolade de sa cote de popularité, aux discussions internes de son caucus et à la perception de l'électorat quant à sa façon de diriger son parti.

«Un chef doit pouvoir contrôler. Elle doit pouvoir étouffer ce genre de critiques internes sinon il doit partir, a-t-elle dit. Il est sûr que Mme Redford a pris cette décision parce qu'elle savait qu'elle ne serait pas capable de faire taire les critiques internes.»

«Soyons francs, je ne peux pas croire qu'il existe quelqu'un pour régler tous les problèmes du parti conservateur ou de ce gouvernement conservateur. Les problèmes sont trop profonds. Leur arrogance est trop grande, Le niveau de difficulté pour gérer chaque ministère est trop élevé.»

Le ministre de la Justice de la province, Jonathan Denis, a fait remarquer que depuis qu'il a joint les rangs des conservateurs albertains, il y a 14 ans, il participera à sa troisième course à la direction. «Le gouvernement continuera d'aller de l'avant dès que la poussière sera retombée.»

La désinvolture de M. Denis n'est pas partagée par Steve Young, un des deux simples députés qui songeaient à joindre le groupe des dissidents. M. Young ne pense pas que le départ de Mme Redford règlera tous les problèmes du parti.

«On doit tenir compte de la direction qu'on veut prendre, on doit aussi tenir compte du caucus et des Albertains. Nous avons certes progressé au chapitre de nos orientations politiques mais les autres morceaux du puzzle ne s'assembleront peut-être pas.»

Mme Redford était incapable de faire oublier les révélations faisant état de dépenses somptueuses de sa part et de la part de son gouvernement.

Le tout a commencé lorsqu'il a été rapporté qu'elle avait dépensé 45 000$ pour des billets d'avion de première classe et un avion gouvernemental pour assister aux funérailles de Nelson Mandela en Afrique du Sud.

D'autres révélations ont eu l'effet de coups de massue: Mme Redford faisant usage d'avions gouvernementaux pour des vacances; pour permettre à sa fille et à des amis de sa fille de se déplacer; pour se rendre aux funérailles d'un membre de sa famille à Vancouver.

D'autres informations faisaient était de salaires dans les six chiffres pour les membres du cercle fermé de Mme Redford, incluant 316 000$ pour son chef de personnel, Farouk Adatia. En comparaison, le chef de personnel du président américain Barack Obama touche un salaire de 172 000$.

Il y a eu des demandes pour que Mme Redford rembourse l'argent du voyage en Afrique du Sud. Elle a finalement cédé après que les tensions à l'intérieur de son caucus ont atteint la sphère publique.

La semaine dernière, la situation s'est détériorée davantage lorsqu'il a été question de la personnalité de Mme Redford.

Len Webber, un député d'arrière-ban de Calgary a quitté le caucus progressiste-conservateur, disant ne plus pouvoir endurer les colères de Mme Redford et le traitement qu'elle réservait, selon lui, à ses subalternes.

Elle n'était pas une «dame agréable», avait-il résumé.

En fin de semaine, Redford a été confrontée par les dirigeants du Parti progressiste-conservateur lors d'une rencontre derrières des portes closes. Ils en sont ressortis en annonçant que Mme Redford devrait suivre un «plan d'action» non précisé.

La révolte s'est poursuivie.

Dimanche, dix membres du gouvernement se sont rencontrés et ont débattu de la possibilité de quitter le caucus et de siéger à titre d'indépendants.

Lundi, Donna Kennedy-Glans, la ministre associée de l'Électricité, a présenté sa démission, disant que les promesses de réforme de Mme Redford tombaient dans l'oubliette.

Plus tôt mercredi, des rumeurs ont circulé à l'effet que des présidents d'associations de circonscriptions de Calgary allaient se rencontrer en soirée et demander sa démission.

Même Mme Redford a admis que ces révélations nuisaient aux opérations quotidiennes du gouvernement.

Alison Redford a été nommée chef du parti à l'automne de 2011 et est devenue première ministre grâce à une plateforme électorale axée sur le progressisme.

Elle a promis d'éliminer la pauvreté, d'accroître les dépenses sociales et d'investir en éducation.

Une coalition de syndicats et d'organisations progressistes ont aidé son parti à remporter les élections provinciales de 2012 face au Parti Wildrose, plus à droite que le Parti progressiste-conservateurs.

Mais une fois au pouvoir, Mme Redford a déplacé les orientations du parti vers la droite.

Lorsque le syndicat des employés provinciaux de l'Alberta a refusé un gel des salaires, elle a fait passer une loi pour l'imposer.

Malgré cette mesure, elle a semé la colère parmi les conservateurs fiscaux, poussant l'Alberta vers une dette à long terme qui pourrait s'élever à 21 milliards $ d'ici 2017 afin de payer pour de nouvelles écoles et de cliniques de santé.

Elle est la deuxième première ministre du parti à quitter ses fonctions après avoir détenu le poste pendant moins de cinq ans.

Ed Stelmach avait remis sa démission après seulement quatre ans, après avoir été confronté à une révolte de son caucus en lien avec son propre budget.

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