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Kiev réclame le chef de sa marine interpellé en Crimée, premier impact sur l'économie

19/03/2014 01:13 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT
FILIPPO MONTEFORTE via Getty Images
A Ukrainian officer leaves as Russian soldiers stand guard after they took control of the Ukrainian navy south headquarters base in Novoozerne on March 19, 2014. Russian forces seized control of a second Ukrainian navy base in western Crimea on March 19, hours after capturing the main navy headquarters in Sevastopol. Some 50 Ukrainian servicemen were seen filing out of the base at Novoozerne as Russian soldiers stood by, while pro-Moscow militants raised the Russian flag over the base. AFP PHOTO/ Filippo MONTEFORTE (Photo credit should read FILIPPO MONTEFORTE/AFP/Getty Images)

Kiev a donné mercredi trois heures aux autorités de la Crimée pour libérer le chef de sa marine, capturé plus tôt par les forces pro-russes lors de l'occupation du QG des forces navales à Sébastopol.

"Olexandre Tourtchinov a donné au pouvoir autoproclamé de la Crimée trois heures pour libérer tous les otages", dont le commandant de la marine Serguiï Gaïdouk, en menaçant de prendre des "mesures adéquates" de représailles, selon un communiqué.

Il s'agit d'otages "militaires et civils", indique-t-il, sans préciser leur nombre ou leur identité. Les bases militaires ukrainiennes en Crimée sont encerclées depuis plusieurs semaines par les forces russes et pro-russes.

La journée a été marquée par l'occupation sans violence du QG naval et d'une autre base ukrainienne par les forces russes, tandis que les premières conséquences économiques du rattachement à la Russie touchaient la péninsule, et que Moscou promettait un pont pour 3 milliards dollars.

Depuis la veille, la péninsule ukrainienne est considérée par Moscou comme faisant partie de la Russie, après la signature par le président Vladimir Poutine d'un traité historique avec les autorités séparatistes.

- G7: Exclure la Russie ? -

Mercredi matin, les autorités de Kiev, qui ne reconnaissent pas ce qu'elles qualifient d'annexion, ont tenté d'envoyer en Crimée deux ministres, dont celui de la Défense qui se sont heurtés à une fin de non-recevoir des nouvelles autorités de la Crimée.

Le G7, dont les dirigeants sont convoqués lundi à la Haye, devraient discuter "de l'exclusion permanente de la Russie" des rangs du G8, a déclaré mercredi le Premier ministre britannique David Cameron.

Sur le terrain, les partisans de Moscou, secondés par les soldats russes, sont passés à l'offensive.

Ils ont indiqué s'être "emparé" mercredi du chef de la marine ukrainienne Serguiï Gaïdouk après avoir saisi le QG des forces navales à Sébastopol.

Une agence locale, Kryminform, reprise par plusieurs médias russes, a affirmé qu'il avait été conduit au siège du parquet "pour interrogatoire" sur l'ordre transmis de Kiev autorisant les soldats ukrainiens à utiliser leurs armes.

- Femmes et enfants devant -

Des reporters de l'AFP ont vu les soldats ukrainiens quitter le bâtiment. Un des hommes avait des larmes aux yeux, tandis que le drapeau russe a remplacé le drapeau ukrainien qui flottait habituellement sur le quartier général.

Quelques heures plus tard on apprenait que les forces pro-russes avaient enfoncé avec un tracteur la porte de la base Sud de la marine ukrainienne à Novoozerne, dans l'ouest de la péninsule, pour en prendre le contrôle.

Le commandant adjoint de la base a déclaré à l'AFP par téléphone que les hommes des milices pro-russes sont entrés les premiers, précédés par un groupe de femmes et d'enfants. Les soldats russes sont arrivés derrière eux.

Les soldats ukrainiens, bien qu'armés, n'ont pas opposé de résistance, a-t-il ajouté. Certains d'entre eux, en collaboration avec des soldats russes, gardent maintenant le dépôt d'armes de l'unité, a encore indiqué l'officier.

Le passage de la Crimée sous le contrôle de la Russie, déjà illustré par l'arrivée du rouble et la "nationalisation" des entreprises publiques ukrainiennes, commence aussi à avoir un impact sur l'économie.

La première banque ukrainienne, PrivatBank, a annoncé mercredi avoir cessé toute opération en Crimée "en raison de l'incertitude sur le statut juridique du système bancaire de la péninsule".

Toutes les agences étaient déjà fermées mercredi et des foules de déposants inquiets se rassemblaient devant d'autres établissements de la région, qui a adopté mardi le rouble comme monnaie officielle, tout en laissant en circulation la hryvnia ukrainienne.

Le géant anglo-néerlandais des hydrocarbures Shell a annoncé mercredi avoir mis fin aux négociations avec les autorités ukrainiennes et l'américain ExxonMobil visant à produire du gaz naturel sur un gisement dans le nord-ouest de la mer Noire, tout en précisant avoir pris cette décision en janvier, autrement dit avant le rattachement de la Crimée à la Russie.

Les nouvelles autorités avaient annoncé dès lundi la "nationalisation" du groupe gazier ukrainien Tchornomornaftogaz qui pourrait être repris par le groupe russe Gazprom.

Mais une information potentiellement excellente pour l'économie de la région est venue de Moscou : la Russie va construire un pont entre son territoire et la péninsule de Crimée, a confirmé le président Vladimir Poutine, le gouvernement chiffrant le projet à 3 milliards de dollars.

Si le Blitzkrieg institutionnel russe est pratiquement terminé avec l'approbation du rattachement par la Cour constitutionnelle et celle par les deux chambres du Parlement russe ne faisant aucun doute, de nombreux problèmes pratiques restent à régler.

Le plus urgent est celui des bases militaires ukrainiennes.

Le gouvernement de Kiev a donné l'ordre à ses militaires de rester en Crimée.

La veille, une opération similaire contre une base ukrainienne avait fait deux morts - un militaire et un membre de "l'autodéfense" pro-russe -, et deux soldats blessés à Simféropol, selon la police locale.

Cet événement a poussé Kiev à autoriser officiellement ses soldats encore dans la péninsule à prendre les armes pour se défendre.

Après la signature solennelle du traité sur le rattachement de la Crimée à la Russie, la situation est de nouveau extrêmement tendue entre Moscou et l'Occident, à la veille d'un nouveau sommet européen jeudi et vendredi à Bruxelles.

- Cartes modifiées sur le net -

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a estimé que le conflit en Crimée passait "de la phase politique à une phase militaire".

Côté américain, le président Barack Obama a invité les dirigeants du G7 et de l'Union européenne à se réunir la semaine prochaine à La Haye pour débattre de la situation en Ukraine et le secrétaire d'Etat John Kerry a prévenu qu'une éventuelle incursion de la Russie dans l'est de l'Ukraine représenterait un acte "scandaleux".

Dans le monde virtuel - du moins dans sa partie russophone, la Crimée est déjà russe. Les puissants groupes internet russes Yandex et Mail.ru et plusieurs éditeurs ont annoncé la modification de leurs cartes en ce sens.

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