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Arbitrage controversé: la patronne du FMI dit avoir agi dans le respect de la loi

19/03/2014 05:25 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

La directrice du FMI Christine Lagarde a affirmé avoir agi "conformément à la loi" dans l'affaire de l'arbitrage controversé en faveur de l'homme d'affaires Bernard Tapie qui lui a valu d'être entendue mercredi devant la Cour de justice de la République (CJR) à Paris.

L'ex-ministre française de l'Economie a été longuement confrontée à son ancien directeur de cabinet au ministère de l'Economie, Stéphane Richard, aujourd'hui patron de l'opérateur de télécoms Orange, qui entendait, selon son entourage, la placer "face à ses contradictions" dans cette affaire.

Aux yeux de l'entourage de M. Richard, ce face-à-face a accouché d'une conclusion simple: "Elle gouvernait, il exécutait". Il a démontré "que j'ai toujours agi dans l'intérêt de l'Etat et conformément à la loi", a de son côté déclaré Christine Lagarde.

Il s'agissait de la troisième visite de Mme Lagarde à la CJR, habilitée à enquêter et à juger les faits commis par des ministres dans l'exercice de leur fonction.

En mai, la Cour l'avait placée sous le statut de témoin assisté, lui épargnant une mise en examen (inculpation) qui l'aurait sans doute forcée à quitter le FMI. Par la voix de son porte-parole Gerry Rice, l'institution internationale a répété mercredi soir "sa confiance dans la capacité de la Directrice générale de s'acquitter efficacement de ses fonctions".

Mis en examen pour escroquerie en bande organisée dans le volet non ministériel du dossier, Stéphane Richard n'a pas caché son agacement quant à la différence de traitement avec sa ministre. Les juges le soupçonnent notamment d'avoir dissimulé "des éléments essentiels du dossier" à sa ministre.

Christine Lagarde a pu le laisser entendre mais Stéphane Richard le réfute, se présentant comme un exécutant quand sa ministre aurait "pris toutes les décisions nécessaires" sans "qu'il y ait eu défaut d'information" de sa part.

- La griffe de la ministre -

Christine Lagarde a toujours assumé sa décision de préférer à la justice de droit commun la solution d'un arbitrage, c'est-à-dire une justice privée, pour mettre fin au conflit entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas.

"Je ne peux pas croire un seul instant qu'il y ait eu une volonté de quiconque d'orchestrer un arbitrage de complaisance", a dit durant l'enquête celle qui a toujours affirmé n'avoir jamais abordé le sujet avec l'ancien président Nicolas Sarkozy ou l'un de ses collaborateurs.

Mais Christine Lagarde a aussi dit durant l'enquête ne pas avoir souvenir que Stéphane Richard l'ait informée d'une réunion cruciale le 30 juillet 2007 à l'Élysée, juste avant la décision d'aller à l'arbitrage, et en présence de Bernard Tapie.

Christine Lagarde et Stéphane Richard ont parfois semblé se contredire sur une lettre du 23 octobre 2007, cruciale dans la décision de recourir à l'arbitrage. Ce courrier, l'une des seules instructions écrites de Christine Lagarde, semble avoir été signé par la "griffe", signature pré-imprimée utilisée en l'absence de la ministre.

Stéphane Richard explique ne pas se souvenir s'il a signé cette lettre avec la "griffe". Christine Lagarde, elle, ne se rappelle pas que son ex-collaborateur l'ait informée de son contenu.

Mais en 2008, devant les parlementaires, elle avait confirmé "avoir donné des instructions" pour soutenir l'arbitrage et avait assumé "la responsabilité des instructions écrites", évoquant explicitement ce courrier.

Si elle a parfois semblé insister sur le poids d'un directeur de cabinet qu'elle n'avait pas choisi, Christine Lagarde a aussi revendiqué lui avoir laissé une "autonomie" dont l'exercice n'a, à ses yeux, pas "été excessif dans le dossier Adidas".

Le tribunal arbitral, composé de trois arbitres, avait octroyé en 2007 quelque 400 millions d'euros à Bernard Tapie. Les juges soupçonnent que cette sentence est le fruit d'un "simulacre" avec l'aval du pouvoir.

Outre Stéphane Richard et Bernard Tapie, ont été mis en examen l'avocat de l'homme d'affaires, Me Maurice Lantourne, un des juges arbitres, Pierre Estoup, et l'ex-patron du CDR, la structure chargée de gérer l'héritage du Crédit lyonnais, Jean-François Rocchi.

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