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Ukraine: les craintes de partition retombent dans l'Est

18/03/2014 07:56 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

Le rattachement de la Crimée à la Russie, apparemment inéluctable, a réveillé les craintes de partition en Ukraine, mais les partisans de l'unité dans l'Est russophone du pays pensent qu'un référendum "à la criméenne" serait condamné à l'échec chez eux.

A Donetsk, la grande ville de l'Est, le vote en Crimée a été précédé la semaine dernière par des violences entre pro-russes et leurs opposants, mais la tension est un peu retombée depuis.

"Vraiment, je ne pense pas que la Russie puisse envahir Donetsk. La région restera en Ukraine", dit Serguiï Garmach, volontaire travaillant pour le site internet pro-européen ostro.org.

Des milliers de manifestants pro-russes sont descendus dans les rues des villes de l'Est dimanche, mais le référendum qu'ils réclamaient n'était pas le même que celui dans la péninsule, souligne M. Garmach.

"Il ne serait pas question de rejoindre la Russie, mais plutôt d'un régime plus fédéral, plus vraisemblablement d'une autonomie élargie", déclare-t-il à l'AFP.

"Les opinions des gens ont évolué. Il y a une semaine, ils étaient plus nombreux à soutenir des idées pro-russes, mais leur nombre diminue jour après jour".

"On voit que les forces pro-russes créent le chaos, attaquent les bâtiments publics, font couler le sang, alors que les gens veulent la paix et la stabilité, pas la guerre", affirme-t-il.

- "Non" au rattachement -

Olexiï Matsouka, rédacteur en chef du site d'information Novosti Donbassa, partage son avis.

"Si la question est +Etes vous pour des relations d'amitié avec la Russie ?+, la plupart des gens répondront +oui+", dit-il à l'AFP.

"Mais si vous demandez +Voulez-vous que le Donbass (la région de Donetsk) devienne un territoire de la Fédération de Russie+, la grande majorité des gens diront +non+".

"Ils préféreront faire partie de l'Etat souverain d'Ukraine et ne soutiendront pas la partition de notre pays", poursuit le journaliste.

Les incidents de la semaine dernière ont fait un mort à Donetsk et deux autres à Kharkiv, premier retour de violences aussi sanglantes depuis les affrontements à Kiev, où une centaine de personnes avaient été tuées, avant la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

Mais pour Natalia Todorova, une universitaire qui milite pour l'unité de l'Ukraine, les instigateurs des violences ne sont qu'une minorité bruyante.

"La plupart des gens ne sortent pas dans la rue pour crier leurs opinions. Personne ne veut la guerre", dit Mme Todorova qui enseigne l'économie des affaires à l'Université technique de Donetsk.

Elle cite un sondage local, selon lequel un tiers seulement des habitants du Donbass sont favorables à l'union avec la Russie.

"Depuis l'indépendance, une génération entière a grandi en liberté, ils ne veulent pas y renoncer", explique-t-elle.

- "Extrémistes russes" -

Mais M. Matsouka évoque aussi un besoin grandissant de stabilité parmi les travailleurs de cette ville industrielle.

Les partisans de l'Ukraine unie restent chez eux "parce qu'il y a un important risque de provocations et de nouvelles réactions violentes des pro-russes", pense-t-il.

Après les incidents mortels de la semaine dernière, le danger de violences a diminué, car les gardes-frontières ont stoppé l'afflux d'"extrémistes russes" en Ukraine, affirme M. Matsouka.

Mais la sécurité n'a pas été complètement rétablie dans la ville, ses habitants s'interrogeant sur l'inaction de l'administration régionale à la tête de laquelle Kiev a nommé un oligarque local, Serguiï Tarouta.

"Nous ne savons pas quels intérêts ils servent", reconnaît Garmach.

"Le drapeau russe flotte sur la grande place de Donetsk depuis une semaine et personne ne fait rien. Cela prouve quelque chose", observe-t-il.

Mme Todorova pense que cette passivité s'explique par le désir des élites de l'Est ukrainien de maintenir le statu quo.

"Ceux qui ont le pouvoir, y compris la police, tentent de saboter les réformes ou alors ils ont tout simplement peur de perdre leur emploi", pense-t-elle.

"Mais nous devons rester optimistes. C'est notre pays ici et nous n'avons pas d'autre endroit pour vivre".

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