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Espagne: nouvel assaut sur Melilla, le plus massif depuis 2005

18/03/2014 02:55 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

Un demi-millier d'immigrants subsahariens ont pénétré mardi dans l'enclave espagnole de Melilla, franchissant la frontière depuis le Maroc lors de l'assaut le plus massif depuis 2005 dans cette ville, débordée par une extrême pression migratoire.

Profitant d'un épais brouillard, plusieurs groupes, environ un millier de personnes au total, sont descendus pendant la nuit des pentes du mont Gurugu, du côté marocain, où les migrants venus d'Afrique subsaharienne ont établi leurs campements, pour certains après un voyage de plusieurs mois, en attendant de pénétrer sur le sol européen.

Peu avant 07H00 GMT, ils ont lancé l'assaut, qualifié de "violent" par les autorités espagnoles, contre la triple frontière grillagée, de sept mètres de haut et onze kilomètres de long, qui forme un demi-cercle autour de la ville méditerranéenne de Melilla, sur la côte nord du Maroc.

Des images diffusées par la préfecture de Melilla ont montré les migrants descendant en file indienne, sur un chemin de terre, du côté marocain, puis longeant la frontière jusqu'à trouver le lieu le plus propice pour traverser.

De l'autre côté, un flot humain, poussant des cris de joie, déferlait jusqu'au centre d'accueil du gouvernement espagnol, surpeuplé, où certains des blessés ont été soignés.

"Environ 500 immigrants subsahariens ont réussi à entrer" dans l'enclave, a indiqué le préfet, Abdelmalik El Barkani. Du jamais vu dans la ville depuis 2005, époque des arrivées massives de migrants sur le sol espagnol.

Le préfet a ajouté que les migrants, "en particulier du côté marocain, avaient lancé des pierres, des bâtons et d'autres objets contre les forces de l'ordre".

L'assaut a fait de nombreux blessés légers parmi les clandestins, beaucoup d'entre eux souffrant "de coupures et de contusions" selon la préfecture. Vingt-neuf personnes ont été soignées dans les services d'urgence du côté espagnol.

Les autorités marocaines ont fait état de leur côté de plus de 250 clandestins arrêtés et une trentaine de personnes blessées.

Aux avant-postes de la lutte contre l'immigration clandestine depuis le continent africain vers l'Europe, Melilla et l'autre enclave espagnole de Ceuta, dans le nord du Maroc, subissent depuis le début de l'année un fort regain de pression migratoire.

- 80.000 clandestins attendent d'entrer en Espagne -

Le 6 février, une tentative d'entrée à Ceuta avait tourné au drame lorsque 15 migrants étaient morts noyés.

Le gouvernement espagnol avait alors été vivement critiqué pour la riposte de ses forces de l'ordre, accusées par des témoins d'avoir fait usage de balles en caoutchouc contre les clandestins qui essayaient de rejoindre la côte à la nage.

Depuis, la Garde civile a reçu pour consigne de ne plus utiliser de balles en caoutchouc pour repousser les assauts dans les deux enclaves. Parallèlement, les tentatives d'entrée sur le sol espagnol se sont multipliées.

Alors que plus d'un millier de migrants ont franchi la frontière à Melilla depuis un mois, le centre d'accueil est aujourd'hui débordé: mardi, après le dernier assaut, ses installations hébergeaient 1.800 personnes pour 480 places.

Pour faire face à l'urgence, dix nouvelles tentes de l'armée, de grande capacité, devaient être installées.

Mais, selon les autorités espagnoles, de nombreux immigrants attendent actuellement, aux abords de Melilla, de pénétrer dans la ville. "Selon les informations dont nous disposons, d'autres s'approchent" de la frontière, a ajouté Abdelmalik El Barkani.

Le gouvernement espagnol estime à environ 80.000 le nombre de clandestins qui attendent de pouvoir pénétrer à Ceuta et Melilla.

"40.000 personnes attendent au Maroc de pouvoir passer, de façon illégale, en Espagne. Et 40.000 autres à la frontière entre la Mauritanie et le Maroc", avait expliqué le 4 mars le ministre espagnol de l'Intérieur, Jorge Fernandez Diaz.

Depuis les assauts des dernières semaines et la polémique qui a éclaté sur les événements de Ceuta, l'Espagne, rappelée à l'ordre par la Commission européenne pour l'action de ses forces de l'ordre, ne cesse d'en appeler à l'aide de ses partenaires européens pour lutter contre l'immigration clandestine.

Mardi, le ministère de l'Intérieur a annoncé l'envoi de renforts de police à Melilla. La frontière, un dispositif déjà ultra-sophistiqué, balisé de caméras ultra-sensibles, doit encore une fois être renforcée dans les semaines qui viennent, avec l'installation de nouveaux miradors et d'un grillage "anti-escalade", plus serré.

sg/ib/bir

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