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Quatre siècles après sa mort, Le Greco revient à Tolède près de Madrid

13/03/2014 02:50 EDT | Actualisé 17/05/2014 05:12 EDT
GERARD JULIEN via Getty Images
People look at the painting 'The Annunciation' (1576) by El Greco during the presentation of the exhibition 'El Greco. From Italy to Toledo' at the Thyssen-Bornemisza museum in Madrid on January 10, 2014. The museum is holding the exhibition, which display the results of technical studies carried out by the Museums Restoration Department on four paintings, to mark the 400th anniversary of the artist's death. AFP PHOTO / GERARD JULIEN (Photo credit should read GERARD JULIEN/AFP/Getty Images)

Chapelles, sacristies, anciens hôpitaux, les murs centenaires de la vieille ville de Tolède, au sud de Madrid, retrouvent les oeuvres que Le Greco a peintes pour eux le temps d'une exposition unique ouvrant vendredi, temps fort des célébrations du 400e anniversaire de sa mort.

Venues de 31 villes dans le monde, 64 oeuvres ont voyagé jusqu'à Tolède pour l'exposition "la plus importante jamais consacrée au peintre", a déclaré le président de la Fondation Le Greco 2014, Gregorio Marañon, au cours de sa présentation.

Avec les tableaux conservés en permanence à Tolède, cette exposition rassemble un tiers des près de 300 oeuvres que l'artiste a réalisées jusqu'à sa mort, le 7 avril 1614 dans cette ville aux ruelles escarpées.

Parmi elles, le célèbre tableau "L'Enterrement du comte d'Orgaz", dont la taille imposante, près de cinq mètres sur quatre, ne permet pas sa sortie de l'église Santo Tomé, pour laquelle il a été peint entre 1586 et 1588.

Né sur l'île grecque de Crète en 1541, Domenikos Theotokopoulos a 36 ans lorsqu'il s'installe dans cette ancienne capitale espagnole, après s'être formé dans l'Italie de la Renaissance et avoir été exclu de la cour, à Madrid, de Philippe II d'Espagne.

Criblé de dettes, contraint "d'accepter tous types de commandes pour survivre", l'artiste a réalisé d'innombrables portraits et vastes peintures religieuses réunis pour cette exposition en six lieux emblématiques de Tolède.

Permettre de contempler avec un point de vue "d'aujourd'hui" l'oeuvre d'un artiste redécouvert à la fin du XIXème siècle après trois siècles passés dans l'oubli, telle est l'intention du commissaire de l'exposition, Fernando Marias.

Montrer "un artiste qui apprécie de peindre de belles choses, d'une façon extrêmement belle" et qui, contrairement à ce que l'on croit, "ne prend pas plaisir (à peindre) des silhouettes émaciées et décharnées", ajoute-t-il.

- Un idéal particulier de la beauté -

Pour preuve, une sublime "Sainte Marie Madeleine", dont le voile bleu laisse échapper un sein découvert, réalisée vers 1576 et un Christ descendu de la croix presque sans une tache de sang dans une "Piété", datée de la même année.

Venant de Barcelone et de New York, les deux toiles seront exposées jusqu'au 14 juin sur les murs de l'ancien hôpital gothique de Santa Cruz, aux côtés de sombres portraits de nobles vêtus de costumes noirs ornés d'une dentelle blanche illuminant leurs visages graves et leurs mains.

C'est la restauration d'oeuvres qui, pendant de longues années, avaient été recouvertes d'épaisses couches de vernis qui permet de présenter cette vision moderne d'un Greco aux contrastes très marqués, "dont les couleurs nous dévorent par l'intensité de leur saturation", affirme Fernando Marias.

En parcourant les ruelles pavées de Tolède, le visiteur parvient jusqu'à la minuscule chapelle privée de Saint-Joseph. A l'intérieur, un grand retable doré, encadré de panneaux ornés de chérubins et de quatre sculptures également attribuées au Greco.

La facette de sculpteur de l'artiste et son talent pour l'architectonique, peu connus, sont une autre nouveauté de l'exposition.

"Il concevait les oeuvres pour qu'elles s'intègrent dans les espaces", ce qui explique l'importance de pouvoir "voir ces tableaux dans leur cadre d'origine", explique Jesus Carrobles, directeur général de la Fondation Le Greco 2014.

"Certains avaient été conçus pour être accrochés en hauteur, la silhouette n'étant donc pas si démusérement allongée", ajoute-t-il, affirmant que le style maniériste caractéristique du peintre ne venait pas "d'un défaut de la vue mais d'un effet volontaire pour représenter son idéal particulier de la beauté".

Dans un atelier baigné par la lumière du Sud, l'artiste utilisait aussi de petites figures d'argile accrochées au plafond pour s'inspirer et composer ses groupes d'angelots, comme dans l'"Adoration des bergers", une oeuvre où l'on pense que l'artiste a introduit son autoportrait, explique Jesus Carrobles.

Premier des nombreux événements organisés en Espagne pour le 400e anniversaire, l'exposition sera suivie d'une autre, du 24 juin au 5 octobre au musée madrilène du Prado, visant à présenter l'influence de l'artiste sur la peinture des XIX et XXèmes siècles.

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