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OMC : les chasseurs de phoques ont les mêmes droits que les pêcheurs (Canada)

17/03/2014 10:03 EDT | Actualisé 17/05/2014 05:12 EDT

Les chasseurs de phoques au Canada ont les mêmes droits que les pêcheurs ou les fermiers, celui d'exploiter les ressources naturelles, a déclaré lundi à Genève Mme Leonoa Aglukkaq, ministre canadienne de l'environnement.

Au cours d'une conférence de presse, en marge d'une procédure d'appel devant l'OMC (organisation mondiale du commerce) concernant les phoques, Mme Aglukkaq a ajouté que la chasse aux phoques était pratiquée dans son pays depuis "des siècles" et de "manière humaine et durable", et que les chasseurs avaient "les mêmes droits que les pêcheurs ou les fermiers".

Le 25 novembre 2013, l'OMC a donné tort au Canada, qui s'élevait contre une décision de l'UE d'instaurer un embargo sur les produits dérivés du phoque, basée sur des "préoccupations morales du public".

Le Canada et la Norvège, également touchée par cet embargo en vigueur depuis 2010, avaient porté l'affaire devant l'OMC.

"Nous avons perdu une bataille", a reconnu lundi la ministre canadienne, qui ne désespère d'obtenir raison en appel, à l'occasion des 3 jours d'audience prévues du 17 au 19 mars à Genève, à l'OMC.

"Nous avons été victimes de campagnes de désinformation et de mensonges menées par des groupes d'activistes", qui "font de l'argent en collectant des fonds, à l'occasion de campagnes récurrentes sur les bébés-phoques".

"Nous ne tuons pas les bébé-phoques", a martelé la ministre canadienne.

Du fait de l'embargo européen, les populations de phoques ont beaucoup augmenté au Canada, ce qui met en péril les ressources en poissons de la mer, a-t-elle encore indiqué.

-- la boîte de Pandore --

"Nous avons un système de chasse basé sur des donnée scientifiques", a encore indiqué la ministre, en ajoutant que l'OMC doit statuer en fonction des règles internationales du commerce et non pas en fonction de la moralité, une notion éminemment subjective.

"Où est la moralité quand on gave des oies pour faire du foie gras?", a encore indiqué une membre de la délégation canadienne.

"Ce qui est immoral, c'est qu'un pays ou un groupe de pays décide de limiter les ressources d'un autre pays au nom de la moralité", a-t-elle ajouté.

Le Canada va continuer à soutenir ses chasseurs de phoques, a indiqué leur ministre.

L'UE a décidé un embargo sur le phoque et ses produits dérivés car elle juge les méthodes de chasse "cruelles".

Pour Ottawa, cette chasse est pratiquée "sans cruauté", elle est "durable" et "bien réglementée".

Au Canada, environ 6.000 personnes pratiquent la chasse commerciale du phoque, principalement à Terre-Neuve. Ce type de chasse connaît depuis quelques années de grandes difficultés, en raison de l'absence de glace et de l'effondrement du prix des peaux de phoque.

Selon Ottawa, la population des phoques du Groenland, principale espèce chassée, a triplé depuis les années 1970, à environ 7,3 millions d'animaux.

La population des phoques gris a quant à elle été multipliée par 80 depuis les années 60 et s'affiche à 400.000.

Pour le Canada, la chasse des phoques est un instrument régulant la conservation des espèces, et se pratique de manière contrôlée, contrairement à d'autres pays ou régions tels que la Suède, la Finlande, l'Estonie, l'Écosse ou les États-Unis, où les phoques sont abattus "pour contrôler leur population, sans aucune règle concernant le bien-être des animaux ou la gestion de l'éco-système".

Avec sa décision de novembre 2013, l'OMC a pour la première fois justifié une décision d'un de ses pays membres, basée sur des préoccupations "morales", qui peuvent prendre le pas sur la réglementation en vigueur.

Pour le Canada, l'OMC a ainsi "ouvert la boîte de Pandore, car demain on va pouvoir imposer un embargo sur l'agneau, le porc ou le poulet, également pour des questions morales".

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