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Iran: le dialogue nucléaire reprend à l'ombre de la crise ukrainienne

17/03/2014 11:00 EDT | Actualisé 17/05/2014 05:12 EDT

La Russie et les Occidentaux, profondément divisés par la crise ukrainienne, s'efforçaient mardi de se présenter unis malgré tout lors de la reprise des négociations avec l'Iran sur son programme nucléaire.

"Je n'ai noté aucun effet négatif, nous poursuivons notre bon travail dans l'unité", a affirmé le porte-parole européen Michael Mann après le début de la réunion à Vienne entre la République islamique et les "5+1" (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie).

Enjeu de cette deuxième réunion en un mois : la fin d'une décennie de confrontation dangereuse entre l'Iran, qui proclame son droit au nucléaire civil, et les grandes puissances qui le soupçonnent de chercher secrètement à se doter de la bombe atomique.

En novembre dernier, les deux parties avaient conclu un plan d'action sur six mois. Celui-ci prévoit le gel de certaines activités nucléaires iraniennes, en échange d'une levée partielle et provisoire des sanctions internationales qui étranglent son économie et le privent de milliards de revenus du pétrole.

Les négociateurs essaient de transformer l'accord -au plus tôt d'ici le 20 juillet- en un arrangement définitif, qui supprimerait toutes les sanctions en échange de garanties solides données par l'Iran.

Les points les plus délicats en discussion sont la dimension du programme iranien d'enrichissement d'uranium, et le réacteur à eau lourde d'Arak. Cet équipement encore en construction utilise la filière du plutonium, qui pourrait elle aussi servir à fabriquer une bombe nucléaire.

Après avoir négocié en détail l'ordre du jour des discussions, on est entré mardi dans le vif du sujet, en présence notamment du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

Chacune des parties convient que le succès des négociations n'est en rien garanti.

Pour compliquer le tout, le dialogue reprend au moment où éclate la plus grave crise diplomatique depuis la fin de la Guerre froide entre la Russie d'un côté, et les Etats-Unis et l'Europe de l'autre.

Le président russe Vladimir Poutine a signé mardi avec les nouveaux dirigeants pro-russes de Crimée un accord sur le rattachement de cette péninsule du sud de l'Ukraine à la Russie, faisant fi des sanctions décrétées la veille contre Moscou par Washington et Bruxelles.

La signature a suivi un discours aux accents très anti-occidentaux du président russe.

D'autres controverses entre la Russie et l'Occident, comme sur la Syrie par exemple, n'ont jusqu'à présent pas remis en cause les discussions sur le nucléaire iranien. Les 5+1 "sont toujours restés unis", a rappelé mardi avec insistance Michael Mann.

- "Accord de troc géant" -

Mais l'épisode ukrainien rend Mark Fitzpatrick, un expert de l'institut ISIS, "encore plus pessimiste" pour l'issue des négociations nucléaires.

"Les Russes vont être moins enclins à faire des sacrifices au nom de l'unité" avec les Occidentaux, juge pour l'AFP cet ancien négociateur américain.

Moscou et Téhéran négocient déjà depuis février un vaste accord commercial, qui amènerait la Russie à construire de nouvelles centrales nucléaires civiles en Iran en échange d'une fourniture de pétrole.

Une telle entente, qui pourrait être conclue en août selon l'Iran, affaiblirait les efforts des Etats-Unis pour forcer Téhéran à négocier sur son programme nucléaire.

Mark Hibbs, de la fondation Carnegie, estime que la perspective d'un tel "accord de troc géant" russo-iranien pourrait être utilisée par Moscou pour obtenir plus de concessions de l'Iran sur le nucléaire.

Mais cet analyste admet aussi que Moscou pourrait décider de mener ses discussions bilatérales avec l'Iran indépendamment de la négociation d'un accord général entre la République islamique et les grandes puissances. Cette seconde option mettrait évidemment en danger la négociation actuelle.

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