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Yazan, Anas et Myriam ont fui la Syrie pour venir étudier en France

16/03/2014 05:47 EDT | Actualisé 16/05/2014 05:12 EDT

"Sauver ma vie". Yazan, 21 ans, a fui la Syrie en passant par l'Egypte puis Abu Dhabi avant d'arriver en France, où il a rejoint d'autres étudiants comme Anas, présent depuis sept mois et Myriam, qui ne retournera pas dans son pays tant que la situation n'aura pas changé.

Avec 22 autres jeunes, tous trois bénéficient d'un programme qui leur permet de poursuivre leurs études et d'échapper à la guerre en Syrie, qui entre dans sa quatrième année.

Grâce à une convention entre le département du Val-de-Marne, l'université Paris-Est Créteil, l'ONG France Terre d'Asile et l'association Démocratie et entraide en Syrie, ils seront logés, aidés financièrement et inscrits à l'université.

Anas, 22 ans, est en France depuis août 2013. Ingénieur en agronomie, il avait toujours eu envie de venir à Paris, "mais pas dans ces conditions...". Avec la guerre, dit-il, "je ne pouvais plus aller à l'université". Venir en France, "c'était la meilleure solution pour continuer mes études".

Yazan, à Paris depuis début mars, a quitté Damas avec sa famille en juillet 2012 pour se rendre au Caire, d'où il est parti quelques mois plus tard

"C'est difficile d'être contre le gouvernement syrien, confie-t-il, surtout quand on est 'palestino-syrien'", comme il se qualifie. Dès l'obtention de son visa pour la France, Yazan s'est précipité pour acheter son billet d'avion.

Myriam, 22 ans elle aussi, qui ne veut pas donner son vrai nom, avait déjà un lien avec la France: elle étudie sa littérature depuis trois ans.

La petite brune de Damas aux longs cheveux bouclés, arrivée mardi à Paris, ne pouvait se rendre à l'université qu'une fois par semaine pour récupérer les textes à étudier: "les checkpoints, les bombardements... trop compliqué".

Fille de fonctionnaires, elle dit avoir "réalisé son rêve" en venant en France: "je vais pouvoir poursuivre ma vie, avoir du succès dans le futur", s'exclame-t-elle.

- A Homs, 'tout est noir' -

Sur le conflit, les trois étudiants restent laconiques.

Le Palestino-syrien Yazan, qui était devenu "une cible", raconte qu'une quinzaine de ses proches sont en prison. "La plupart des mes amis sont dans l'armée syrienne", explique-t-il, avant de préciser: "l'armée syrienne libre !" A l'évocation des victimes de la guerre, son regard s'obscurcit. Enigmatique, il répond "quatre sont morts". Il n'en dira pas plus.

Anas vient de Homs, "la capitale de la révolution". De sa ville, il dit qu'elle n'a "plus de couleurs: tout est noir". "La dernière fois que j'ai vu Homs, c'était triste, tout était détruit. Il n'y a plus de gens, plus de marchés", soupire-t-il dans un français hésitant. "Homs est composée de 22 quartiers, il n'y en a que quatre qui vivent encore".

Son casque audio autour du cou, l'étudiant en agronomie avoue qu'il a toujours peur.

L'avenir ? Les jeunes ne veulent pas l'imaginer dans la même Syrie. Myriam, petite dernière d'une famille de trois enfants, s'inquiète pour son frère, en prison depuis un an, et a peur pour ses parents, réfugiés dans les faubourgs de Damas.

Yazan, lui, se sent "libre, en sécurité et heureux" à Paris et souhaite que le "mauvais rêve" en Syrie finisse. Il promet de retourner en Syrie "d'ici cinq ou six ans... dans une Syrie libre". "J'y développerai les télécommunications", dit-il.

La Syrie, Anas y retournera "dès la fin de ses études, même si c'est encore la guerre".

Le conflit en Syrie a fait plus de 146.000 morts, sans issue en vue, le président Bachar al-Assad restant accroché au pouvoir tandis que l'opposition profondément divisée perd du terrain.

"Il faut que Bachar parte, oui, mais pour une vraie alternative", lâche Myriam. Devant la discussion qui se politise trop à son goût, elle déclare, solennelle: "je veux que le peuple syrien s'aime".

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